Édition du 26 mai 2020

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Le Monde

Différente maladie, mêmes symptômes

Les animaux malades de la peste est une fable animalière racontant l’histoire d’un groupe d’animaux accablés par un mal épouvantable, la peste. Pour éradiquer ce mal, ces animaux considèrent le sacrifice d’un innocent n’ayant aucun lien avec ce mal, un bouc émissaire.

Malgré les années, cette fable de La Fontaine est encore pertinente afin de comprendre le comportement humain en temps de crise sanitaire. De la peste noire jusqu’au Coronavirus, les épidémies sont sources de peurs et d’inquiétudes. Créant un environnement propice à la dispersion de rumeurs, les épidémies créaient un contexte idéal pour la production et reproduction de discours racistes au sein d’une population à la recherche d’un coupable pour donner une raison au mal qui s’abat sur elle.

Plus concrètement, avec la propagation du Coronavirus, ce rôle est assumé aujourd’hui par les personnes asiatiques. On assiste dernièrement à une hausse des propos et des actes racistes commis à leur égard. En France, un restaurateur d’origine chinoise a été victime de racisme en découvrant les inscriptions « Coronavirus, dégage, virus » sur son établissement. En Australie, un homme,
victime d’une crise cardiaque, s’est écroulé sans que les passants proches de lui s’arrêtent pour l’aider par peur qu’il soit contaminé. Au Canada, des parents auraient signé une pétition en demandant que les élèves ayant visité la Chine soient placés en quarantaine. Bien que les personnes ciblées par ces incidents n’aient aucun lien avec le virus, les gens sont convaincus artificiellement de leur responsabilité.
Le rôle du bouc émissaire en temps d’incertitude et de crise est double : il est responsable du désordre et restaurateur de l’ordre. Il doit être rejeté et éliminé dans des cas extrêmes afin d’éviter la propagation. Le choix du bouc émissaire dépend avant tout de l’appartenance de certains individus à des catégories sociales particulièrement exposées. Les minorités ethniques, religieuses ou plus généralement tous les groupes mal intégrés peuvent être soumis dans un tel contexte à cette forme de discrimination par la majorité. L’histoire regroupe une panoplie d’exemples de la sorte.

Au Moyen Âge, s’il y avait bien un mal considéré comme absolu, c’était la lèpre. Soupçonnés d’en être porteurs héréditaires, les cagots, population minoritaire vivant entre l’Espagne et la France, se retrouvaient exclus et méprisés par le reste de la société. La crainte de la contagion par les cagots a entrainé une série d’interdictions auxquelles ils étaient soumis : interdiction de boire dans les mêmes récipients que le reste de la population et d’avoir des rapports sexuels avec des personnes
de l’extérieur. Au temps de la peste noire, l’angoisse de la population durant l’épidémie s’est tournée contre les juifs. Plusieurs rumeurs circulaient à l’époque, ils seraient responsables d’avoir empoisonné la nourriture et les puits d’eau avec la maladie. Ils sont tués, torturés et leurs maisons et lieux de culte brûlés. Pris dans le piège d’interprétations collectives irrationnelles, les sociétés primitives avaient l’excuse de l’ignorance scientifique pour justifier leur comportement.
Aujourd’hui, nous n’avons pas cette justification.

Malgré tout, en 2009, avec l’épidémie H1N1, ce sont les Mexicains qui ont été victimes de discrimination. À la vision partagée par certains groupes anti-immigration aux États-Unis à l’égard des Latino-Américains, des "illegalaliens" voleurs d’emplois, profiteurs du système et criminels, s’est rajouté la peur de l’influenza. Le virus devient un motif de plus de persécution parmi un ensemble de préjugés déjà partagés par certains individus. Certains présentateurs de télévision ont
appelé à une fermeture des frontières avec le Mexique en associant les immigrants au virus et à une possible attaque bioterroriste ciblant les États-Unis. La juxtaposition de ces stéréotypes a mené à l’exclusion et à la discrimination de cette minorité.

Blâmer certains groupes en leur attribuant la responsabilité de ce genre de crises n’a aucunement sa place dans notre société moderne. Si une chose est sûre dans notre monde interconnecté, c’est que les épidémies peuvent surgir de partout, elles ne sont pas propres à une ethnie ni spécifiques à un groupe social. La prudence face au virus est une chose, la discrimination envers des personnes qui n’ont rien à voir avec celui-ci en est une autre. Nous devons affronter la crise actuelle collectivement tout en dénonçant toute forme de racisme et de discrimination associant une
minorité à un virus quelconque. #JeNeSuisPasUnVirus

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