Édition du 21 juin 2022

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Amérique centrale et du sud

En Colombie, la victoire de la gauche est historique

Gustavo Petro, économiste de 62 ans et ancien guérilléro, s’est imposé au second tour de l’élection présidentielle. Cette première est marquée par l’accession à la vice-présidence d’une femme afrodescendante et écoféministe, Francia Márquez.

20 juin 2022 | tiré de mediapart.fr | Photo : Gustavo Petro et sa colistière Francia Marquez célèbrent leurs victoire à l’élection présidentielle le 19 juin 2022, à Bogotá. © Photo Juan Barreto / AFP

Malgré les anathèmes, la diabolisation et les craintes d’une insuffisante réserve de voix, le candidat de la gauche Gustavo Petro, assisté de la militante écoféministe afrodescendante Francia Márquez, s’est imposé dimanche 19 juin au second tour de l’élection présidentielle en Colombie.

L’économiste de 62 ans et ancien guérilléro, arrivé en tête dans plusieurs grandes villes (Bogotá, Barranquilla, Carthagène et Cali), régions côtières des Caraïbes et du Pacifique, ainsi que dans une partie de l’Amazonie, a réussi son pari de permettre à la gauche d’accéder au pouvoir pour la première fois de son histoire. Il a recueilli plus de 11 millions de voix, soit 700 601 de plus que son adversaire, Rodolfo Hernández, dit « l’ingénieur », dans un contexte de forte participation (58 %). La justesse de la victoire illustre l’existence de deux Colombie antagonistes.

« Nous écrivons l’histoire en ce moment, une histoire neuve pour la Colombie, pour l’Amérique latine, pour le monde », a lancé dimanche soir le prochain président, qui entrera en fonction le 7 août, à ses partisan·es réuni·es dans une salle de la capitale, Bogotá, la ville dont il a été le maire.

« Nous nous engageons à un changement véritable, un changement réel, a assuré le sénateur. Le changement consiste à laisser la haine et le sectarisme derrière nous. Le changement signifie la bienvenue à l’espérance, la possibilité d’un futur meilleur dans tous les coins du territoire » – ce qu’il a désigné comme « la politique de l’amour ».

Discours de Gustavo Petro, le nouveau président de la Colombie, 2022-2026. © Capital

Cette victoire de la gauche intervient à la suite des révoltes sociales violemment réprimées par le pouvoir de droite de l’actuel président Iván Duque en 2019 et 2021, et menées par la jeunesse étudiante. Gustavo Petro a su fédérer la gauche dans une coalition nommée « Pacte historique pour la Colombie » (« Pacto Histórico por Colombia »).

Gustavo Petro a pu bénéficier du dynamisme de Francia Márquez, qui s’était fait connaître en 2014 lors de la « Marche des turbans » pour dénoncer un projet minier illégal dans sa région du fleuve Ovejas, dans le nord du Cauca (Sud-Ouest). Depuis, elle développe un projet politique écoféministe centré autour de son mouvement « Soy porque somos » (« Je suis parce que nous sommes »). 

« Après 214 ans, nous avons obtenu un gouvernement du peuple, un gouvernement populaire, un gouvernement du peuple aux mains calleuses, le gouvernement des gens ordinaires, de celles et ceux qui ne sont rien », a-t-elle lancé dimanche soir.

Discours de Francia Márquez, première vice-présidente afro de la Colombie. © Capital

Comme l’a souligné Olga L. Gonzalez dans Le Club de Mediapart, elle « soulève un immense enthousiasme, surtout auprès de la jeunesse des villes, qui voit en elle un réel renouveau de la politique, une femme appartenant aux minorités et ayant un fort ancrage local ».

Dans un pays qui compte la troisième population d’origine africaine en Amérique latine après le Brésil et Cuba, l’accession de Francia Márquez à la vice-présidence est également historique.

Pas de majorité au Parlement 

L’un des premiers défis de Gustavo Petro sera de répondre aux immenses espoirs soulevés par sa candidature parmi celles et ceux qui se sont mobilisés depuis 2019 et l’ont payé chèrement, et de ne pas suivre le chemin de son homologue chilien, le jeune Gabriel Boric, qui, faute d’avancées significatives, a déçu une grande partie de son électorat.

Le prochain président colombien devra répondre à la colère qui a éclaté dans un pays frappé par une épidémie de Covid aggravant les inégalités structurelles. « Il serait peut-être préférable d’avoir une explosion contrôlée avec Petro que de laisser le volcan embouteillé. Le pays demande du changement », jugeait avant le scrutin l’ancien ministre de la santé, le centriste Alejandro Gaviria. 

Mais Petro, faute de majorité au Parlement, devra construire des alliances pour mener ses projets. Dans un entretien à El País, il a expliqué vouloir obtenir « un grand accord national » en se basant sur « des dialogues régionaux contraignants ». Et il s’est déclaré prêt à dialoguer avec tout le monde, même l’ancien président de la droite autoritaire Álvaro Uribe. « Il est essentiel de changer le climat politique de haine et de sectarisme qui règne en Colombie », avait-il souligné.

« L’opposition, quelle qu’elle soit, sera toujours la bienvenue à la présidence pour dialoguer sur le futur de la Colombie », a promis dimanche soir le futur chef de l’État, ajoutant : « Il n’y aura que le respect et le dialogue, c’est ainsi que nous pourrons construire le grand accord national et la paix intégrale. »

Alors que la Colombie était l’un des bastions de l’influence états-unienne dans la région, il a été félicité par le chef de la diplomatie des États-Unis, Antony Blinken. Dans un communiqué, ce dernier a affirmé que les États-Unis étaient « impatients de travailler avec le président élu Petro pour renforcer davantage les relations entre les États-Unis et la Colombie et faire avancer [leurs deux] nations vers un avenir meilleur ».

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