Édition du 31 janvier 2023

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Europe

Etat espagnol. « 13 novembre : Madrid descend dans la rue pour défendre les soins de santé publics »

Depuis des années, ceux d’entre nous qui vivent dans la Communauté de Madrid voient le système de santé publique se détériorer et encore empirer. Les listes d’attente sont énormes et les services de santé se dégradent au lieu de s’améliorer. La pandémie de Covid-19 a démontré non seulement l’importance sociale de ce service public, mais aussi l’énorme pénurie de personnel et de ressources.

Tiré de A l’Encontre
23 novembre 2022

Par Jorge Aranda et Marcela Martín

Nous avons applaudi les travailleurs de la santé, mais nous avons également protesté contre les services d’urgence de soins primaires fermés sans raison valable et contre le manque criant de professionnels, notamment de pédiatres et de médecins de famille. Certains centres de santé de Madrid, comme le CS Abrantes à Carabanchel [un des des 21 districts de la ville de Madrid de plus de 250’000 habitants], étaient au plus fort de la deuxième vague sans aucun médecin, ni le matin ni l’après-midi. Une situation très similaire a été constatée dans d’autres centres de santé, notamment dans les quartiers populaires et les périphéries de la capitale. En outre, le 31 mars 2022, le ministère régional de la Santé a licencié plus de 6000 professionnels de la santé, faisant exactement le contraire de ce dont la société avait besoin, à savoir embaucher davantage de professionnels pour améliorer la qualité des soins et alléger les listes d’attente.

Depuis la fin du confinement, les quartiers se sont mobilisés pour demander l’amélioration des centres de soins primaires et la réouverture des SUAP : manifestations, campements, collecte de signatures et de nombreuses autres activités. Lorsque la pression sociale exigeant la réouverture des urgences de soins primaires s’est accrue, le gouvernement régional s’est rendu compte qu’il ne valait pas la peine de maintenir les SUAP (Urgences de soins primaires) fermés. Mais au lieu d’engager de nouveaux professionnels pour rouvrir ces services, elle a décidé de le faire avec le personnel des Servicios de Atención Rural [qui reçoivent des patients de tous les âges et toutes les pathologies] qui fonctionnaient bien. La catastrophe a produit un énorme problème dans les zones rurales de la région de Madrid qui, dans de nombreux cas, ont perdu leurs services d’urgence. Cela a débouché sur un problème et un risque gigantesque. Mais la dite solution n’a pas non plus résolu les problèmes des SUAP.

Lorsque les secteurs professionnels et la population touchée se sont plaints du démantèlement de ces services et des problèmes causés par le manque de personnel, la réponse a été très conforme à l’approche d’Isabel Diaz Ayuso [membre du Parti populaire, cette « Trump espagnole », comme elle est qualifiée, est présidente de la Communauté de Madrid depuis août 2019 et présidente du PP de la Communauté] : insultes et mépris des professionnels, tentative de créer des écrans de fumée médiatiques des plus absurdes, et la mesure humiliante et inacceptable de remplacer l’assistance médicale en face à face par une assistance télématique en cas d’urgence.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui a transformé la manifestation du 13 novembre en une mobilisation massive et plurielle, une clameur de centaines de milliers de personnes de tous horizons pour défendre des soins de santé publics de qualité. Déjà en 2012 et 2013, la Marea Blanca, qui réunissait professionnels et usagers, était parvenue à paralyser la privatisation de 7 hôpitaux et 32 centres de santé et avait contraint à la démission du ministre de la Santé de l’époque, Fernández Lasquetty [ministre de la Santé de la Communauté de Madrid de mars 2010 à janvier 2014 ; il retrouve une place dans le gouvernement d’Ayuso, d’abord ministre des Finances et de la Fonction publique, puis comme ministre des Finances et de l’Emploi]. C’est la voie à suivre.

Il s’agit maintenant d’assurer le suivi de la magnifique mobilisation du 13N (13 novembre). Les mensonges et le mépris du gouvernement régional et de ses médias ne peuvent nous faire baisser les bras. La mobilisation doit se poursuivre et continuer à exiger des ressources matérielles et humaines afin que les centres publics puissent fournir des soins de qualité. Les luttes doivent se poursuivre dans les quartiers et les centres de santé touchés. Nous devons renforcer les assemblées de quartier afin de défendre la santé publique et les centres de santé. Ces luttes doivent continuer à être coordonnées et à converger vers des mobilisations plus générales qui rendent clairs les sentiments et les revendications de la majorité de la population.

Nous devons être intraitables avec chaque service d’urgence qui est fermé, chaque pédiatre ou professionnel de la santé qui manque. Derrière le démantèlement des services de santé, il y a un risque sanitaire, mais aussi une énorme quantité de douleur et de souffrance que nous ne pouvons pas permettre. Il est nécessaire que nous nous unissions et rassemblions tous les secteurs qui s’engagent pour des services publics de qualité, car seul le contrôle des travailleurs, des travailleuses et des habitants des quartiers peut inverser son démantèlement et obliger les responsables de ce désastre à prendre des mesures pour y remédier.

Nous devons disposer d’une stratégie et d’un plan d’action pour faire en sorte que la qualité de la santé publique ne soit pas remise en question, ni le caprice et le désir de ceux qui veulent un modèle privé et une santé considérée comme un « bien » uniquement pour ceux qui peuvent se le payer et un profit pour des entreprises privées. Nous faisons face à une lutte centrale qui décidera de l’avenir de nos soins de santé pour plusieurs générations. Nous appelons l’ensemble de la population à participer aux appels et aux mobilisations et à défendre ce qui nous appartient à tous. (Texte publié le 19 novembre 2022 sur Publico ; traduction rédaction A l’Encontre)

Jorge Aranda est un professionnel de la santé et participe à l’Assemblée de Carabanchel.

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