Édition du 21 juin 2022

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États-Unis

États-Unis : où en est le pays au jour de Thanksgiving ?

Le jour de Thanksgiving (le dernier jeudi de novembre) est une fête importante en Amérique. Aujourd’hui, il soulève la question : de quoi devrions-nous être reconnaissants ? La question est plus prégnante avec la pandémie de covid qui a pris plus de 780 000 vies et une crise économique qui a été marquée par un déclin de 32,4 % du PIB et un chômage officiellement à près de 15 % (mais probablement plus élevé).

Hebdo L’Anticapitaliste - 593 (02/12/2021

Par Dan La Botz

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Wikimedia commons

Alors que certains étaient reconnaissants de l’apparente amélioration de la situation, d’autres constatent que l’inflation a atteint son plus haut niveau depuis 31 ans, les prix à la consommation ayant augmenté de 6 % en octobre. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 14 %, les banques alimentaires ont vu leurs besoins augmenter de 30 % et des millions de propriétaires et de locataires risquent d’être expulsés.

La « Grande Démission »

Alors que nous étions sur le point de passer à table pour Thanksgiving, un jury de Géorgie a déclaré coupables de meurtre les trois hommes blancs qui avaient poursuivi et tué le joggeur noir Ahmaud Arbury, et la plupart des ÉtatsunienEs ont poussé un soupir de soulagement et se sont félicités du fait que, pour une fois, justice a été rendue dans une affaire de meurtre d’un homme noir.

Et puis, après près de deux ans d’échecs politiques, de résistance de la part des théoriciens du complot et des organisations de droite, près de 75 % des Américains éligibles ont été vaccinés. En partie grâce à cela, l’économie a redémarré. Le PIB a augmenté de plus de 2 % et le chômage est tombé à son plus bas niveau depuis 1968, bien que trois millions de personnes ne soient toujours pas retournées au travail. L’amélioration de l’économie a conduit à la « Grande Démission », des millions de travailleurEs quittant leur ancien emploi à la recherche d’un meilleur. Pour la première fois depuis des décennies, nous avons une organisation socialiste de 90 000 membres – les Socialistes Démocrates d’Amérique (DSA) — et nous avons quelques personnes au Congrès qui se disent socialistes. Il y aurait donc de quoi être reconnaissant.

Le Parti démocrate pourrait perdre les élections de mi-mandat

Mais après la dinde, les patates douces, la sauce aux canneberges et la tarte à la citrouille, nous avons aussi commencé à réfléchir au contexte plus large et à la politique nationale.

L’année dernière, le Parti républicain a continué à se déplacer vers la droite, devenant en fait un parti d’extrême droite qui inclut des extrémistes violents. La majorité des Républicains sont convaincus que les dernières élections ont été volées et un tiers d’entre eux pensent que la violence sera nécessaire pour changer la direction du pays. Les Républicains, parmi lesquels on trouve des partisans de Q-Anon, des chrétiens évangéliques et des milices armées, se rendent aux réunions des commissions scolaires pour protester contre la vaccination, les masques et l’enseignement de l’histoire des NoirEs.

Pendant ce temps, les Démocrates sont frustrés. Le Congrès a adopté le projet de loi sur les infrastructures du président Biden, dont le budget s’élève à 7 100 milliards de dollars, mais les Démocrates n’ont pas réussi jusqu’à présent à faire passer le projet de loi « Build Back Better » qui traiterait des questions climatiques et aiderait les familles de travailleurEs. Deux Démocrates conservateurs, les sénateurs Joe Manchin et Krysten Sinema, ont amené les Démocrates à supprimer des propositions initiales, à réduire le budget du projet de loi et à abandonner l’idée de taxer les riches pour le financer. Les Démocrates progressistes et les quelques socialistes ont été largement entraînés par la majorité modérée du parti. Le taux de soutien à Biden est tombé à 44 %, tandis que 45 % le désapprouvent et que 11 % restent indécis, ce qui laisse penser que le Parti démocrate pourrait perdre les élections de mi-mandat (en novembre 2022) ce qui mettrait un terme à toute chance de législations plus progressistes au cours des deux dernières années du mandat de Biden.

L’alternative : le socialisme ?

Ironiquement, dans un pays connu pour ses croisades anticommunistes et son opposition farouche même à la social-démocratie, la pandémie de covid et la crise économique ont amené le gouvernement fédéral, depuis un an et demi, à fournir d’énormes sommes d’argent aux entreprises, aux États et aux particuliers. Aujourd’hui, quelque 41 % de tous les Américains déclarent avoir une attitude positive à l’égard du socialisme, tandis que 68 % sont favorables aux syndicats, soit le taux d’approbation le plus élevé depuis 1965.

Alors que les amis et la famille ont pris leurs manteaux et sont sortis dans le froid et la tempête de novembre, je suis personnellement reconnaissant qu’il y ait une chance que dans l’année à venir nous puissions commencer à construire un mouvement de masse de la classe ouvrière et un parti politique indépendant des travailleurEs.

Traduction Henri Wilno

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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