Édition du 29 novembre 2022

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Planète

Experts internationaux : l'avenir du nucléaire est sombre malgré les effets officiels d'annonces

Délais de construction très longs, réfections complexes, usures fréquentes, rejets radioactifs dans l’atmosphère et les rivières, manque d’eau pour le refroidissement sur fond de crise climatique, gestion de déchets contaminés problématiques et coûts astronomiques : l’énergie nucléaire est de moins en moins une énergie du futur, selon un rapport publié par des experts indépendants.

Tiré de Coalition antinucléaire du Sud-Est
Par Rédaction le mercredi 2 novembre 2022, 13:43

Alors que pour la première fois en 40 ans la part de l’énergie d’origine nucléaire dans la production mondiale brute d’électricité est passée sous la barre des 10 % l’an dernier - une diminution de 40 % par rapport à 1996 - quelques gouvernements brandissent la carte de nucléaire comme une solution viable et efficace pour décarboner le secteur de l’énergie. Leur novlangue conduit donc à la "radioactivité décarbonée". Il fallait le faire !

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Sur fond de crise climatique, quelques gouvernements brandissent la carte de l’énergie nucléaire comme une solution viable et efficace pour décarboner le secteur de l’énergie. La destruction de l’atome serait une solution à envisager parait-il. Or, selon plusieurs spécialistes indépendants qui ont contribué à la rédaction du World Nuclear Industry Status Report, un rapport exhaustif sur l’état de l’industrie de l’énergie nucléaire dans le monde, produit annuellement depuis 2007 : le nucléaire semble perdre de son lustre surjoué par ses aficionados.

Une première en 40 ans : baisse du nombre total de réacteurs sur la planète

Ce rapport très documenté montre pour la première fois en 40 ans, la part de l’énergie d’origine nucléaire dans la production mondiale brute d’électricité est passée sous la barre des 10 % l’an dernier. C’est une diminution de 40 % par rapport à 1996, année où la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité avait atteint un sommet avec 17,5 %. Si la quantité d’électricité d’origine atomique était en hausse de 3,9 % en 2021 dans le monde c’est notamment du fait de la production chinoise qui a augmenté de 11 % l’an dernier. Ces dernières données pourraient donner l’impression que le secteur est en croissance. Mais non.

De 2002 à 2021, 98 nouveaux réacteurs nucléaires ont été connectés à des réseaux d’approvisionnement (50 en sol chinois) mais sur la même période, 105 réacteurs nucléaires ont été mis à l’arrêt. En 2022, 411 réacteurs étaient en fonction dans seulement 33 pays sur 196 que compte la planète : 4 de moins que l’année précédente, 7 de moins qu’en 1989 et 27 de moins qu’en 2002, où 438 réacteurs étaient en fonctionnement.

Les cinq plus grands producteurs d’énergie d’origine nucléaire (États-Unis, Chine, France, Russie, Corée du Sud) sont responsables de 71 % de toute l’énergie de destruction atomique produite dans le monde.

Coût des énergies renouvelables moins élevé que le nucléaire

Le coût des énergies renouvelables est à présent globalement et nettement inférieur au prix de la production électronucléaire. Les investissements mondiaux dans le secteur de l’énergie en 2021 se répartissent ainsi : 69 % dans les énergies renouvelables, 23 % dans les énergies fossiles et 8 % dans l’énergie nucléaire. Alors que 366 milliards de dollars ont été investis dans des projets d’énergies renouvelables l’an dernier au niveau planétaire, à peine 24 milliards de dollars américains ont été investi dans les projets nucléaires (6,5 % des investissements pour la production d’énergie). Malgré le coup d’Etat de la nucléocratie au niveau européen faisant entrer le nucléaire comme énergie "renouvelable" décarbonée ce n’est pas un domaine qui attire les capitaux et les investisseurs privés. Sans le soutien financier des Etats le nucléaire n’existerait plus à la surface de la planète.

Côté production les énergies solaire et éolienne représentaient 10,2 % de la production mondiale d’électricité dans le monde en 2021. La production d’énergie nucléaire perd donc du terrain au profit des énergies renouvelables. Alors comme le précise Jan Philipp Albrecht, président de la fondation Heinrich Böll, «  Pour nous, ces données démontrent que l’énergie nucléaire n’est pas une solution viable pour nos besoins futurs. »

Déclassement et arrêt des installations nucléaires

L’âge moyen des 411 réacteurs sur la planète est de 31 ans. Sachant que la durée de vie d’un réacteur est autour de 40 ans (dans certains cas, on autorise des extensions de 20 ans supplémentaires), "il faut s’attendre à ce qu’un nombre important de réacteurs ferment dans les prochaines années", précise Alexander James Winner de l’Université berlinoise des technologies et coauteur du rapport.

Les statistiques montrent d’ailleurs que la durée de vie opérationnelle des réacteurs est souvent presque aussi longue que le temps requis pour déclasser complètement les réacteurs. Plusieurs dizaines d’années. «  La fermeture et le déclassement d’installations nucléaires sont des processus longs, coûteux et complexes et souvent sous-estimés. » précise Alexander James Winner, de l’Université berlinoise des technologies et coauteur du rapport.

Les coûts et la gestion des démantèlements sont rarement envisagés au moment de la conception des réacteurs. Alors qu’un nombre croissant d’installations nucléaires arrivent en fin de vie ou sont déjà fermées, ces problèmes attirent de plus en plus l’attention du public et des gouvernements, précise le rapport. À ce jour, seulement 22 réacteurs nucléaires ont officiellement accompli tout le processus de démantèlement sur les 204 réacteurs fermés sur le globe. Par exemple au Canada, à la mi-2022, six réacteurs (dont cinq "Candu" de conception spécifiquement canadiaine ), étaient considérés comme fermés. Bien que certaines parties de ces installations soient démantelées, aucun de ces réacteurs n’a encore été déclassé.

Le mirage des petits réacteurs modulaires "SMR"

Les petits réacteurs modulaires nucléaires "SMR" continuent d’attirer beaucoup d’attention médiatique dans de nombreux pays. On vante notamment leur rapidité de construction et leur rentabilité financière. Mais la réalité est tout autre, selon les auteurs du rapport. Seul actuellement trois pays tentent cette aventure la Chine, l’Argentine et la Russie. Et ,déjà en Chine, on rapporte des délais de construction deux fois plus longs tandis qu’en Argentine et en Russie c’est jusqu’à quatre fois plus longs que prévu. « Si en Chine la construction de SMR prend deux fois plus de temps que prévu, imaginez les délais dans les autres pays. » précise M.V. Ramana, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique. A l’image des EPR de France (Flamanville) et de Finlande. Les auteurs du rapport estiment que les bénéfices économiques promis par ces petits réacteurs modulaires sont un mirage. Pourtant, par entêtement et fanatisme des pays comme la France, les États-Unis ou le Canada, continuent d’investir des centaines de millions de dollars, voire des milliards (en pure perte) pour le développement de ces technologies inadaptées au dérèglement climatique.

Fukushima 11 ans plus tard

Le rapport dépeint une situation encore précaire au Japon, 11 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi. Tatsujiro Suzuki, professeur au "Research Center for Nuclear Weapon Abolition "à l’Université de Nagasaki, affirme que la situation à Fukushima sur le site et hors site est loin d’être stabilisée : « Les défis à Fukushima sont nombreux. »

Les autorités japonaises prévoient déverser plus de 1,3 million de mètres cubes d’eau contaminée par la radioactivité dans l’océan. Un plan largement contesté tant au Japon qu’à l’étranger et par les pays riverains. L’eau contaminée est stockée dans plus de 1000 réservoirs et comme la capacité de stockage de ces conteneurs a atteint 96 % et que le gouvernement estime que ces réservoirs seront pleins à l’été 2023 : la seule solution des amoureux de la destruction atomique est de balancer la merde dans la nature. Quand au ramassage des débris contaminés autour de Fukushima qui devait commencer en 2021 : le projet a été reporté à une date ultérieure inconnue en raison de la pandémie de COVID-19. Et une fois stockés, les autorités ne savent pas comment se débarrasser de ces déchets contaminés.

A ce jour seulement 3,6 % des personnes évacuées ont répondus aux sirènes des autorités pro-nucléaire et sont retournées vivre à Fukushima depuis la catastrophe

Le nucléaire en temps de guerre

Dans un chapitre entier consacré à l’énergie nucléaire en temps de guerre, le rapport rappelle que le fonctionnement "normal" d’une centrale nucléaire repose sur l’indispensable environnement stable. Les employés devant être bien formés et reposés, ne doivent pas travailler avec un stress indu afin d’éviter toute erreur pouvant causer de sérieux accidents. La prise de contrôle russe de la centrale de Zaporijia, la plus grande centrale d’Europe, démontre que les centrales peuvent être fragilisées.

les-miracles-de-la-novlangue-nucleariste.jpgL’auteur principal du rapport - Mycle Schneider, consultant indépendant - insiste aussi sur les vulnérabilités physiques des sites nucléaires telles les piscines de refroidissement des déchets radioactifs. Ces piscines ne peuvent absolument pas manquer d’électricité, sans quoi elles ne pourront plus refroidir les pièces radioactives. Elles ne doivent donc pas être l’objet de fragilisation par des attaques. Or, le spécialiste rappelle que, dans le contexte de la guerre en Ukraine (comme de n’importe quel conflit armé) , toutes les règles internationales sont bafouées. Selon lui, une seule coupure de courant est un événement majeur et de préciser : « Je pose sérieusement la question : sommes-nous en train d’assister à la normalisation de l’utilisation du nucléaire en temps de guerre ? Si oui, c’est très inquiétant. »

La propagande d’une énergie nucléaire "verte"

Par ailleurs, le spécialiste déplore la désinformation qui circule concernant l’énergie nucléaire comme étant une option verte et efficace pour les besoins futurs. Selon lui, les faits parlent d’eux-mêmes. Avec les délais plus longs, les dépassements de coûts, les dangers en temps de guerre et la gestion compliquée des déchets nucléaires, les rejets radioactifs quotidiens : l’atome a réellement perdu de son vernis.

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