Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Feux en Amazonie et président Bolsonaro

Les feux de forêts dans l’Amazonie qui ont couvert de fumée plusieurs régions, dont la ville de São Paulo, n’ont pu être ignorés. Une augmentation de 65% des surfaces déforestées a eu lieu par rapport à l’an dernier selon le constat de l’Institut brésilien de recherches spatiales.

tiré de : Parution de septembre 2019 De Journal Entrée Libre

Ce serait l’élément déclencheur, car il n’y a pas eu de sévères sécheresses cette année. Selon l’Institut brésilien en environnement et en ressources naturelles renouvelables, les amendes pour déboisement illégal ont chuté du tiers dans la même période, encourageant davantage le pillage de la forêt.

La biomasse amazonienne s’étend sur 9 pays sud-américains avec 7,000,000 km2. Elle est habitée par 34 millions de personnes dont 3 millions sont indigènes parlant plus de 340 langues différentes et ayant une riche diversité culturelle. Certaines communautés sont en « dehors » du monde ou plutôt vivent dans leur monde ancestral en refusant tout contact avec la « civilisation ». Plus grand écosystème forestier tropical au monde, l’Amazonie regorge de biodiversité. 10% des espèces végétales et animales de la Planète vivent sur ce 1% du territoire terrestre.

Le phénomène destructeur de la déforestation ne date pas d’aujourd’hui avec le président d’extrême-droite Bolsonaro. Dans un reportage de Jean-Michel Leprince à Radio-Canada en 2008, une entrevue des Ami.es de la Terre au Brésil nous apprend que sous la présidence de Lula, entre 2004 et 2007, la production brésilienne de bœuf a augmenté de 46% ! « La main droite (du gouvernement Lula) prend des initiatives pour contrer la déforestation, la main gauche prend des initiatives pour financer et stimuler la déforestation, on veut faire les deux choses en même temps, c’est la main gauche qui gagne ! »

On assiste depuis des décennies à l’accaparement des terres publiques pour couper le bois précieux illégalement et brûler ensuite les terres pour les transformer en pâturage de bétail. On revend ensuite ces terres volées avec de faux titres de propriété. Un terrain de football de forêt est détruit toutes les huit secondes. C’est la poursuite de la colonisation de l’Amazonie avec le Bétail, la Bible et les Balles (BBB). C’est comme cela qu’on surnomme les États ruraux ultraconservateurs qui ont propulsé Bolsonaro au pouvoir.

Bolsonaro, comment est-ce possible ?

Les années du Parti des travailleurs (PT) de Lula et de sa successeure Dilma Rousseff ont donné espoir aux classes populaires durant un certain temps. Puis, la crise économique des matières premières, les cas de corruption, les inégalités structurelles maintenues, l’absence de réforme agraire et le racisme systémique, notamment avec les forces policières, ont ouvert la voie au retour des élites traditionnelles. Elles ont profité de l’affaiblissement des bases populaires du PT, usé par le pouvoir depuis 2002.

Des manœuvres judiciaires douteuses ont mis Lula en prison en 2018 l’empêchant de se représenter et Bolsonaro a été élu. Misogyne, homophobe et raciste, il a affirmé durant sa campagne que « les peuples autochtones n’auraient pas 1 cm de plus de territoires protégés ». Se réclamant de la dictature de sécurité nationale qui a sévi durant 21 ans (1964-85), le colonel Bolsonaro défend la nécessité de la liquidation de l’opposition « communiste ». 20000 médecins cubain.es ont été expulsés des zones appauvries et reculées notamment du Nord-Est. Ces zones délaissées par les services de santé locaux sont maintenant sans soins médicaux, mais « libres » de l’influence communiste…

Dans l’histoire de l’Amérique latine, la lutte au communisme a servi de prétexte pour détruire et tuer les organisations et les leaders progressistes. Syndicalistes, mouvement paysan des sans-terres, mouvement urbain des sans-toits, écologistes, Autochtones, militantes féministes, militant.es LGBTQ+, journalistes, la liste des gens à réprimer est longue. Bolsonaro s’est réjoui notamment de l’assassinat en 2018 de la conseillère municipale de Rio de Janeiro, Marielle Franco. Socialiste, féministe, lesbienne et afro elle incarnait tout ce que l’élite hait.

Bolsonaro n’a pas tous les pouvoirs comme sous la dictature, mais c’est un signal fort pour les forces policières, militaires, mais aussi pour tous ces groupes paramilitaires criminels et mafieux agissant par exemple en Amazonie. Ce cocktail explosif fait plaisir aux gens d’affaires, non seulement du Brésil, mais aussi des États-Unis et du Canada. Vision morbide d’un système capitaliste nourri aux stéroïdes avec lequel il faut rompre pour l’avenir de la Planète, pour l’avenir de l’humanité.

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