Édition du 23 novembre 2021

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Europe

Massacre des immigrés algériens en octobre 1961

La reconnaissance du « crime d’État » comme prérequis
Le deni du colon de s’avouer persécuteur et de regarder son funeste passe en face ! Rassemblés ce dimanche sur le pont de Saint-Michel à Paris, un des lieux historiques qui furent le théâtre des répressions sanglantes du 17 octobre 1961, les manifestants de la communauté algérienne exigent la consignation du « crime d’État ».

photos Omar Haddadou









FRANCE

De Paris, Omar HADDADOU

L’art du dominant, c’est donner âme rayonnante, à la sombreur de ses actes !

Une mobilisation à Paris commémorative des 60 ans sur les assassinats odieux de civils algériens, le 17 octobre 1961 - plus de 200 selon certaines sources - que les historiens, les enfants des victimes algériennes et les 100 organisations œuvrant pour la mémoire collective et l’archive, qualifient aujourd’hui de « Crime d’Etat », a eu lieu ce dimanche sur le pont de Saint-Michel, après une fragmentation amenuisant le rassemblement, opérée par les forces de l’ordre.

L’hommage rendu aux victimes de la terreur, à Paris, Nanterre, Argenteuil, Pont de Bezons…, perpétrée dans l’impunité absolue, au terme d’une marche pacifique, par la main de fer du tristement célèbre Préfet de police, Maurice Papon (auteur des déportations) et ses escadrons de la mort, sous la bénédiction expresse du Général De Gaule, s’inscrit comme un appel pressant à la vérité, à l’issue de cette période sombre de l’histoire française.

Elle renseigne sur une observation factuelle, celle du persécuté (France au temps du nazisme) devenu persécuteur, une fois débarrassé de sa vulnérabilité. Des gerbes de fleurs, des plaques commémoratives et une foule structurée en groupes de débat restreints, constituaient l’ossature des différents témoignages, parfois tendus, sur l’euphémisme de Macron et sa formule « Crimes inexcusables », qualifiée de « Reconnaissance à mi- chemin » par les familles et les historiens.

On débriefe sur la dérobade du chef de l’Etat à évoquer l’expression « Crime d’Etat », la responsabilité du gouvernement de l’époque. De Michel Debré à Matignon. De Roger Frey au Ministère de l’Intérieur et de la Présidence. La Seine, autrefois maculée de sang, a pour seul confident (e) : La Mémoire ! Chaque pas imprimé sur ces lieux, m’informe, nous informe, sur la répression sanglante, les atrocités infligées à l’époque au peuple algérien (Un spécialiste parle de « 300 hommes qui ne seraient pas rentrés chez eux, la nuit du 17 au 18 octobre). Ici, sur un ton grave, on évoque les luttes clandestines menées par les protagonistes du FLN et ses relais à l’étranger. Là, du rôle de la Confédération de France. Plus loin du sacrifice de l’immigration algérienne en Europe et l’engagement des réseaux de soutien pour le recouvrement de l’indépendance en Algérie. Des pancartes et des revendications notifiées sur ce passé douloureux, s’accordent à dire qu’il faille restituer les chapitres manquants.

Pour Farida, une ancienne militante ayant vécu la répression et l’humiliation, la démarche est claire : «  L’opinion internationale est témoin de ces noyades, ces rafles, ces exécutions sommaires, et ces assassinats de femmes et d’enfants. Il faut arriver à cette vérité de faire toute la lumière sur les horreurs commises et aller devant le tribunal pénal international (TPI)  ».

A propos des femmes, un rapport de 8 pages fait état des manifestantes arrêtées, passées à tabac et internées dans des hôpitaux psychiatriques. Ce volet obéirait présentement à la loi de l’omerta, confortée par la décision irrévocable de fermeture d’archives. Et que dire de ce mutisme approbateur de 1961 au sein de la majorité des Français (es) et des médias annonçant le chiffre de 3 victimes. Un bon tuyau pour l’enseignement actuel des collégiens !

Avant de quitter les lieux, je décide de longer la Seine en me frayant un passage. L’image de cette grand-mère, sa fille et sa petite fille, se tenant à moitié ployées sur le pont, interrogeant de leur triste regard la profondeur des eaux où les corps ont été cruellement jetés, retient mon attention : «  C’est là où ils les ont jetés, les pauvres … ? », s’enquit l’une d’elles, « Oui !  » leur répond un monsieur, d’une voix atterrée.
O.H

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