Tiré d’Agence média Palestine.
Si la formulation peut sembler prudente aux oreilles d’un·e militant·e de la cause palestinienne, elle n’en est pas moins un étape supplémentaire dans la condamnation internationale du génocide commis par Israël à Gaza et de son annexion dangereuse et brutale de la Cisjordanie.
S’adressant mercredi au Conseil des droits de l’homme à Genève, Volker Türk présentait un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU couvrant la période de novembre 2024 à octobre 2025 attestant de “possibles crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide”.
Catastrophe créée par l’homme
“La situation dans le Territoire palestinien occupé est une catastrophe créée par l’homme,” a-t-il déclaré aux représentant·es des États membres. “Les preuves recueillies par mon Bureau révèlent un schéma constant de violations flagrantes et d’abus des droits de l’homme, de graves violations du droit international humanitaire et de crimes d’atrocité – qui restent impunis.”
Énumérant ces violations, le haut-commissaire a dénoncé le “mépris total d’Israël pour les droits humains à Gaza et en Cisjordanie”. Les droits humains dans les territoires palestiniens occupés ont été “bafoués”, ajoute-t-il, citant la destruction de quartiers entiers, les restrictions sévères et l’utilisation de l’aide humanitaire comme arme, ainsi que les pertes civiles massives.
Décrivant la situation à Gaza, Volker Turk dénonce “les attaques continues d’Israël contre les immeubles résidentiels et les tentes de fortune, détruisant des quartiers entiers, ont causé des morts massives parmi les civils. Plus de 25 500 Palestiniens ont été tués” dans la période d’un an couverte par le rapport, “y compris des familles entières, et plus de 68 800 ont été blessés pendant la période couverte par le rapport.”
Le Haut-commissaire dénonce la famine orchestrée par Israël, officiellement déclarée 2025, la malnutrition qui persiste malgré les quelques entrées d’aide humanitaire, ainsi que la militarisation de l’aide humanitaire qui a conduit à des tueries à grande échelle. Entre fin mai et le 8 octobre 2025, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a enregistré 2 435 Palestiniens tués par l’armée israélienne près des points de collecte de nourriture, principalement des enfants, adolescents ou jeunes hommes.
Selon le ministère palestinien de la Santé, au moins 463 Palestiniens, dont 157 enfants, sont morts de faim. Le Haut-Commissaire a déclaré que ces décès étaient le résultat direct du blocage par Israël de l’aide humanitaire et d’autres actions délibérées.
Volker Türk a également dénoncé les meurtres de personnel humanitaire et médical, ainsi que celui de journalistes. Bien qu’un cessez-le-feu ait été mis en place en octobre, les violations continues d’Israël ont tué plus de 600 Palestinien·nes et blessé plus de 1 600 autres depuis lors selon les chiffres de l’ONU.
Au moins 1 700 violations ont été enregistrées pendant cette période de “trêve”, notamment le refus de soins médicaux et de transferts à l’étranger, des restrictions sur l’aide humanitaire et des attaques quotidiennes sur l’ensemble du territoire.
“N’importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure”, martèle Volker Türk. “À Gaza, des personnes continuent de mourir à cause des tirs israéliens, du froid, de la faim et de maladies et blessures qui pourraient être soignées.”
Annexion de facto
M. Turk a qualifié la situation en Cisjordanie de “particulièrement inquiétante”, soulignant les récentes mesures prises par Israël pour étendre l’autorité civile sur des zones longtemps gouvernées par la loi martiale.
“Les récentes mesures israéliennes d’expansion de l’expropriation des terres consolident l’annexion du territoire palestinien. Cela constitue une violation flagrante du droit des Palestiniens à l’autodétermination,” a-t-il déclaré.
Les forces de sécurité israéliennes continuent d’utiliser en Cisjordanie occupée une force inutile et disproportionnée, et ont tué 1 020 Palestinien·nes depuis le 7 octobre 2023, selon les chiffres vérifiés par les droits de l’homme de l’ONU.
Le Haut-commissaire a également dénoncé une pratique d’arrestations massives qui “s’apparentent à de la détention arbitraire” à Gaza comme en Cisjordanie, avant de condamner les conditions de détentions pratiquées dans les prisons israéliennes.
“Depuis le 7 octobre 2023, mon Bureau a vérifié qu’au moins 89 Palestiniens sont morts en détention israélienne. La torture et autres mauvais traitements des Palestiniens en détention israélienne restent répandus.”
“L’absence de responsabilité pour les violations flagrantes commises est tout simplement honteuse”, conclut Volker Türk, exhortant Israël de cesser son “occupation illégale” de la Cisjordanie.
“Les droits humains ont été bafoués dans les territoires palestiniens occupés. Tout effort réaliste visant à reconstruire et à progresser vers une stabilité durable devra être ancré dans les droits humains. Et cela est urgent.”
“L’annexion totale est l’objectif”
Ces déclarations de l’ONU font écho à de nombreuses condamnations d’organismes de défense des droits humains, qui dénoncent dans les dernières mesures prises par Israël une “annexion de facto” de la Cisjordanie.
“Ne vous y trompez pas : l’annexion totale est l’objectif, et Israël a déjà jeté la plupart des bases pour y parvenir”, dénonçait la semaine dernière Erika Guevara-Rosas, directrice générale à Amnesty International. “Les ministres du gouvernement en place ne ressentent plus le besoin de dissimuler leurs intentions.”
Dans un communiqué qui décortique les mesures israéliennes, Amnesty International fustige l’impunité dans laquelle ces dernières sont prises. “L’expansion accélérée des colonies illégales et la recrudescence des violences et des crimes cautionnés par l’État imputables aux colons en Cisjordanie occupée pointent du doigt l’incapacité catastrophique de la communauté internationale à prendre des mesures décisives”, déclare Erika Guevara-Rosas.
“Le soutien inconditionnel du gouvernement américain, combiné à l’absence généralisée de responsabilité internationale pour le génocide perpétré par Israël contre les Palestinien·ne·s à Gaza, à des décennies de crimes de droit international liés à son occupation illégale et à son système d’apartheid, encouragent Israël à intensifier ses actions illégales, et notamment à officialiser l’accaparement de terres, sans crainte d’éventuelles conséquences.”









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