Édition du 3 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Parti de la rue (PDLR)

Course indépendante

Depuis l’élection des nouveaux porte-paroles de QS, Ruba Ghazal, d’abord, puis Sol Zanetti, ensuite, on parle davantage d’indépendance à Québec solidaire. Lors de son élection comme porte-parole masculin, son discours a été centré essentiellement sur ce thème. Cela n’est pas étonnant, compte tenu du parcours de Zanetti, qui appartenait à Option nationale avant sa fusion avec le parti.

À l’automne dernier, on a cru observer une remontée du souverainisme chez les jeunes, ce qui a enthousiasmé plusieurs militants et militantes indépendantistes (autant au PQ qu’à QS). On a remarqué cet engouement principalement dans les réseaux sociaux avec plusieurs vidéos virales, notamment le jeune rappeur québécois KinjiOO, qui affirme que sa fleur préférée : « c’est la fleur de lys » [1]. Les chercheurs de la chaire de recherche sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec, Éric Bélanger et Mireille Lalancette, ont étudié le phénomène de manière scientifique en analysant tous les sondages Léger sur la question de la souveraineté de février 24 à décembre 25. Il apparaît que le groupe des jeunes (18-34 ans) a des opinions volatiles sur la question. Ainsi, en août 24, on remarque un creux avec 25% d’appui, en comparaison du pic de 48%, en août 25. Cette ferveur soudaine ne semble pas vouloir perdurer. L’étude plus systématique place l’appui à la souveraineté chez les jeunes à 35%, ce qui serait analogue à celle de la population générale.

Cette semaine avec l’élection partielle à Chicoutimi, nous apprenons que, malgré la victoire électorale du PQ, l’appui pour cette formation baisse. Il en est de même pour l’option souverainiste : les gens qui s’opposent à l’indépendance et qui diraient « non » lors d’un éventuel référendum sont rendus à 60% ferme. Sans surprise, l’impayable PSPP a semblé commencer à rétropédaler. Ainsi, il est disposé à envisager de repousser le référendum à plus tard, possiblement à un deuxième mandat.

Déjà, des solidaires ont quitté pour aller militer au PQ, je pense à Jimmy Thibodeau et Nadia Poirier. Opportunisme ? Manque de conviction sur la posture de gauche ? On ne saurait en douter. Ensuite, notre déconfiture dans les sondages est balayée sous le tapis par la direction du parti. On semble ne plus avoir de locomotive. On n’a surtout pas de boussole. On lance un Manifeste des travailleurs et des travailleuses. On propose des revendications concrètes, mais molles et floues. Et, on est incapable de tenir un discours clair et précis sur l’indépendance.

Surtout, on parle bien peu des raisons qui devraient motiver notre flamme indépendantiste : un Québec vert, féministe, interculturel, décolonial et équitable socialement. On parle bien peu de constituante et on ne présente pas cette perspective comme une alternative à la stratégie d’un référendum qui risque de mener les indépendantistes dans le mur.

Ce que nous lisons dans La Presse n’est guère rassurant : « Pour réaliser sa « mission historique » de contribuer à une victoire du Oui lors d’un référendum sur l’indépendance, Québec solidaire doit rallier le mouvement souverainiste à une approche inclusive, insiste M. Zanetti. Sur l’indépendance, Québec solidaire doit être un leader, et non pas poser « des conditions » pour participer au projet de pays. » [2], avait affirmé Sol Zanetti après sa nomination en novembre dernier.

Zanetti positionne déjà QS comme participant au camp du « Oui ». Son commentaire se voulait plus dans la perspective de cette participation, mais nous devons aussi comprendre le sous-texte : la démarche de la souveraineté est, pour lui, primordiale, même s’il rappelle « qu’on doit rester fidèle à nos valeurs. » Au Parti de la rue, nous pensons que l’indépendance doit s’articuler autour d’un projet de société mobilisateur, pour créer un Québec égalitaire, féministe, écologiste et pluriel. Le projet de la constituante est vital pour donner la parole à l’ensemble du peuple dans la détermination d’un Québec que souhaite la majorité populaire. La démarche de constituante est un instrument essentiel afin de construire une majorité indépendantiste. Pour bâtir un pays, il nous apparaît essentiel de consulter démocratiquement tous les pans de la société : jeunes, vieux, hommes, femmes, personnes non binaires, riches, pauvres, personnes peu ou, au contraire, très scolarisées, personnes des Premiers peuples et, aussi, les personnes immigrantes et racisées. Nous voulons un pays pour tous et toutes. Un référendum sur un projet de constitution élaborée par une démarche radicalement démocratique, c’est cela créer les conditions de la victoire.

L’électorat est volatil sur la question de l’indépendance, en particulier les jeunes. Il faut les séduire avec un projet inspirant. Disons-le carrément : le projet de pays du PQ est déprimant. Ils veulent un pays francophone ce avec quoi nous sommes d’accord, mais ils mettent de l’avant une laïcité falsifiée qui mène à imposer une série de discrimination, particulièrement contre les femmes musulmanes et qui ne touchent pas les écoles religieuses privées. Ils ne veulent pas trop de nouveaux arrivants, à leur avis, il y en a déjà beaucoup trop. Par ailleurs, ils veulent une politique qui serait alignée avec celle des États-Unis et sans prendre en compte le dialogue de nation à nation avec les Premiers peuples.

Le PQ ne réussira pas à convaincre les personnes immigrantes ni probablement les enfants ou petits-enfants d’immigrants (ceux qu’on nomme les 2 ou 3 générations). Inévitablement, il va se mettre à dos les Premières Nations, très peu de péquistes voient les Autochtones comme faisant partie de la population québécoise. Pire, ils sont parfois vus comme des ennemis à cause de leur « attachement » aux lois canadiennes. Les jeunes, quant à eux, risquent de ne pas vouloir prendre ce train : ils sont très sensibles aux enjeux identitaires et ne voudront sans doute pas sanctionner une démarche qui exclut des groupes minoritaires.

S’associer à une démarche du PQ, de près ou de loin, c’est accepter qu’il n’est pas important de définir un projet de société pour un Québec indépendant, c’est accepter qu’il n’est pas nécessaire de définir un Québec qui fait une priorité à la lutte aux changements climatiques, un Québec qui lutte pour un Québec féministe et égalitaire. C’est accepter que l’appartenance à des alliances militaires comme l’OTAN n’est pas à rejeter. Et cela comporte le risque de s’aliéner les personnes racisées, les personnes musulmanes, les immigrants, les Premières Nations, les anglophones, les minorités sexuelles et beaucoup de jeunes en milieu urbain. Et on compte arriver à 51% ? Jamais dans 100 ans.


[1Idées | La montée du souverainisme chez les jeunes, effet durable ou effet TikTok ? | Le Devoir

[2L’indépendance et la fougue pour Sol Zanetti | La Presse

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