Édition du 9 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Parti de la rue (PDLR)

Ce que François ne comprend pas, une liste

1. La politesse

Québec solidaire représente un collectif d’individus de divers horizons. François Lambert ne représente que sa propre personne . Il somme un groupe entier de se taire parce qu’il n’aime pas ce que nous disons. Pire, il considère que de nommer son nom en congrès est de la diffamation. On lui rappellera que diffamer une personne est faire une atteinte injuste à sa réputation. Donc, de lui suggérer de ne pas être inquiet de la qualité du vin qu’il pourrait (ou non) boire le vendredi soir n’entre définitivement pas dans cette catégorie. D’affirmer que s’il a plus de 25 millions de fortune et qu’il pourrait se voir imposé davantage en fonction d’une proposition de plateforme est un exemple factuel. En contrepartie, les réquisitoires pleins de procès d’intention à l’égard d’un groupe de gens qui, bénévolement, essaient de réfléchir à des solutions pour améliorer les services publics, c’est pour le moins impoli. Dire que les personnes et les entreprises devraient contribuer, selon leurs revenus, était un des principes de base l’équité en matière d’impôts avant que le néolibéralisme ne s’y attaque. Je ne crois pas que personne au congrès n’ait traité les entrepreneurs de parasites, on a seulement suggéré qu’ils devraient payer leur juste part, exactement comme les citoyens ordinaires.

2. La fiscalité équitable

L’État canadien imposait jusqu’à 52% les entreprises dans les années 50, lorsqu’on additionnait l’impôt provincial et fédéral. Aujourd’hui ce chiffre est de la moitié, soit moins de 26% en 2012 (je sais que mes chiffres datent quelque peu, mais je ne crois pas que la tendance des baisses d’impôts pour les entreprises ait radicalement changé en faveur de l’État, au contraire…) Justement, la thésaurisation des grandes entreprises a augmenté de 4 à 11% entre 1990 et 2012. En économie, on qualifie cette avarice entrepreneuriale, pour le dire gentiment, « d’argent mort ». Alors, clairement, François ne se renseigne pas avant de nous imposer ses opinions pas très judicieuses. De prétendre que l’argent des compagnies ne « dort » pas est tout simplement statistiquement faux.

3. La géologie

Il n’y a pas de quantité suffisante pour une exploitation rentable du pétrole au Québec. « Le record du débit le plus élevé au Québec revenait au puits Haldimand numéro 1 de Pétrolia, à Gaspé, qui avait produit 40 barils par jour pendant trois jours en novembre 2011, après l’injection de pétrole sous pression. Il avait donc fallu le stimuler tellement la pression était faible. » C’est sûr qu’avec notre consommation quotidienne de 340 000 barils dans la province, nous allons faire toute une percée avec Pétrolia, qui, s’il faut le mentionner, a été rachetée et n’existe plus. Super rentable.

4. Les OBNL financés par le gouvernement

Québec solidaire n’a rien à voir ni de près ni de loin avec le Panier bleu. Cette entreprise, sans but lucratif, a été créée par le Gouvernement du Québec en 2020. Qui gouvernait à ce moment ? Un autre François, grand entrepreneur, Legault. Le Panier bleu a été financé à hauteur de 20 millions de dollars. De ce point de vue, l’ancien PDG d’Air Transat a fait particulièrement mauvaise figure sur le plan de la gestion, bien qu’issu de la filière des entrepreneurs - ceux qui sont supposés connaitre l’économie réelle -, il a accumulé les fiascos économiques. Des exemples : SAAQ cliq, Norvolt, Lion électrique. « Sans entrepreneurs, sans investisseurs et sans gens qui prennent des risques, il n’y a pas de richesse à redistribuer », conclut notre politicologue dilettante. Sans vouloir user de mauvais jeu de mots, il semble qu’à cause d’entrepreneurs, qui prennent des risques avec les investissements publics, il n’y a plus de richesse à redistribuer serait une conclusion plus juste.

5. Celles qui bâtissent

Les selfs made men pensent toujours qu’ils se sont autocréés. Cependant, ils sont plutôt myopes. Ils oublient que leur mère leur a donné naissance et leur a inculqué leur première langue, elle les a nourris, habillés, protégés jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. L’école les a éduqués jusqu’à ce qu’ils puissent se débrouiller pour avoir un travail rémunéré. L’hôpital les a soignés et a vaccinés à chaque fois qu’ils en ont besoin pour qu’ils ne meurent pas de rougeole ou de bronchite dans leur enfance. Il y a beaucoup de femmes, car elles ont majoritairement la charge du domaine du care. Ces femmes, ce sont elles qui permettent la véritable création de la richesse, car elles amènent la jeune génération à l’âge adulte et lui permettent de réaliser son plein potentiel. Elles le font, bien souvent, soit en travail invisible (la mère et la ménagère), soit en travaillant pour l’État (l’enseignante, l’infirmière, la technicienne de garde). Sans elles, pas de travailleurs, pas d’entrepreneurs, pas de têtes brûlées qui prennent des risques avec des investissements privés ou publics, pas non plus d’inventeurs de boîtes de centres d’appel spécialisées en externalisation et délocalisation. Vous savez, ces génies qui ont permis aux grosses compagnies, comme Bell de se délester de leurs employées (encore une fois, majoritairement des femmes) et de confier leur service à la clientèle à des télémarketeurs, souvent de nouveaux arrivants avec une maîtrise approximative de la langue et, bien sûr, payés au salaire minimum. C’était un premier jalon dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Uberisation du service à la clientèle. Le sacrifice des employés et les décisions « intelligentes » des gestionnaires de grosses compagnies, qui ont détruit la satisfaction et le sentiment de sécurité des consommateurs pour le profit des actionnaires, voilà une des contributions de monsieur Lambert.

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