Édition du 19 mai 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Parti de la rue (PDLR)

La guerre des chiffres et des symboles

Ce week-end a eu lieu, non pas une, mais deux manifestations importantes. La première a eu lieu vendredi soir au square Victoria. C’était la traditionnelle manifestation pour la journée mondiale des travailleurs et des travailleuses. Le SPVM, pour suivre aussi la tradition, y est allé avec ses tactiques habituelles d’intimidation et, bien sûr, a fini par casser la marche des travailleurs et des travailleuses. Il a procédé à plus d’une dizaine d’arrestations et a dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes.

L’opération a été rapportée de manière famélique par TVA nouvelles et par la Presse. Seule la CLAC (convergences des luttes anticapitalistes) a été mentionnée, comme si plusieurs autres groupes, tels le conseil central du Montréal métropolitain (CCMM) ou la CRUE (syndicat étudiant) n’avaient pas appelé, eux aussi, à venir montrer leur désaccord avec les politiques de la CAQ. Pire encore, ils ont prétendu que seulement 500 personnes s’étaient rassemblées au point de rendez-vous. D’autres sources, avec des photos à l’appui, ont évalué qu’il s’agissait plutôt d’environ 2700 à 3000 personnes, puisque le square Victoria était entièrement occupé.

Le lendemain, cette fois au 4200 avenue du Parc, plusieurs autobus ont déversé des manifestants qui ont marché jusqu’à la place des spectacles en un très long cortège. Cette fois, il n’y a eu aucun trouble avec les policiers et tout s’est passé pacifiquement. Le SPVM évaluait le nombre de marcheurs à 3000 personnes. Étant moi-même dans le cortège, je suis extrêmement surprise de cette évaluation incroyablement conservatrice. 3000 personnes occupent environ un quadrilatère montréalais. Si la marche s’étendait de la place des spectacles à l’Avenue du Parc, il y aurait lieu de penser que c’est au moins 8 à 10 fois plus. Malheureusement, il est impossible d’avoir une estimation alternative, car les médias ont à peine couvert l’événement.

En contrepartie, ils en avaient beaucoup à dire sur la célébration de la victoire du Canadien dimanche soir. 98.5 FM, Radio-Canada, La Presse, le Journal de Montréal, TVA, Noovo Info ont tous commenté. Bien entendu, la police avait déployé l’escouade antiémeute. Pourtant, aucune arrestation, bien que ce genre d’événement puisse tourner à l’émeute (comme en 1993) où des commerces sont pillés et des voitures renversées ou incendiées. Autrement dit, il y a une tolérance pour la destruction lors d’une victoire d’une équipe de hockey, formée de jeunes hommes multimillionnaires, dans un aréna dont le prix des sièges est hors de la portée de la majorité des gens. Doit-on signaler qu’une paire de billets s’est vendue à 35 000$ lors de la finale de 2021 ? Je n’ose imaginer à quel prix vertigineux s’élèveront les billets cette année. Il est à noter que ce prix se rapproche du revenu annuel d’une personne au salaire minimum. Toutefois, on parle des hordes de fans survoltés (et parfois dangereux) d’un ton bon enfant.

Comme quoi le traitement des violences symboliques et réelles est parfois floué par la lentille idéologique des médias. Justement, ce qui a été largement rapporté par tous les médias est le guillotinage de la poupée en papier mâché à l’effigie de Jean Boulet. Étant donné le climat politique, on ne sera pas étonnés de la véhémence de la réaction des chefs de parti. C’est un symbole, délibérément choquant, utilisé par la gauche radicale. Depuis quelques années, on a allégoriquement coupé la tête de plusieurs personnages détestables, dont Jeff Bezos ou Trump. Ainsi, PSPP, le chef hyperactif du PQ, y est allé d’une diatribe à l’émission de Patrick Lagacé. Il a accusé les syndicats et, même, la première ministre Christine Fréchette de banaliser l’utilisation de la fausse guillotine, rappelant qu’il a été victime de menaces de mort. Qui pense que cette image était un mode d’emploi pour se défaire des politiciens que l’on n’aime pas ? Littéralement personne.

Sauf que la réelle violence du système a, une fois de plus, été camouflée par une action symbolique mal réfléchie. A-t-on pensé que l’invention de Guillotin demeure un symbole de la Terreur, période pendant laquelle les Républicains ont montré qu’ils pouvaient tuer aussi efficacement que n’importe quelle monarchie ? Cela ne semble pas la meilleure métaphore pour une société égalitaire. Cela rappelle étrangement 2012 où chaque fois que Gabriel Nadeau-Dubois se présentait devant les médias, en tant que porte-parole de l’ASSÉ, on lui demandait de condamner la violence. Des méfaits mineurs, comme des vitres brisées et des graffitis, ont été montés en épingle pendant que les forces policières ont éborgné, pour de vrai, et fracassé des crânes. Notre colère est légitime, il ne faut pas la laisser être détournée.

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