Édition du 9 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Monde du travail et syndicalisme

L'enseignement public est paralysé dans la région de Valence lors d'une grève historique

Comme nous l’avons publié dans le journal La Veu lundi matin, la première journée de grève illimitée dans l’enseignement public a été historique et très percutante. Non seulement en raison de sa participation massive – jusqu’à 90 % selon les sources syndicales, au moins 47 % selon les données du ministère régional lui-même – et de l’immense marée verte qui a envahi les établissements de Valence, d’Alicante, de Castellón de la Plana et d’Elche.

Moisés Vizcaino |Photo : Víctor Uriarte : 15 ami 2026| Région de Valence, Système d’enseignement public

La grève des enseignants : un peuple en mouvement

Mais aussi en raison du processus lui-même. Cela faisait des décennies que le Pays valencien n’avait pas vu un groupe de travailleurs aussi important se lancer pour défier le gouvernement valencien par une grève illimitée. Une grève, qui plus est, qui n’est pas défensive – visant à empêcher la fermeture d’une entreprise ou la perte de droits – mais offensive – exigeant des améliorations – et qui n’est pas non plus d’ordre corporatiste : outre des augmentations salariales et de meilleures conditions de travail, les enseignants se battent pour une meilleure éducation pour tous, de meilleure qualité et en valencien. C’est pour cette raison qu’ils ont reçu le soutien d’une majorité de la société.

Mais laissons un peu de côté cet aspect, déjà expliqué dans un éditorial précédent, pour nous concentrer sur un autre élément. L’un des aspects les plus fondamentaux de la grève des enseignants est l’organisation énergique de la base, au sein d’assemblées unitaires par établissement, qui ont joué un rôle clé, tant pour pousser les indécis à se joindre à la grève que pour expliquer aux communautés éducatives les raisons de ce combat et les motifs pour lesquels il est si important pour les enseignants, le personnel non enseignant, les élèves et les familles, en définitive, pour toute la société.

Une organisation qui – toutes proportions gardées – rappelle la vague de solidarité et d’autogestion qui a suivi la catastrophe de la tempête d’octobre 2024. À l’époque comme aujourd’hui, c’est le peuple qui s’est mobilisé de manière autonome, sans attendre d’instructions ni de consignes, pour exiger des dirigeants qu’ils fassent leur travail. À l’époque comme aujourd’hui, ces événements ont été une source d’autonomisation et de prise de conscience à l’échelle industrielle. Ils font partie – tout comme le 15M, le processus souverainiste catalan, les syndicats du logement et tant d’autres – de ces processus capables de renverser des gouvernements et de changer la culture politique d’un pays.

Comme le dit Manel Pitarch dans son article : « La grève illimitée est le résultat de l’obscurcissement politique et du mépris d’un dialogue sensé et respectueux. » Ou, comme l’affirme Vicent Maurí dans le sien : « La grève illimitée est déjà une victoire morale et politique face à un gouvernement arrogant, autoritaire et complètement déconnecté de la réalité des établissements scolaires. »
Au Palau de la Generalitat, ils ont bien raison de s’inquiéter face à la révolte des enseignants et de l’ensemble de la communauté éducative – une inquiétude que trahit la piètre lettre que la conseillère Carmen Ortí a envoyée aux familles jeudi dernier – car chaque jour où ce conflit s’intensifie et s’enracine est un jour de moins qui leur reste au gouvernement.
11/05/2026
https://www.diarilaveu.cat/societat/la-vaga-de-docents-un-poble-en-moviment-633984/

Nous vaincrons : l’unité fait notre force

Vicent Maurí

Le 11 mai restera gravé dans la mémoire collective du peuple valencien. Les travailleuses et travailleurs de l’enseignement, le mouvement des assemblées et syndical, l’ensemble de la communauté éducative, entreront dans l’histoire pour la dignité, la détermination et la force dont ils ont fait preuve pendant des semaines de mobilisation et d’organisation. La grève illimitée est déjà une victoire morale et politique face à un gouvernement arrogant, autoritaire et complètement déconnecté de la réalité des établissements scolaires.

La conseillère à l’Éducation, Mari Carmen Ortí, est passée du statut de responsable politique de l’éducation publique valencienne à celui de symbole de l’imposition, de la répression et du mépris envers le corps enseignant. Sa gestion n’a apporté que chaos, coupes budgétaires déguisées, surcharge de travail, persécution syndicale et une incapacité totale à écouter la communauté éducative. Elle a préféré gouverner depuis ses bureaux, entourée de propagande et de soumission aux intérêts privés, plutôt que de se rendre dans les établissements pour écouter le cri de ceux qui font vivre chaque jour l’éducation publique.

Et au sommet de cette offensive contre les droits sociaux et du travail se trouve le président de la Generalitat, Juanfran Pérez Llorca. Son gouvernement incarne le pire visage de la politique : autoritarisme, propagande creuse et confrontation avec les services publics. Ils ont voulu briser la résistance des enseignants par la peur, les menaces et des services minimums abusifs et injustifiables, transformant un droit fondamental comme la grève en une course d’obstacles antidémocratique. Les services minimums imposés ne visent pas à garantir un quelconque droit des citoyens ; ils visent à faire échouer la grève et à intimider les travailleuses et les travailleurs. C’est une pratique indigne d’un gouvernement qui se dit démocratique.

Mais ils ont échoué. Et ils échoueront. Car cette grève n’est pas seulement une réponse syndicale. C’est un mouvement collectif, assemblé, profondément démocratique et né de la base. C’est la réponse de milliers d’enseignants et d’enseignantes lassés de la précarisation, du mépris institutionnel et de la destruction progressive de l’éducation publique valencienne. C’est aussi la réponse des familles, des élèves et du personnel des établissements scolaires qui savent que défendre l’école publique, c’est défendre l’avenir de notre peuple.

Et si cette grève est en train d’entrer dans l’histoire, c’est avant tout pour une raison fondamentale : l’unité syndicale. Une unité construite à partir de la base, à partir des établissements, à partir des assemblées et à partir de la volonté commune de résister. Une unité indispensable qui a laissé de côté les sigles et les querelles de pouvoir pour mettre au centre les droits des travailleuses et des travailleurs et la défense des services publics. C’est là la grande force du mouvement : l’unité syndicale et populaire.

Il faut revendiquer avec force cette unité car elle est la clé de toute victoire future. Lorsque le syndicalisme se coordonne, lorsque les assemblées prennent la parole, lorsque la communauté éducative avance unie, les gouvernements tremblent. Et c’est exactement ce qui se passe. Le gouvernement de la Generalitat est nerveux car il sait que cette grève peut ouvrir un nouveau cycle de lutte sociale dans le Pays valencien.

Il est également important de souligner que cette lutte a dépassé les frontières. La solidarité manifestée par les syndicats et les organisations d’Espagne et du monde entier démontre que ce qui se passe dans le Pays valencien s’inscrit dans un conflit mondial entre les intérêts des élites et les droits de la majorité sociale. Le soutien de la Confédération des éducateurs américains, de la FESIDUAS, du Forum pour l’éducation en Ibéro-Amérique, de l’Internationale de l’Éducation, du syndicat français Solidaires et du Réseau international de solidarité et de luttes montre que la lutte des travailleuses et travailleurs valenciens est aussi celle de millions de personnes à travers le monde contre la précarité et l’autoritarisme.

Demain, rien ne s’arrête. Demain, une nouvelle étape commence. Cette grève doit servir à étendre le conflit et la mobilisation à d’autres secteurs de la fonction publique et du monde du travail. La situation que connaît l’enseignement est la même que celle que subissent la santé, les services sociaux, les transports publics et tant d’autres secteurs frappés par les coupes budgétaires, la privatisation et la perte de droits. Il faut construire une réponse globale de l’ensemble de la classe ouvrière.

C’est pourquoi le message est clair et sans équivoque : nous vaincrons. Nous vaincrons parce que nous avons la force de la raison et la force de l’unité. Nous vaincrons parce qu’aucun gouvernement ne peut vaincre un peuple organisé. Nous vaincrons parce que les travailleuses et travailleurs de l’enseignement ont décidé de se lever et de ne plus jamais se mettre à genoux.

10/5/2026

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Monde du travail et syndicalisme

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Abonnez-vous à la lettre