Édition du 15 décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

L’extrême droite américaine et sa peur des révoltes arabes

Impayable voire ridicule extrême droite américaine ! Elle qui soutenait les guerres de Bush, au prétexte qu’il fallait démocratiser le Moyen-Orient, se montre aujourd’hui effrayée par les évènements se déroulant dans le monde arabe. En cause ses éternelles paranoïas, incultures et intransigeances idéologiques.

Toujours à la pointe de la paranoïa, de l’inculture et de l’exagération, l’extrême droite américaine a trouvé une nouvelle raison de s’angoisser, voire de prospérer : les révoltes arabes.

En effet depuis que les mouvements populaires se sont déclenchés dans le monde arabe, les politiciens ou éditorialistes américains d’extrême droite n’ont cessé de multiplier les commentaires, tous plus alarmistes et délirants les uns que les autres.

Et pour paraitre crédible ils n’hésitent pas à pratiquer les amalgames et les approximations les plus fallacieux. Car pour les conservateurs américains les révoltes arabes sont une abomination et une crainte.

Sans peur du reniement ils n’hésitent pas à expliquer à longueur de colonnes que les régimes autoritaires qui peuplent le monde arabe étaient et devraient rester la plus sûre des situations géopolitique pour les Etats-Unis. Comme souvent avec eux les États-Unis sont la mesure de toute chose. Ce qui est utile et bon à leur pays, qu’importe ce que cela coute à d’autres, doit continuer à exister.

Le prétendu péril islamiste

Car la crainte qui pointe derrière cet égoïsme qui ne se cache pas, tout comme il ne se comprend pas d’ailleurs, c’est la menace d’une prise de pouvoir par les islamistes.

Pour eux il n’y a aucun doute : la démocratie en Égypte c’est à coup sûr l’installation prochaine des frères musulmans au pouvoir. Forçant le trait ils vont jusqu’à avancer l’idée qu’à terme ce serait le retour du califat sur une partie du monde arabe, et même sur le sud de l’Europe.

Mobilisant leur culture historique très lacunaire, ils pensent que la chute de Moubarak amorce inéluctablement le scénario déjà connu lors de la chute du Shah en 1979. D’abord une révolte populaire puis une confiscation de la révolution par les islamistes, puis une république islamiste.

Les différences de contexte, la réalité du programme des frères musulmans, les chances réelles des islamistes d’accéder au pouvoir en Egypte, tout cela n’existe pas pour eux. Enfermés dans leur mépris pour les populations arabes ils n’osent pas avouer qu’ils ne comprennent et ne connaissent rien des réalités de l’Islam ; alors ils resservent une lecture du monde directement copié sur le peu de chose qu’ils connaissent concernant cette partie du monde.

Sans aucune retenue ils poussent la méprise jusqu’au reniement le plus inconscient. Car eux qui aujourd’hui s’effraient de la démocratisation de cette partie du monde furent parmi les soutiens les plus intraitables, et même intolérants, des guerres de l’administration de Bush.

A ceux qui en Europe pouvait s’interroger sur ce que les néoconservateurs de 2003 pouvaient penser de ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, voilà, donc, la réponse. Loin d’y voir une possible victoire à rebours de ce qu’ils professaient en 2003, ils n’y décèlent qu’un nouveau péril islamiste.

La haine persistante vis-à-vis de Barack Obama

Glenn Beck, « éditorialiste » très en vogue de Fox News, va plus loin en parlant d’une possible troisième guerre mondiale en vue. Ses « analyses » géopolitiques délirantes et truffées de raccourcis intellectuelles montrent un esprit totalement paranoïaque et cloisonné. Lorsqu’on cherche à les comprendre on se trouve amené dans un dédale intellectuel dans lequel tout semble relié pour assurer la perte des États-Unis. Pour lui tout à un sens attentatoire à la sécurité des États-Unis : la révolte tunisienne, les manifestations égyptienne, la révolution iranienne, les incompétences supposées d’Obama. Tous absolument tout menace les américains.

Car derrière ces propos il y a encore et toujours la détestation d’Obama. Car pour eux c’est une évidence : Hosni Moubarak était « un ami de la paix » lâchement abandonné par l’actuel président américain.

Newt Gingrich, possible candidat républicain pour 2012, est, sur la question, sûr de son fait : Barack Obama est le nouveau Jimmy Carter, accusé d’avoir abandonné le Shah en 1979.

Son comparse Mike Huckabee (lui aussi possible candidat républicain pour 2012), s’est même dit « choqué » par le manque de soutient d’Obama vis-à-vis d’Hosni Moubarak.

La défense d’Israël

Mais ces points de vue sont, comme souvent avec l’extrême droite américaine, très empreint de religiosité. Si le péril islamiste les mobilise c’est essentiellement pour être d’une religion différente de la leur. De même Israël n’est pas oublié dans le danger que ces révoltes arabes sont sensées représenter. Très proche du courant évangéliste, ces hommes adhèrent sans souci aux arguments pro sionistes de ce courant chrétien. Pour eux l’existence d’Israël comme État est la condition du retour de Jésus, il faut donc que les États-Unis fassent tout pour défendre l’État Hébreux.

Or, pour eux, si les révoltes arabes ouvrant sur la réémergence du califat, débouchent forcement sur une situation à risque pour Israël.

D’où les sorties fréquentes de John Hagee, fondateur de la Christian United for Israël. Pour lui, tout comme pour Beck, Gingrich ou Huckabee, la démocratie en Égypte porte atteinte à la sécurité d’Israël.

Éternel argument des défenseurs républicains de l’État hébreux, pour qui la sécurité de dernier est conditionnée par l’absence de libertés politiques chez ses voisins.

Là encore c’est Obama qui est, pour eux, le responsable. Sa politique de soutient implicite aux révoltes arabes ne venant qu’amplifier ses reproches adressés à la politique de Benyamin Netanyahou.

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