Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Écosocialisme

L’impossible transition écologique (sous le capitalisme) - Extrait

Alternatives et planification

Les clés du changement de modèle énergétique viennent de la combinaison des actions suivantes : laisser les stocks de pétrole, de gaz et de charbon sous terre ; stimuler les économies d’énergie ; électrifier les transports et l’ensemble de l’activité productive exigeante en énergie ; changer les sources en remplaçant les combustibles fossiles et nucléaires par des combustibles renouvelables (solaire, éolien, géothermique, marémotrice, etc.). Avec un développement particulier de la production décentralisée et de la production d’énergie, des systèmes de transport et de distribution de propriété publique et sociale dans un modèle qui prend en compte à la fois la dimension de la coordination des ressources pour permettre des synergies et des économies, et celle de la décentralisation pour rapprocher les décisions des individus et des communautés dans leurs facettes de producteurs et de consommateurs, pouvoir promouvoir la souveraineté et la démocratie dans les affaires des énergies qui satisfont les besoins.

21 septembre 20212 | tiré de Viento sur
https://vientosur.info/la-imposible-transicion-ecologica-bajo-el-capitalismo/

En bref, il s’agit de réduire drastiquement la consommation d’énergie et qu’elle provienme de sources renouvelables de propriété commune. L’ampleur du défi de l’abandon des réserves souterraines de combustibles fossiles signifie l’abandon de 80% des stocks de charbon connus, de 33% du total des stocks de pétrole connus (épuisés ou à exploiter) et de 50% des stocks inventoriés (épuisés ou à exploiter), ce qui équivaut à renoncer à 80% des rentes fossiles estimées non encore réalisées.

Tout cela nous ramène à une autre question : le cadre dans lequel cette option écologique peut être donnée exige une société juste et égalitaire pour éviter les guerres pour un bien rare : l’énergie ; une société capable de générer un nouveau mode de vie avec des valeurs et une culture alternatives à celle du profit individualiste ; l’accès aux emplois et aux biens et services qui permettent le recul du consumérisme compulsif et l’essor des mouvements de travail ou de loisirs, ce qui implique une profonde réorganisation du territoire au service de la population face à la spéculation et à l’accès universel aux biens culturels qui ne nécessitent pas nécessairement de mobilité ; et s’il en fallait que ce soit par des moyens qui minimisent l’empreinte carbone.

Quoi qu’il en soit, le futur modèle énergétique ne maintiendra pas et ne devrait pas maintenir un niveau d’approvisionnement tel qu’il serve de moteur à une croissance économique sans fin comme actuellement. C’est pourquoi la proposition du New Green Deal qui tente de servir deux maîtres : la décarbonisation et le gain en capital, est naïve et insensée, car le défi de la transition énergétique est impossible à relever sans toucher aux bases du fonctionnement et de la domination du capital, de la propriété des ressources et des moyens et, par conséquent, du cadre institutionnel étatique à son service, qui n’est ni neutre ni ne sert à rien d’autre que celui pour lequel il a été créé.

L’abandon de l’utilisation des combustibles fossiles et le déploiement d’un nouveau modèle nécessitent d’importants investissements de la part des pouvoirs publics ; parce que le capital privé ne va pas le faire. Mais aussi l’expropriation des moyens et des biens de l’oligopole nécessite une décision politique herculéenne face aux mouvements financiers et de toutes sortes, sans exclure la violence, qui libérera les pouvoirs qui sont aux mains du capital. Personne ne nous dispense de tester notre engagement envers les énergies renouvelables. Concevoir un mix énergétique de sources renouvelables capable de répondre aux besoins d’une société industrielle durable, dans le cas de surmonter le handicap des réserves limitées de lithium, de nickel et de néodyme, le problème se poserait dans un autre domaine, économique et politique, car « cela ne serait possible qu’avec une énorme réorientation de l’effort d’investissement (pour le dire clairement : un effort incompatible avec l’organisation des priorités d’investissements privés sous le capitalisme), et une situation de production stationnaire d’énergie (essentiellement de l’électricité) serait atteinte, une situation incompatible avec la poursuite de la croissance socio-économique exponentielle des dernières décennies » (Riechmann, 2018).

Il faut ajouter, comme le calcule Antonio Turiel, que dans le cas de l’Espagne, remplacer les quelque six exajoules d’énergie primaire utilisés chaque année en Espagne par des sources renouvelables impliquerait l’installation d’un terawatt électrique. Ainsi, les besoins en capitaux de cette transformation atteindraient 4,12 billions de dollars, soit trois fois le PIB de l’Espagne. Si nous l’extrapolons à l’échelle mondiale, ces réalités sont dévastatrices pour l’optimisme technologique parrainé par les élites du capitalisme. Elles sont dévastatrices pour ceux qui se contentent de mesures de marché telles que des changements dans la fiscalité pour influencer les prix et influencer les consommateurs parce que le temps est à l’urgence climatiqu et et que ces mesures ne peuvent avoir qu’un effet et sur le long terme. Elles sont dévastatrices pour ceux qui défendent un nouveau pacte social-vert en ignorant que la contrepartie - le capital - ne s’y intéresse pas du tout. Des faits sont dévastateurs en somme, pour ceux qui cherchent à mener à bien une transition énergétique incolore et indolore sans conflit, conflit lié aux formes adoptées par l’ancienne lutte des classes aujourd’hui.

Si le raisonnement économique introduit la nécessité de décider démocratiquement des fins et des moyens face à la dictature des marchés, articuler cette volonté populaire conduit à la réévaluation de la planification. Si une nouvelle économie face au pillage capitaliste de la nature, dont elle considère les ressources comme de simples matières premières ou des marchandises illimitées, part de la finitude des ressources non renouvelables et de la nécessité de respecter les cycles des énergies renouvelables, la question du plan joue à nouveau un rôle central que les néolibéraux ont tenté d’effacer des perspectaives gouvernementales, du savoir et des esprits. Si tel est le cas dans tous les aspects qui affectent l’échange société-nature et, par conséquent, dans tous les processus de production, c’est encore plus clair par rapport au modèle énergétique.

La question de la planification énergétique démocratique est un outil majeur pour la stratégie de changement de modèle. Et, en raison de ses caractéristiques, s’il y a un secteur dans lequel le plan est essentiel – même dans l’économie capitaliste – c’est dans celui de l’électricité. Tant dans l’économie de marché que dans son contraire l’économie écosocialiste, la prévision planifiée à long terme des réseaux et infrastructures de base est obligatoire. Mais remplacer la logique du profit privé par les besoins sociaux nécessite d’appliquer cette planification à l’ensemble de la chaîne de valeur. La propriété publique et sociale des sources et des applications de l’énergie, loin de répéter les vieilles fausses solutions étatistes du socialisme réel gouvernées par une planification bureaucratique inefficace, doit, au contraire, être une « planification socialiste autogérée par les communautés touchées et articulée à tous les niveaux territoriaux nécessaires (...) opposés à l’étatisme mais qui ne peuvent être réduits à des processus décisionnels décentralisés et atomisés, même s’ils sont autogérés localement. Tout cela doit être débattu sur la base d’objectifs et d’expériences concrètes » (Samary, 2019).

L’épargne, le confinement, l’électrification et les énergies renouvelables ne peuvent être que la ligne directrice en dehors de la logique du profit privé, ils ne peuvent être réalisés que par une construction démocratique de la volonté sociale. Pour ce faire, plusieurs mesures doivent être prises : 1) mettre fin au pillage et à la dictature des oligopoles par l’expropriation et la socialisation de leurs actifs matériels et financiers et 2) promouvoir la souveraineté populaire par la planification démocratique des ressources communes et publiques tout au long de la chaîne de valeur qui rend le domaine de l’énergie aux peuples et aux communautés. Dans l’état actuel des choses, personne n’a dit que la transition énergétique était facile, mais c’est notre seul espoir.

Bibliographie citée

Garí, M., García Breva, J., María-Tomé, B. y Morales, J. (2013) Qué hacemos para cambiar un modelo irracional por otra forma sostenible y democrática de cultura energética”. Akal, Madrid.
Kalecki, M. (1977) Ensayos escogidos sobre dinámica de la economía capitalista 1933-1970, Fondo de Cultura Económica.
Mandel, E. (1969). Tratado de economía marxista. Tomo II. Ediciones Era, México.
Mandel, E. (1972). El capitalismo tardío. Ediciones Era, México.
Polany, K. (2016). La gran transformación, crítica del liberalismo económico. Virus Editorial, Barcelona.
Riechmann, J. (2018). ¿Derrotó el Smartphone al movimiento ecologista ? Por una crítica del mesianismo tecnológico. Libros La Catarata, Madrid.
Samary, C. (2019) “El mundo debe cambiar de base”. Vientosur.info
https://vientosur.info/spip.php?article15373
Sraffa, P. (1960). Producción de mercancías por medio de mercancías, Oikos-Tau, Barcelona.
 
Intervention publiée dans Espacio público
28/06/2022

Manuel Gari

Manuel Gari est membre de Podemos et du courant Anticapitalistas, Espagne

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