Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

L’industrie du charbon est en faillite. Qui va payer pour ses dégâts ?

Les législateurs l’ont traité comme si elle était « trop grosse pour faire faillite ». Ce seront probablement les contribuables et l’environnement qui vont payer le prix.
Zoë Carpenter, The Nation, 22 mars 2016,

Traduction, Alexandra Cyr

Il était une fois, un terrain couvert d’herbe au nord-est du Wyoming. Maintenant il est couvert d’immenses trous. Cette région connue sous le nom de Powder River Basin est le territoire de plusieurs des plus grandes compagnies de charbon du pays. On y voit de larges portions de terrain ouvert, exposées en terrasses dont la majorité est la propriété du gouvernement fédéral. Les explosions et le raclage ne détériore pas que le paysage. Ils atteignent les eaux souterraines et les laissent se déverser (sans intervention). Néanmoins, les compagnies ont promis de rendre les terrains en meilleur état qu’elles ne les avaient trouvés.

Mais, alors que cette industrie s’effondre les propriétaires et les groupes environnementaux se demandent si les compagnies auront suffisamment de fonds pour tenir leur promesse. C’est aussi de matière légale puisque les règlements fédéraux obligent ces entreprises à restaurer le sol où elles ont exploité leurs mines. Alpha Natural Resources et Arch Coal qui ont opéré les deuxièmes plus grandes mines dans le bassin ont déclaré faillite. Leurs coûts de restauration additionnés au Wyoming, se chiffrent à 900 millions de dollars. On s’attend à ce Peabody, le plus grand producteur de charbon au monde, passe par le même trajet après que la valeur de son action n’atteigne plus que de 2$ alors qu’elle en valait 1,300 en 2008. On estime à 1,4 milliards de dollar le coût que la compagnie devra verser pour le rétablissement de ses terrains. Cela inclut 800 millions au Wyoming.

Au Wyoming, l’État a permis aux compagnies d’évaluer elles mêmes leurs capacités financières à faire face à leurs obligations de restauration des terrains.

Essentiellement, les compagnies ont déclarés aux régulateurs qu’elles avaient suffisamment de fonds pour remettre les terrains en état et ils se sont fiés à leur parole. Ils n’ont jamais demandé à ce qu’un autre organisme s’assure que les coûts seraient assumés. C’est une sorte de subvention qui s’ajoute à d’autres dans ce bassin et qui diminue de beaucoup le poids financier de l’exploitation. Selon un rapport, cela représente 78% de baisse de coût par tonne de charbon. Ce problème ne concerne pas que le Wyoming. Peabody est dans le même cas au Colorado, au Nouveau Mexique, en Illinois et en Indiana.

Comme le commente Mme Shannon Anderson, avocate du groupe Powder River Basin Ressource Council, propriétaire de terrains : « C’est toujours une sorte d’attaque (de la part des compagnies et des législateurs) basée sur la prémisse que ces compagnies étaient « trop grosses pour faire faillite. Mais nous nous retrouvons avec la plus grande compagnie minière sur le point de déclarer faillite. Donc pratiquement tout est à revoir ».

Le groupe que représente Mme Anderson a porté plainte auprès du Département de la qualité environnementale et à l’Office fédéral des mines de surface, exigeant que ces organismes régulateurs obligent Peabody à garantir qu’elle respectera ses obligations envers lui avec de véritables actions. Mme Anderson précise : « Nous tentons d’obtenir que l’argent soit véritablement disponible pour le travail de nettoyage ».

Autrement, les contribuables américains pourraient devoir payer jusqu’à 3,6 milliards de dollars pour restaurer les territoires endommagés par Peabody et les autres compagnies charbonnières partout dans le pays. Le secrétaire de l’intérieur, M. Sally Jewell, a souligné dans son témoignage devant le comité de la Chambre sur les ressources naturelles en décembre dernier, qu’ « avec l’augmentation de la fragilité financière de beaucoup de compagnies dans l’industrie du charbon, qui ont évalué elles-mêmes leurs capacités de payer pour la restauration, il se pourrait bien que les États et les contribuables soient à risque (de devoir payer) ».

Lorsque Arch et Alpha ont fait faillite, les dirigeants-es du Wyoming ont négocié et passé des ententes avec les deux compagnies. Elles ne devront payer qu’une fraction des coûts qu’elles doivent assumer. L’avenir de ces mines ne se clarifiera pas avant des années. Mais Mme Anderson souligne que si la tâche est laissée aux seuls États il est fort probable qu’elles fermeront sans aucune restauration des surfaces et ni traitement des eaux souterraines. Actuellement, il n’y a que 10% de ces terres utilisées par les charbonnières qui ont été restaurées au Wyoming.

Certains groupes environnementaux utilisent l’enjeu de la restauration pour obliger les grandes compagnies charbonnières à diminuer leur production. M. Jeremy Nichols, directeur des programmes sur l’énergie et le climat dans le groupe WildEarth Guardians, soutient : « Bien sur que nous voulons que la restauration se fasse et nous voulons nous assurer que les coûts ne retombent pas sur les épaules des contribuables. Mais au bout du compte, nous voulons surtout que le charbon reste sous terre ». Les compagnies et même Mme Anderson disent qu’il faut que la production continue afin qu’elles puissent assumer les coûts de la restauration. Elles rejettent les arguments de M. Nichols, les qualifiant d’absurdes. Pour lui, la loi ne devrait permettre aux compagnies de poursuivre la production puisqu’elles ne respectent pas leurs obligations de restauration : « si elles veulent réduire ces coûts elles feraient mieux de commencer (maintenant). Mais il admet que Peabody devrait continuer ses activités encore pendant quelques années : « L’enjeu n’est pas de leur permettre d’augmenter leur production pour assumer le nettoyage. C’est de nous assurer qu’en poursuivant, elles prennent les moyens pour diminuer leur production ».

Ces mines à ciel ouvert peuvent s’étendre sur 90 milles carrés. Ce n’est qu’une partie des dommages laissés derrière par l’exploitation du charbon. La destruction des paysages dans la région des Appalaches est bien pire que ce qu’ont voit dans les plaines du Wyoming. Dans un article dans le magazine The Atlantic, Jedediah Purdy écrit : « Cinq cent monts et collines de la région ont été détruits, de nombreuses vallées et cours d’eau ont été remplis de déchets. On ne peut pas tout restaurer. Humainement, c’est aussi un naufrage : la santé, les revenus des mineurs et de leurs épouses, leur assurance maladie et leur retraite sont sacrifiés dans ces faillites ».

Pendant ce temps, les grandes compagnies de l’industrie du charbon et leurs alliés-es politiques se servent de ces mineurs comme propagande politique et ne font aucun plan pour les soutenir. Il est clair que le débat sur la restauration ne fait que commencer.

Zoë Carpenter

Journaliste à The Nation (États-Unis).

Sur le même thème : États-Unis

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...