Tiré du site de la revue Contretemps.
Dans son récit de première main des émeutes de Peekskill en 1949 — deux jours de violences de masse, tolérées par l’État, contre un festival musical de gauche dont Paul Robeson (1898-1976) était la tête d’affiche —, l’écrivain Howard Fast (1914-2003) décrit surtout son incrédulité. Invité d’abord à aider à l’organisation puis à assurer la défense du concert, il voit des bandes de nervis armés de gourdins, de couteaux et d’armes à feu interrompre les représentations, agresser violemment des participant·es et contraindre Robeson à se cacher.
Face à des foules hurlant des slogans racistes et antisémites, Fast pense possible de faire revenir Robeson une semaine plus tard, protégé par un cordon de syndicalistes de l’United Electrical, Radio and Machine Workers of America (UE) et de l’International Longshoremen’s Association (ILA). Mais la sortie du site devient un enfer : jets de pierres, vitres brisées, voitures renversées, spectateurs roués de coups jusqu’à l’agonie — dont Eugene Bullard (1895-1961), premier aviateur noir de l’armée américaine pendant la Première Guerre mondiale.
Après avoir fui sous une grêle de cailloux et d’insultes, Fast raconte, dans Peekskill, USA[1], sa stupeur à la vue du bitume ruisselant autour des carcasses de voitures en flammes. D’abord persuadé qu’il s’agit d’essence ou d’huile, il comprend que ces rigoles luisantes sont le sang des spectateurs en fuite. Il se souvient d’un sentiment d’irréalité dissociée : « cela ne peut pas être en train d’arriver ». Et, se remémorant les discussions du lendemain avec d’autres militants aguerris, il note « une inquiétude sourde » : ils essayaient de comprendre ce qui s’était passé, ce qui avait changé — « une différence palpable s’était installée ; il fallait la nommer ».
J’ai souvent repensé au récit de Fast, car beaucoup d’entre nous, j’imagine, éprouvent aujourd’hui la même incrédulité face à la répression qui se déploie à toute vitesse sous le second mandat de Donald Trump. Chaque semaine apporte son lot d’événements qui, pris isolément, seraient déjà exceptionnels : déploiement de troupes fédérales dans les grandes métropoles, exécutions filmées de migrant·es en eaux internationales, classement d’organisations « antifascistes » parmi les groupes terroristes intérieurs, enlèvements et expulsions d’étudiant·es pour des prises de parole pourtant protégées par la Constitution, listes noires « d’antisémitisme » visant des enseignant·es pro-Palestine, descentes massives d’agents de l’ICE pour des rafles de rue, asphyxie financière d’universités de recherche, démantèlement d’agences fédérales, promotion de charlatanismes médicaux dangereux.
Comme Fast l’écrivait après avoir appris que la Légion américaine locale planifiait l’assassinat de Robeson, ou en voyant littéralement le sang couler dans les rues, le choc ne vient pas seulement de la violence elle-même : c’est aussi que, peu de temps auparavant, tout cela paraissait impossible. Ce que Fast voyait alors, c’était les premiers signes de la seconde peur rouge : une décennie de répression, d’arrestations, d’expulsions, d’intimidations et, à l’occasion, d’exécutions publiques de communistes et d’autres militant·es de gauche aux États-Unis.
Alors que nous entrons dans une nouvelle forme de peur rouge — que beaucoup de libéraux et même de gens de gauche jugeaient encore impensable quelques mois avant que sa machine ne se mette en marche —, il est utile de se rappeler à quel moment de l’histoire nous faisons écho.
L’historienne Ellen Schrecker (1938), autrice de Many Are the Crimes : McCarthyism in America (1998), qualifie cette période qu’on nomme parfois « maccarthysme » (terme qu’elle discute) de « la vague de répression politique la plus étendue et la plus longue de l’histoire étatsunienne ». Elle commence bien avant Joseph McCarthy (1908-1957) et se prolonge longtemps après sa chute ; ce que nous mettons derrière son nom, c’est l’ampleur et l’échelle de la répression.
Pour beaucoup, la seconde peur rouge n’a été qu’un épisode mineur, un simple accroc sur la route menant au grand consensus libéral du XXᵉ siècle, marqué plus tard par les victoires du mouvement des droits civiques, du féminisme et des luttes LGBT.
Dans la plupart des récits historiques consacrés au « libéralisme d’après-guerre », cet épisode n’est guère mentionné. Et dans la culture populaire, même lorsqu’elle est évoquée — comme dans les films Trumbo (2015), consacré au scénariste communiste Dalton Trumbo, (1905-1976) ou Good Night, and Good Luck (2005), sur le journaliste Edward R. Murrow (1908-1965) affrontant le sénateur McCarthy —, elle apparaît surtout comme une affaire limitée à la persécution de quelques artistes hollywoodiens : tragique, sans doute, mais sans effets durables sur la société ou la politique étatsuniennes.
Plus récemment, la série uchronique https://fr.wikipedia.org/wiki/For_All_Mankind_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e)
a présenté la Seconde peur rouge avant tout comme une question de droits civiques concernant les employé·es fédéraux homosexuel·les — ce qu’elle fut en partie —, mais en laissant de côté la dimension beaucoup plus large de répression politique, dont la violence anti-queer ne fut qu’une des formes parmi d’autres.
Selon les chiffres officiels, deux personnes furent exécutées par l’État, plusieurs centaines d’universitaires furent renvoyé·es, plusieurs milliers furent emprisonné·es ou déporté·es, et plusieurs dizaines de milliers perdirent leur emploi dans la fonction publique, au niveau fédéral ou local. Comme le souligne Ellen Schrecker, la peur rouge « n’était pas l’Allemagne nazie », mais le simple fait qu’il soit nécessaire de le préciser en dit long. Dans les dernières années de sa vie, Herbert Marcuse (1898-1979) écrivait [2]que la peur rouge avait inauguré « une nouvelle étape de développement » dans le « monde occidental », rappelant par bien des aspects « les horreurs du régime nazi » : un état de contre-révolution permanente dirigé contre « tout ce qui » pouvait être « qualifié de communiste ».
Les écrivain·es de gauche de l’époque établirent souvent un parallèle entre la seconde peur rouge et le fascisme. Une brochure populaire publiée par la maison d’édition progressiste Pacific Publishing affirmait que Joe McCarthy était « la pointe de lance du fascisme » et « marchait sur les traces de Hitler ». Le journal Jewish Life[3] allait plus loin encore : « Le maccarthysme, c’est le fascisme. » L’écrivain Mike Gold (1894-1967) [4]parla, lui, d’une « Amérique nazie ». Certes, le nombre de morts n’eut rien de comparable avec celui des régimes fascistes classiques ; mais cela ne signifie pas que les objectifs et les cibles de la seconde peur rouge fussent différents : il s’agissait de détruire la gauche et, surtout, d’éliminer toute alternative possible au capitalisme ou à l’hégémonie mondiale des États-Unis.
Si l’on veut comprendre comment nous avons pu en arriver à ce tournant autoritaire de 2025, il faut comprendre l’un des chemins historiques qui nous y ont conduits : la seconde peur rouge.
Une nuit américaine
Même si la peur rouge s’était limitée à licencier, emprisonner et exécuter publiquement les membres du Parti communiste, cela aurait déjà suffi à bouleverser en profondeur le paysage politique des États-Unis. Certes, le Parti communiste est aujourd’hui souvent évoqué pour certaines de ses positions controversées — du soutien au pacte germano-soviétique à son revirement, un an plus tard, en faveur du « serment de non-grève » pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la défense de Staline —, mais, comme le rappelle l’historien Michael Denning (1954), il fut néanmoins « la plus importante organisation politique de gauche de l’ère du Front populaire ». [5]
Sans les principales campagnes et coalitions menées par le Parti, il est très probable que les années 1930 aux États-Unis auraient ressemblé moins au New Deal qu’à l’Argentine de Perón ou à l’Espagne de Franco : le pays comptait en effet de puissants mouvements d’extrême droite, tandis que nombre de grandes entreprises s’opposaient violemment aux réformes sociales proposées par le président Franklin Delano Roosevelt.
Qu’il s’agisse de l’organisation des marches de chômeurs au début des années 1930, de la défense des neuf jeunes hommes noirs accusés à tort de viol à Scottsboro (Alabama), ou encore de la constitution du socle du premier Congress of Industrial Organizations (CIO), comme le rappela un syndicaliste :
- La sécurité sociale, l’assurance chômage et les premiers décrets de déségrégation furent le résultat direct de l’organisation du Parti communiste.
Pourtant, les effets réels de la seconde peur rouge dépassèrent largement la seule répression des membres du Parti communiste ou d’autres marxistes.
Paul Robeson (1898–1976), C. L. R. James (1901–1989), W. E. B. Du Bois (1868–1963), Dorothy Healey (1914–2006), Mike Gold (1893–1967), John Garfield (1913–1952), William Patterson (1891–1980), Richard Wright (1908–1960), Arthur Miller (1915–2005), Leonard Bernstein (1918–1990), Herbert Aptheker (1915–2003) et Claudia Jones (1915–1964) ne furent que quelques-uns des artistes et intellectuel·les qui furent déporté·es, privé·es d’emploi, contraint·es à l’exil, déchus·es de leur passeport ou emprisonné·es en vertu du Smith Act[6].
De nombreuses organisations populaires, syndicales et de défense des droits civiques, dirigées par des communistes ou simplement affiliées de manière lâche au Parti communiste des États-Unis (CPUSA) comme « organisations de façade », furent interdites ou vidées de leurs membres — y compris parmi les non-communistes.
Ce fut le cas du Council on African Affairs, du Civil Rights Congress, du Committee for the Protection of the Foreign Born, de l’ordre fraternel juif antisioniste Jewish People’s Fraternal Order, du quotidien yiddish Morgen Freiheit, d’organisations antifascistes comme l’American League Against War and Fascism et la Hollywood Anti-Nazi League (devenue plus tard l’American Peace Mobilization), ou même de certaines initiatives écologistes précoces.
Ces organisations de large assise établissaient des liens étroits entre pensée antifasciste, antiraciste et écologique, au sein d’un cadre explicitement socialiste. Combattre le capitalisme, c’était aussi combattre le racisme, et inversement.
Le mouvement des droits civiques qui émergea après la seconde peur rouge prit place dans un cadre libéral, national et souvent favorable aux milieux d’affaires — un cadre qui rompait radicalement avec la tradition plus radicale et internationaliste incarnée, une décennie plus tôt, par le Civil Rights Congress (1946-1954) et le National Negro Congress (1935-1947) , tous deux étroitement liés aux luttes syndicales, anticoloniales et anticapitalistes.
Le fait qu’il ait fallu attendre la fin des années 1960 pour que des organisations comme les Students for a Democratic Society (SDS) ou le Student Non-Violent Coordinating Committee (SNCC) articulent enfin racisme, impérialisme et capitalisme montre à quel point ces mouvements furent affectés par l’absence d’une gauche marxiste forte déjà constituée. Il reste une question ouverte de savoir dans quelle mesure les divisions ultérieures de la Nouvelle Gauche tiennent au temps qu’il fallut pour élaborer une pensée véritablement intersectionnelle. Les mouvements issus de la post–Nouvelle Gauche se sont souvent fracturés autour de la hiérarchie entre race et classe, alors que, pour les marxistes de l’ère du Front populaire, ces dimensions étaient perçues comme co-constitutives, indissociables l’une de l’autre.
Anatomie d’un baisser de rideau
Alors que la seconde peur rouge toucha presque tous les aspects de la vie aux États-Unis— des réunions locales d’associations de parents d’élèves aux services du département d’État, en passant par les clubs de langues étrangères de quartier, les incendies criminels et les campagnes de milices d’extrême droite menées contre les locaux syndicaux et les camps d’été socialistes —, une histoire, plus que toute autre sans doute, résume le degré de coordination entre les institutions étatiques, civiques et culturelles pour censurer et détruire la gauche, éradiquant toute expression culturelle ou politique progressiste : la répression d’un seul film, Le sel de la terre.
Le Sel de la terre fut réalisé par des cinéastes placés sur liste noire : Herbert Biberman (1900-1971), Michael Wilson (1914-1978) et Paul Jarrico (1915-1997). Tous trois avaient perdu leur emploi en raison de la répression anticommuniste — Biberman ayant même purgé un an de prison en vertu du Smith Act.
Privés de travail, ils décidèrent de fonder leur propre société de production afin de financer, de manière indépendante, des films à contenu progressiste. Ils envisagèrent d’abord plusieurs projets biographiques — notamment un film sur le raid de John Brown à Harper’s Ferry[7] ou sur une mère célibataire ayant perdu la garde de ses enfants après une enquête de la Commission des activités anti-américaines de la Chambre des représentants (House Un-American Activities Committee, HUAC).
Mais le tournant survint lorsque Paul Jarrico assista à une grève de mineurs au Nouveau-Mexique, menée par un syndicat de gauche, majoritairement chicano, mobilisé contre un écart salarial fondé sur la discrimination raciale. Jarrico comprit alors qu’il tenait le sujet de son prochain film.
Le syndicat Mine-Mill Local 890 faisait face à une injonction fondée sur la loi Taft-Hartley, interdisant aux mineurs grévistes de tenir des piquets de grève — une mesure qui, toutefois, ne s’appliquait pas à leurs épouses. Cette loi, pilier de l’arsenal juridique mis en place au cœur de la Seconde peur rouge, visait à restreindre le droit de grève, à écarter les dirigeants syndicaux communistes et à briser la solidarité intersyndicale en interdisant les boycotts secondaires.
Incapable de faire annuler l’injonction, le syndicat adopta une tactique d’une audace féministe précoce : les épouses des mineurs prirent la tête du piquet de grève, affrontant à plusieurs reprises les briseurs de grève et la répression policière. En agissant ainsi, Mine-Mill franchit une frontière de genre et démontra que les syndicats ne défendent pas seulement leurs membres, mais les communautés ouvrières dans leur ensemble.
Lorsque Biberman, Jarrico et Wilson rédigèrent le scénario du film, ils le soumirent à l’examen collectif des membres du syndicat. Dans une remarquable collaboration entre travailleurs et artistes, plusieurs scènes furent réécrites pour éliminer les clichés ou les passages jugés offensants envers la sensibilité catholique de la communauté. (À la consternation de Biberman et Wilson, les syndicalistes firent également supprimer la plupart des références à la guerre de Corée et à l’impérialisme étatsunien).
Il en résulta un scénario épuré et solidement construit, qui entrelaçait la lutte ouvrière pour la sécurité, la lutte antiraciste pour l’égalité salariale et la lutte féministe pour la reconnaissance et l’égalité dans la sphère domestique. Considéré aujourd’hui comme l’un des films les plus marquants des années 1950, Le Sel de la terre fut pourtant saboté dès sa production : dirigeants de studios, responsables syndicaux et agents du FBI se concertèrent pendant le tournage pour en empêcher l’achèvement.
Ils réussirent à faire fermer les laboratoires de développement, à interdire aux techniciens du son de traiter leurs enregistrements, à empêcher la composition de la musique du film, et à bloquer sa distribution ou sa projection aux États-Unis. L’actrice principale, Rosaura Revueltas (1910-1996), fut expulsée vers le Mexique. Des milices d’extrême droite se rendirent sur le plateau et tirèrent sur les membres de l’équipe ; le local syndical de Mine-Mill fut incendié, et le syndicaliste Clint Jencks (1918-2005) fut violemment passé à tabac par des groupes anticommunistes avant d’être contraint de démissionner du syndicat : le serment anticommuniste[8] imposé par le Taft-Hartley Act l’y obligeait, sous peine d’emprisonnement pour les autres dirigeants.
Malgré des efforts héroïques pour mener le projet à terme — en cachant les bobines afin de les faire développer, en achevant le tournage au Mexique, et en dissimulant la véritable nature du film à l’orchestre chargé d’enregistrer la musique —, Le Sel de la terre ne fut projeté que deux fois aux États-Unis avant qu’aucune salle n’accepte plus de le diffuser.
La société de production fut ruinée par les frais de justice. Quant au syndicat Mine-Mill, après des décennies de lutte pour l’égalité raciale et la dignité ouvrière dans les mines du Sud-Ouest, il fut finalement démantelé et absorbé sous la pression des Steelworkers, ce qui mit fin à une tradition syndicale unique de combativité et de solidarité interraciale.
Cette histoire était exceptionnelle, puisqu’elle concernait une production cinématographique d’envergure. Mais, à bien des égards, elle fut aussi emblématique, révélant la coordination étroite entre milices et mouvements d’extrême droite, appareil d’État, grandes entreprises et syndicats conservateurs : une alliance recourant à la violence, à la censure, aux expulsions et à la destruction institutionnelle.
La répression du Sel de la terre montre jusqu’où s’étendit la Seconde peur rouge — bien au-delà des réalisateurs hollywoodiens ou des membres du Parti communiste —, pour anéantir une société de production indépendante et un syndicat mixte, multiracial et dirigé par la gauche, en mobilisant à la fois la violence paraétatique et le pouvoir de surveillance combiné des entreprises et de l’État. C’était un microcosme du mode de coordination entre l’État, le capital et les forces conservatrices du mouvement ouvrier pour étouffer la gauche organisée.
Le gouvernement par la peur rouge
L’historienne et théoricienne Charisse Burden-Stelly définit les “peurs rouges” comme un mode de gouvernement flexible, qui fusionne, à son apogée, une “autorité publique” coercitive et une “autorégulation sociétale”. Les États-Unis, écrit Burden-Stelly, possèdent une histoire de gouvernement par la peur rouge, depuis la Terreur blanche[9] qui mit fin à la Reconstruction, jusqu’aux pendaisons et arrestations massives consécutives à l’émeute de Haymarket (1886), en passant par les expulsions et l’emprisonnement de masse de la première peur rouge (Red Scare, vague de répression anticommuniste aux États-Unis après 1919) et de la seconde (1947-1957).
À ces campagnes s’ajoutèrent les « lois antisyndicalistes », qui rendaient illégal le fait de prôner la grève ou la transformation révolutionnaire de la société et les lois « du drapeau rouge » qui interdisaient d’arborer les symboles du socialisme ou de la lutte des classes — jusqu’à leur invalidation par la Cour suprême en 1931. La seconde peur rouge culmina enfin avec les assassinats politiques perpétrés par le FBI dans le cadre du programme COINTELPRO.
Les peurs rouges ne sont pas des événements singuliers, écrit Burden-Stelly, mais une forme de gouvernance contre-révolutionnaire. Elles constituent un ensemble transférable de tropes, de récits racialisés, de constructions et de formes juridiques de répression, mobilisables contre la gauche mais exigeant, pour être mises en œuvre, une consolidation étatique, économique et politique.
La seconde peur rouge fut décisive en partie parce qu’elle a façonné un appareil juridique encore en vigueur aujourd’hui — comme en témoigne la tentative actuelle d’expulsion de Mahmoud Khalil. Et peut-être plus encore parce qu’elle fut la première de ce type à s’en prendre systématiquement non seulement aux organisations, mais à l’ensemble de la société civile.
Burden-Stelly observe que la seconde peur rouge ne fut pas seulement une forme de coercition destructrice ; l’avènement de la guerre froide a également créé l’infrastructure civique et culturelle du libéralisme moderne. Les libéraux des droits civiques, le Parti démocrate, ainsi que plusieurs organisations juives et afro-américaines, acceptèrent l’anticommunisme comme condition du réformisme.
Les « serments de loyauté » instaurèrent aussi des liens affectifs — quoique imaginaires — avec la nation et avec l’idée d’une citoyenneté universelle. Lorsque Kamala Harris qualifia récemment Donald Trump de « communiste », elle ne pensait sans doute pas que le mouvement MAGA cherchait à s’emparer des moyens de production ; elle cherchait plutôt à évoquer la coalition libérale anticommuniste multiraciale de la guerre froide comme religion civique de l’État issu du New Deal.
Mais si la seconde peur rouge transforma l’aile gauche de la coalition du New Deal — la faisant passer d’une social-démocratie multiraciale à un libéralisme anticommuniste multiracial —, il faut rappeler que les communistes et la gauche n’en furent ni les seules, ni même nécessairement les principales cibles. Comme l’a montré l’historienne Landon Storrs, l’épuration des communistes et des socialistes de la fonction publique, du gouvernement fédéral, des universités et des syndicats réduisit non seulement la portée de leurs politiques, mais démantela aussi nombre des réformes structurelles issues du New Deal.
Qu’il s’agisse du Taft-Hartley Act, qui limita le droit de grève et de boycott, de la suppression du contrôle des prix après la Seconde Guerre mondiale, ou de l’adoption de politiques familiales homophobes et patriarcales, ces purges affectèrent la vie de milliers de fonctionnaires d’État et fédéraux — parmi lesquels les personnes noires, juives et queer étaient surreprésentées — et mirent un coup d’arrêt brutal à l’ère de réforme sociale ouverte par l’apogée du New Deal.
L’épuration du département d’État de ses universitaires et diplomates spécialistes de la Chine accéléra la guerre froide et contribua directement aux catastrophes de politique étrangère (et intérieure) que furent la guerre de Corée, puis celle du Vietnam.
L’historienne Kim Phillips-Fein (1975) soutient de manière similaire que l’époque du célèbre « Traité de Détroit » (Treaty of Detroit) conclu en 1950 entre le président du syndicat UAW, Walter Reuther, et General Motors, présenté comme une trêve durable entre patronat et syndicats — masquait en réalité une guerre prolongée du grand capital contre le travail. Ce « grand compromis » reposait sur une nouvelle consolidation capitaliste, l’affaiblissement du militantisme syndical, la réduction des revendications ouvrières aux seuls salaires et avantages sociaux, et surtout sur l’abandon du contrôle des conditions de travail quotidiennes à la direction.
Dans les années 1940, le syndicat CIO avait réussi à arracher au patronat une part du contrôle sur le travail : limitation de la vitesse des chaînes de montage, participation aux embauches et aux licenciements et surtout restriction du pouvoir disciplinaire de la hiérarchie. Dans de nombreux syndicats dirigés par des communistes, cette auto-activité ouvrière s’accompagnait aussi d’une lutte contre la ségrégation raciale, aussi bien dans les usines que parmi les contremaîtres.
Comme le rappelle l’historien George Lipsitz (1949), à la veille de la seconde peur rouge, un dirigeant d’entreprise admettait :
- Tout patron qui dit avoir le contrôle de son usine est un sacré menteur.
Alors que le « Traité de Détroit » fut célébré comme la naissance d’une « classe moyenne industrielle », le magazine Fortune soulignait dès 1950 que GM avait surtout repris le contrôle des fonctions managériales essentielles ».
De la même manière que l’éviction du « camp de la paix » du département d’État ouvrit la voie à l’invasion du Vietnam une décennie plus tard, la neutralisation du mouvement ouvrier prépara la désindustrialisation et la destruction des communautés de travailleurs, de Detroit à South Shore en passant par Toledo.
Certains effets de la seconde peur rouge furent d’ordre culturel, et d’une portée incalculable. Lorsque l’activiste des Black Panthers Assata Shakur (1947-2025) rencontra pour la première fois les mouvements socialistes anticoloniaux, elle confessa dans son autobiographie avoir été déroutée, pensant que le socialisme était une « invention de l’homme blanc ».
Avec le recul, écrit-elle, « mon image d’une communiste venait d’un dessin animé ».
Elle comprit alors que sa conception de l’anticolonialisme était entièrement étatsunienne : une grande partie du tiers-monde embrassait, sinon le communisme, du moins une forme d’émancipation socialiste.
Elle en tira cette conclusion :
- On nous apprend, dès le plus jeune âge, à être contre les communistes, alors que la plupart d’entre nous n’a pas la moindre idée de ce qu’est le communisme. Seul un idiot laisse quelqu’un d’autre lui dire qui sont ses ennemis. C’est l’un des principes les plus fondamentaux de la vie : toujours décider soi-même qui sont ses ennemis, et ne jamais laisser ses ennemis choisir ses ennemis pour soi.
L’« époque précoce » durant laquelle Assata Shakur apprit à être « contre les communistes » correspond à la fin des années 1950 et au début des années 1960, dans l’immédiat après-coup du pic du maccarthysme. Des décennies plus tard, l’anticommunisme continue de structurer les contours du droit : les restrictions légales imposées aux syndicats pendant l’ère maccarthyste sont toujours en vigueur, tout comme certaines lois antiterroristes sur les expulsions ou les interdictions de boycott — notamment celles visant aujourd’hui le boycott d’Israël.
L’anticommunisme est également mobilisé, sur le plan discursif, pour policer les frontières du politique acceptable : qu’il s’agisse de qualifier la couverture santé universelle de « socialiste », ou d’entendre des universitaires comme Timothy Snyder (1969) qualifier de « communistes » les discours racistes et violents de Stephen Miller (1985), proche conseiller de Trump. Si l’on compare les États-Unis à des pays industrialisés qui n’ont jamais connu de peur rouge d’ampleur comparable — comme la France ou les Pays-Bas —, on peut se demander si leurs protections sociales généreuses ne doivent pas, pour une part non négligeable, au fait que l’État y fut incapable — ou peu disposé — à purger la gauche de la société civile.
Le fascisme à l’ère du spectacle
Nous revenons ici à la question posée par l’administration Trump : quel est le rapport entre cette peur rouge et les précédentes ?
On peut comprendre cette question de deux manières. Non seulement l’évidement du libéralisme — la décimation des syndicats dirigés par la gauche, la réduction du champ des droits civiques — a contribué à créer les conditions dans lesquelles la contre-révolution néolibérale a pu anéantir les derniers vestiges politiques du New Deal et de la Great Society ; mais la seconde peur rouge a aussi produit une légitimité culturelle durable de l’anti-radicalisme.
Comme le rappelait récemment un article de Politico, même si les dégâts furent bien réels, la seconde peur rouge se serait « essoufflée » après la chute de McCarthy, et le libéralisme en aurait tiré profit, n’étant plus entaché de son association antipatriotique avec le communisme.
Il existe, à un certain niveau, une continuité historique ; mais il existe aussi une rupture. Comme l’a récemment souligné Ellen Schrecker sur Democracy Now !, la peur rouge contemporaine sous Trump est « pire » que les précédentes, car elle ne vise plus seulement des militant·es ouvertement radical·es : elle s’attaque désormais aux institutions mêmes du libéralisme — les universités, les agences fédérales, voire l’idée même de l’État de droit. Malgré ses nombreux crimes, la HUAC (Commission des activités anti-américaines) s’efforçait au moins de conserver l’apparence du libéralisme formel.
La peur rouge actuelle, comme tout le reste sous Trump, est désordonnée, improvisée, chaotique : elle ressemble moins à une stratégie concertée d’un État unifié qu’à une tornade politique. Si certaines différences tiennent aux personnalités singulières de J. Edgar Hoover et de Donald Trump — le premier impitoyable, méthodique, rigoureux, programmatique ; le second spectaculaire, anarchique et ostentatoire —, la différence la plus marquante réside peut-être dans le contexte historique radicalement différent dans lequel cette nouvelle peur rouge émerge.
Non seulement l’extrême droite est en ascension à l’échelle mondiale, mais des décennies de néolibéralisme ont vidé l’État de sa substance et produit un tissu social beaucoup plus ségrégué, inégal, aliéné et précaire que celui des années 1950 et 1960.L’assaut de Trump contre le libéralisme tient en partie au fait qu’il n’existe plus de gauche radicale organisée à attaquer, et que les institutions publiques disposent d’un soutien social et d’investissements étatiques bien moindres que ceux dont elles bénéficiaient il y a quatre-vingts ans. J. Edgar Hoover était un produit de l’organisation technocratique de l’ère progressiste ; Trump, le produit de la dissolution postmoderne du fascisme tardif.
L’écrivain et essayiste britannique Richard Seymour (1977) qualifie cette forme de chaos et de dévastation d’extrême droite de « nationalisme de catastrophe » (Disaster nationalism : The Downfall of Liberal Civilization, Verso, 2024), en soulignant que le mélange de théories du complot, de désespoir apocalyptique, de millénarisme de fin du monde, de fantasmes d’effondrement, de revanchisme racialiste “du sang et du sol”, d’hypermâlitude et d’hyperracisme compose un ensemble d’affects caractéristiques d’un monde ayant depuis longtemps abandonné la rationalité capitaliste, le contrôle monétaire et la régulation keynésienne de l’État-providence.
La seconde peur rouge, elle aussi, nécessitait au moins l’apparence du consentement. Pour des libéraux comme Arthur Schlesinger (1917-2007), cette apparence de consentement constituait la base de la « politique du consensus » : libéraux et conservateurs unis dans leur attaque contre la gauche. Cette apparence structure encore le récit historique : McCarthy pouvait être tenu pour responsable des excès et de la violence de l’époque, tandis que le système lui-même était perçu comme rationnel, objectif et populaire.
L’idée que le communisme constituait une menace réelle — non seulement pour la classe dominante, mais aussi pour la démocratie étatsunienne — fut acceptée à la fois par les conservateurs et par la majorité des libéraux.
La nouvelle peur rouge trumpienne, quant à elle, naît de la polarisation : elle méprise les normes démocratiques autant que le consensus populaire. Les ennemi·es de Trump sont tout autant les militant·es « antifa » que le Parti démocrate lui-même. La guerre de Trump contre le consensus et le consentement fait peser des dangers autoritaires qu’on n’aurait pu imaginer dans les années 1950.
Mais paradoxalement, cette situation suggère aussi que la peur rouge de Trump pourrait bien n’être qu’un tigre de papier — une menace que les administrateur·ices d’université, les élu·es démocrates et une large part des médias préfèrent fuir comme si elle était réelle. Pourtant, la protestation et la résistance peuvent encore produire des effets concrets : Mahmoud Khalil n’est plus détenu par l’ICE (même s’il attend encore le traitement de son dossier) ; Jimmy Kimmel a été réintégré[10] ; et plusieurs États poursuivent la mise en œuvre de leurs propres programmes de vaccination malgré les attaques de Robert F. Kennedy Jr. contre la santé publique.
Même les régimes les plus autoritaires ont besoin d’un consentement volontaire pour fonctionner. Mais sur bien des plans, nous nous trouvons dans la même position que Howard Fast en 1949 : regardant un spectacle violent se dérouler sous nos yeux, sans encore savoir jusqu’où dans l’abîme il nous entraînera.
La leçon essentielle du récit de Fast est que, sous la menace — légale ou physique —, les communistes et les autres militant·es radical·es ont résisté. Fast organisa des piquets pour protéger les concerts, Biberman et Jarrico tentèrent de réaliser un film radical sur un syndicat combattant le racisme, et de nombreux communistes et allié·es refusèrent de collaborer avec les enquêtes de la HUAC, invoquant le Cinquième amendement et refusant de dénoncer qui que ce soit, même lorsque ce refus les conduisait en prison ou dans la misère.
Ethel et Julius Rosenberg refusèrent jusqu’à la mort. Leur refus de coopérer s’inscrivait dans l’analyse de la gauche radicale selon laquelle la seconde peur rouge était une forme de fascisme étatsunien — et que la principale leçon tirée de la catastrophe de la Shoah était qu’il fallait résister au fascisme dès le début, jusqu’à la fin.
En 1953, dans une lettre rendue publique et publiée par le New York Times, Albert Einstein appelait les intellectuel·les convoqué·es devant les commissions maccarthystes à refuser de témoigner, quitte à « être prêt·es à affronter la prison et la ruine économique, bref, à sacrifier [leur] bien-être personnel dans l’intérêt du bien-être culturel du pays ». [11]
Ce fut certes une maigre consolation pour celles et ceux qui perdirent leur emploi ou leur syndicat, mais sans cet exemple de résistance, il est peu probable que la Nouvelle Gauche ait pu renaître des cendres de l’ancienne dans les années 1960.
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Benjamin Balthaser est professeur associé de littérature multi-ethnique américaine à l’Indiana University South Bend (États-Unis). Titulaire d’un doctorat en littérature et études culturelles de l’Université de Californie à San Diego, il s’intéresse aux rapports entre mouvements sociaux, identité raciale et production culturelle dans une perspective transnationale.
Il est notamment l’auteur du recueil de poèmes Dedication (Partisan Press, 2011), consacré à la vie des militant·es juifs américains durant la chasse aux sorcières anticommuniste ; de Anti-Imperialist Modernism : Race and Transnational Radical Culture from the Great Depression to the Cold War (University of Michigan Press, 2016), qui étudie les liens entre internationalisme radical et culture moderniste aux États-Unis ; et de Citizens of the Whole World : Anti-Zionism and the Cultures of the American Jewish Left (Verso Books, 2025), consacré à l’histoire de la gauche juive étatsunienne, de l’antisionisme et des solidarités transnationales.
Ses travaux et articles ont paru dans American Quarterly, Historical Materialism, Boston Review, Massachusetts Review, Criticism, Jacobin Magazine, Camera Obscura ou encore In These Times.
Cet article a été publié initialement par Jacobin. Traduit de l’anglais pour Contretemps par Christian Dubucq.
Notes
[1] Peekskill USA : Inside the Infamous 1949 Riots (New York, Dover Publications, 2006 [1ʳᵉ éd. Peekskill USA : A Personal Experience, Civil Rights Congress, 1951]),
[2] La citation est tirée d’un texte tardif repris dans The New Left and the 1960s : Collected Papers of Herbert Marcuse, vol. 3, éd. Douglas Kellner, Routledge, 2005, p. 165.
[3] Jewish Life (1946–1956) était un mensuel new-yorkais d’obédience communiste, dirigé par des intellectuels juifs progressistes proches du Daily Worker et du Parti communiste américain
[4] Mike Gold (1893–1967), de son vrai nom Itzok Granich, fut un écrivain prolétarien et journaliste communiste, auteur du roman Jews Without Money (1930), considéré comme un texte fondateur de la littérature ouvrière radicale aux États-Unis. Le livre a été traduit en français sous le titre Juifs sans argent : première traduction par Louis Guilloux, Paris, Éditions du Sagittaire, 1931 ; nouvelle traduction par Romain Guillou, Paris, Nada Éditions, 2023, 352 p. (Nada Éditions). Sur son œuvre et son engagement, voir Benjamin Balthaser, « Mike Gold, the Writer Who Believed Workers Could Speak for Themselves », Jacobin, juillet 2021 (en ligne).
[5] Michael Denning, The Cultural Front : The Laboring of American Culture in the Twentieth Century, London & New York, Verso, 1997.
[6] Le Smith Act (ou Alien Registration Act), promulgué en 1940, criminalisait toute activité jugée « subversive » ou toute incitation à renverser le gouvernement des États-Unis par la force. Il fut d’abord appliqué, dès 1941, contre les dirigeants du Socialist Workers Party (SWP) et du syndicat Teamsters Local 544 de Minneapolis — dix-huit militants, dont James P. Cannon et Farrell Dobbs, furent condamnés à des peines de prison pour « conspiration en vue de renverser le gouvernement ». À partir de 1948, la loi servit à poursuivre les cadres du Parti communiste pour des motifs similaires. Bien que plusieurs condamnations aient ensuite été annulées par la Cour suprême (notamment dans Yates v. United States, 1957), le Smith Act demeura un instrument central de la répression anticommuniste durant la Seconde peur rouge
[7] Le raid de John Brown contre Harper’s Ferry eut lieu du 16 au 18 octobre 1859 en Virginie (aujourd’hui en Virginie-Occidentale). L’abolitionniste John Brown (1800–1859) mena un assaut armé contre l’arsenal fédéral de Harper’s Ferry dans le but de provoquer une insurrection d’esclaves et de mettre fin à l’esclavage aux États-Unis. L’opération échoua rapidement : Brown fut capturé par les troupes du colonel Robert E. Lee, jugé pour trahison et pendu le 2 décembre 1859.Son action et son exécution en firent une figure martyre du mouvement abolitionniste, précipitant les tensions qui menèrent à la guerre de Sécession (1861-1865).
[8] Le Taft-Hartley Act (1947), ou Labor Management Relations Act, imposait à tous les responsables syndicaux de signer une déclaration sous serment affirmant qu’ils n’étaient pas membres du Parti communiste ni d’aucune organisation considérée comme subversive par le gouvernement fédéral. Le refus de prêter ce serment entraînait la perte du statut légal du syndicat et exposait ses dirigeants à des poursuites pénales. Dans ce cadre, Clint Jencks fut arrêté et condamné pour avoir prétendument menti en signant ce serment. Sa condamnation fut annulée en 1957 par la Cour suprême qui reconnut pour la première fois le droit des accusés à accéder aux preuves détenues par l’accusation.
[9] La Terreur blanche désigne la vague de violences racistes menée dans le Sud des États-Unis entre 1866 et 1877 par des groupes suprémacistes tels que le Ku Klux Klan, les White Leagues ou les Red Shirts. Ces campagnes d’assassinats, de lynchages et d’intimidations mirent fin à la période de Reconstruction (1865-1877), qui avait accordé des droits civiques et politiques aux personnes noires affranchies, et ouvrirent la voie au régime ségrégationniste de Jim Crow.
[10] Jimmy Kimmel (1967) est un animateur et humoriste étatsunien, présentateur de Jimmy Kimmel Live ! sur ABC depuis 2003. En septembre 2025, il a été suspendu après avoir dénoncé à l’antenne la complaisance médiatique et politique entourant l’assassinat du militant d’extrême droite Charlie Kirk. Cette censure a provoqué un large scandale et une mobilisation du public comme du personnel d’ABC. L’émission a finalement été rétablie une semaine plus tard, sous la pression interne et externe exercée sur la direction de Disney, maison mère de la chaîne.
[11] Albert Einstein, Letter to William Frauenglass, 16 mai 1953, New York Times, 12 juin 1953, p. 11 ; reproduit dans The Einstein File : J. Edgar Hoover’s Secret War Against the World’s Most Famous Scientist, New York, St. Martin’s Press, 2002, p. 294-295.











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