10 mai 2026 | tiré d’Inprecor - Numéro 744
Quelle est la situation à la suite du mouvement contre Bolsonaro ?
Les manifestations ont été massives ; Bolsonaro a été condamné et est en prison, mais nous demeurons dans une situation politique très polarisée. Tout comme ailleurs dans le monde, où Trump fait avancer son agenda en s’appuyant sur un mouvement d’extrême droite mondial, ici au Brésil, l’extrême droite reste puissante et polarise le débat. D’un côté, le gouvernement Lula représente un rempart contre cette avancée de l’extrême droite, mais de l’autre, il fait face à de nombreuses difficultés parce qu’il n’a pas mis en œuvre suffisamment de politiques favorables à la classe ouvrière, ce qui génère également du mécontentement. La situation politique est donc très délicate, d’où la nécessité pour nous de faire preuve d’unité face à l’extrême droite.
Comment percevez-vous le rôle de la classe ouvrière dans ce mouvement ?
Malgré un manque de mobilisation notable de la part des syndicats traditionnels, la classe ouvrière continue de répondre à des revendications spécifiques, comme la réduction du temps de travail. C’est un facteur qui a concrètement contribué à dynamiser le mouvement ouvrier. L’objectif est de réduire le temps de travail dans le pays afin de mettre fin à la semaine de six jours avec un seul jour de repos. Mais je dirais également que d’autres secteurs ont été à l’avant-garde des mobilisations récemment, comme le mouvement indigène, qui a incarné une lutte fondamentale contre la privatisation des fleuves de l’Amazonie.
Il s’agit d’une question environnementale qui touche un secteur très influent au Brésil, à savoir l’agrobusiness. Ainsi, lorsque nous menons une lutte concrète comme celle-ci, nous discutons également d’un modèle de société — le modèle appliqué par le secteur agro-industriel, par la bourgeoisie… Je crois donc que cela contribue à élever la conscience en général et à lutter contre l’extrême droite.
Comment la population perçoit-elle la situation internationale et les attaques impérialistes dans la région ? Fait-elle le lien avec la situation intérieure ?
L’offensive américaine contre l’Amérique latine ravive les appels à la souveraineté nationale. Elle ouvre également un espace pour discuter du rôle que joue l’impérialisme dans le monde aujourd’hui, et de la montée de l’extrême droite. Elle favorise aussi un débat politique avec l’ensemble de la société, qui reconnaît généralement qu’il y a une avancée impérialiste des États-Unis à travers toute l’Amérique latine et le monde. Cela nous permet donc d’élargir ce dialogue et de remettre sur le devant de la scène des enjeux qui étaient autrefois très importants, comme la lutte contre la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques). Ce sont des questions qui, il y a quelques décennies, mobilisaient beaucoup de monde, et pour lesquelles nous avons de nouveau un espace aujourd’hui.
Actuellement, les sondages montrent que 70 % de la population est opposée à la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. La défense de la Palestine contre le génocide israélien bénéficie également d’un soutien significatif, avec l’impact important de la Flottille mondiale Sumud, où des militant·e·s brésilien·ne·s, dont ceux du MES, ont accompagné la dernière mission. La question impérialiste au Brésil est aussi fortement liée à l’enjeu environnemental, à la défense de l’Amazonie contre l’exploitation de nos forêts et autres ressources naturelles, comme la discussion actuelle autour des terres rares. Nous pouvons développer une orientation anti-impérialiste dans ce contexte.
Pouvez-vous nous parler des débats au sein du PSOL et de sa direction ?
Le PSOL a été fondé il y a plus de 20 ans en tant que parti créé pour faire contrepoids au PT, à une époque où ce dernier s’adaptait aux institutions, abandonnait son projet anticapitaliste et s’ajustait pour gouverner. Le PSOL a donc été fondé pour renouer avec un programme de gauche et défendre les revendications de la classe ouvrière. Dans ce contexte, ces dernières années, de nombreux secteurs ont rejoint le PSOL, dont Guilherme Boulos, un dirigeant et militant de longue date du mouvement des sans-abri. Récemment, il a engagé un rapprochement politique significatif avec le PT. Il est devenu ministre-secrétaire général du gouvernement, malgré une résolution du parti stipulant que le PSOL ne participerait pas au gouvernement.
Selon notre analyse, il n’a pas joué un rôle positif par rapport aux luttes et aux mouvements sociaux. Et c’est Boulos et son groupe qui ont poursuivi une politique visant à construire une fédération entre le PSOL et le PT. Cette fédération serait un instrument contraignant les partis fédérés à agir de concert pendant quatre ans lors des élections et au parlement. Ainsi, en pratique, le PSOL, le PT et les autres partis composant la fédération avec le PT fonctionneraient comme un seul parti sous la direction du PT, qui serait le plus grand parti de cette fédération. Cela signifierait donc une perte d’indépendance pour le PSOL et la perte du rôle qu’il joue aujourd’hui, à savoir celui d’adopter une position critique indépendante à la gauche du gouvernement.
Il a soumis cette question à la discussion et au vote au sein du parti, mais sa faction a perdu le vote à une large majorité : 75 % du parti s’est opposé à cette fédération avec le PT.
Après cela, il a lancé une initiative pour quitter le PSOL et emmener d’autres figures importantes avec lui au PT. Il a finalement fait marche arrière, mais son groupe a déclaré qu’il avait toujours l’intention de quitter le parti et de rejoindre le PT après les élections. Je crois qu’un tournant est actuellement en cours au sein du parti, car il est devenu plus clair pour les secteurs qui comptaient sur Boulos comme dirigeant du parti qu’il ne s’aligne pas avec les intérêts et les politiques que — à mon avis — le PSOL défend. Je crois donc qu’une nouvelle phase est sur le point de commencer pour réaffirmer l’importance de l’indépendance du PSOL et le rôle qu’il a joué durant cette période en tant qu’alternative de gauche.
Comment envisagez-vous la possibilité de revitaliser le PSOL et la gauche à travers les mouvements sociaux, et quel est le rôle de la conférence dans la construction d’une perspective unifiée et radicale ?
Je pense que la conférence a joué un rôle très important, car nous avons aujourd’hui un besoin objectif de construire un front pour barrer la route à l’extrême droite et au fascisme. Nous allons traverser un processus électoral extrêmement polarisé, dans un contexte d’influence significative de l’intelligence artificielle et des grandes entreprises technologiques, avec Trump soutenant ouvertement la famille Bolsonaro. Nous avons besoin non seulement d’une alliance électorale et partisane, mais aussi d’une alliance ancrée dans les bases et les mouvements sociaux. Nous croyons que le PSOL est fondamental dans ce processus — en combinant la réélection de nos législateur·rice·s combatif·ve·s avec l’augmentation de nos sièges au Congrès et dans les assemblées des États, tout en faisant avancer simultanément les luttes sociales. Cette conférence a rempli son rôle en élargissant cette résistance, tant à l’échelle nationale qu’internationale, grâce à l’unité des partis et des mouvements présents. Elle a rassemblé plus de 100 organisations convocatrices et 4 000 inscrit·e·s de près de 40 pays sur tous les continents, et la Quatrième Internationale ainsi que le CADTM ont joué un rôle de premier plan et ont été déterminants dans sa réalisation. La diversité que cette conférence a démontrée à cet égard nous élève indubitablement à un niveau supérieur dans la confrontation avec l’extrême droite.
30 mars 2026
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