Édition du 14 avril 2026

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Amérique centrale et du sud

Brésil - Un nouvel espoir : l’indépendance du PSOL est un acquis qu’il faut défendre

Des élections générales auront lieu, au Brésil, en octobre. Elles concernent la présidence, la vice-présidence, les membres du Congrès national (député.e.s fédéraux et sénateurs), ainsi que les gouverneurs et député.e.s des États.

9 mars 2026 | tiré d’Europe solidaire sans frontières Israel Dutra
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78341
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Une réforme des conditions électorales rend l’accès et le maintien de la représentation parlementaire plus difficiles pour les plus petites formations. Depuis 2022, il faut 2,5 % des votes (avec 1,5 % dans au moins 9 États) ou élire 13 députés (au lieu de 9) dans au moins 9 États pour accéder au financement public, aux commissions parlementaires, à un temps d’antenne gratuit, entre autres. [PV].

Lors de la réunion du Comité national du PSOL, samedi 7 mars, une orientation fondamentale pour la période à venir a été adoptée : une alliance électorale avec Lula, sans toutefois subordonner le parti à la coalition électorale dirigée par le PT.

Ce vote, qui a rassemblé plus de 75 % des membres de la Direction nationale, marque un nouveau tournant dans la vie du parti et représente une lourde défaite pour le mouvement Revolução Solidária, dont Guilherme Boulos est le principal dirigeant.

Après le renouvellement de la fédération avec Rede Sustentabilidade [1], deux tâches se profilent : vaincre l’extrême droite bolsonariste, en votant et en faisant campagne pour Lula ; et franchir ce seuil électoral odieux et discriminatoire. On peut affirmer que cette décision a revêtu une importance stratégique : elle a placé le PSOL face à la tâche d’être en première ligne contre l’extrême droite, tout en préservant son indépendance.

Tout en se réjouissant de la réaffirmation du PSOL en tant qu’outil politique d’une gauche combative et rénovée, la base militante se lance, [politiquement] armée, dans les nouveaux combats.

Voyons comment cela se traduit au quotidien.

Affronter l’extrême droite

Comme l’affirmait Trotsky, dans son analyse historique sur la nécessité d’un front unique antifasciste, nous devons frapper ensemble, mais marcher sous nos propres bannières.

La tâche de faire face à l’extrême droite n’est pas seulement électorale. C’est une condition pour vaincre un projet bien établi qui menace les acquis de la classe ouvrière, des peuples et de l’ensemble des opprimé.e.s. C’est la porte de sortie du purgatoire capitaliste qui mène à l’enfer de la barbarie – comme on l’a déjà vu à Gaza et dans les régions les plus pauvres de la planète. C’est pourquoi nous devons mettre en place un frein d’urgence face au néofascisme camouflé sous l’impérialisme yankee.

Lutter contre l’ingérence américaine, en défendant la souveraineté nationale – contre les plans de ceux qui utilisent la notion de « narcoterrorisme » pour justifier des interventions militaires étrangères, contre la guerre des tarifs douaniers et pour le contrôle des géants de la tech. Contre l’agression contre l’Iran qui fait grimper le prix de l’essence ; contre le blocus de Cuba et du Venezuela. Ce sont ces enjeux qui marqueront les élections brésiliennes.

Vaincre l’extrême droite en soutenant la conférence antifasciste qui se tiendra dans deux semaines à Porto Alegre.

Vaincre l’extrême droite qui encourage les redpill [2] et la violence contre les femmes ; qui est directement liée à Vorcaro, Ibanez et la frénésie du Master ; Flávio progresse dans les sondages et Tarcisio intensifie sa guerre sociale à São Paulo [3]. Il n’y a pas d’autre issue que de mobiliser de toutes nos forces les couches populaires pour infliger une défaite, électorale et politique, à nos ennemis de classe, aux milliardaires, au capitalisme rentier, à l’agro-industrie et au clientélisme qui domine le Congrès national.

Contrairement à ce qu’affirment les partisans de la tactique du front large, les élections d’octobre se dérouleront dans un climat tendu, avec un bolsonarisme réorganisé et d’éventuelles ingérences impérialistes. La voie de la mobilisation est donc la seule issue. L’exemple de la victoire des peuples autochtones contre Cargill et le fait que la majorité soit prête à relever le défi du « 6 contre 1 » [4] montrent que c’est possible.

Une fois de plus, le PSOL est indispensable
Pour ces raisons, l’indépendance du PSOL est un acquis qu’il faut défendre.

Voici donc là une belle occasion de présenter le PSOL comme le parti qui soutient les luttes, qui s’inspire de l’exemple des indiens de Santarém (dont certains dirigeants, comme Auricélia Arapium, sont militants du PSOL), qui se mobilise pour soutenir la grève des employé.e.s de l’université et qui est en première ligne pour mettre fin au système de travail 6×1 [5].

Boulos sort affaibli et vaincu de sa tentative d’aligner le PSOL de manière acritique sur le lulisme [6].

Les différents secteurs qui ont appuyé cette résolution ont la responsabilité de construire « le jour d’après », en augmentant le nombre de listes qui se présenteront aux élections, en se donnant les moyens de franchir ce seuil électoral et en mobilisant des dizaines de milliers d’activistes qui se sont engagés dans les luttes et voient dans le PSOL un outil pour donner de l’écho à leurs revendications.

Israel Dutra

P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de Deeplpro.

Source - Movimento Revista, 9 mars 2026 :
https://movimentorevista.com.br/2026/03/uma-nova-esperanca/

• Israel Dutra est sociologue, secrétaire aux mouvements sociaux du PSOL, membre de la direction nationale du parti et du Mouvement de la gauche socialiste (MES/PSOL).

Notes

[1] La fédération PSOL-Rede avait avait permis d’élire 15 députés fédéraux en 2022 (11 PSOL – 4 Rede). Le Rede Sustentabilidad, qui se définit comme « progressiste, humaniste et environnementaliste" compte dans ses rangs des personnalités comme Marina Silva, trois fois candidate à la présidence (2010, 2014, 2018), ancienne ministre de l’Environnement, et Heloísa Helena, cofondatrice du PSOL en 2004 et sa candidate à la présidence en 2006, qui cofonde le Rede en 2013.

[2] « redpill » (pilule rouge) désigne une idéologie qui prône la domination masculine et le rejet violent du féminisme. Ses partisans sont très présents sur les réseaux sociaux brésiliens.

[3] Vorcaro et Ibanez sont des influenceurs médiatiques d’extrême droite qui saturent l’espace public et les réseaux sociaux (stratégie du « Master ») en imposant leurs thèmes (anti-féminisme, anti-LGBTQIA+, anti-« communisme ») à coup de polémiques haineuses, de calomnies et autres fausses nouvelles complotistes.

Flávio Bolsonaro, fils aîné de Jair Bolsonaro, sénateur de Rio de Janeiro, candidat potentiel à la présidence, capitalisant sur l’électorat évangélique, conservateur et anti-PT.

Tarcísio de Freitas, gouverneur de São Paulo, ancien ministre Bolsonaro, à la pointe du démantèlement des programmes sociaux, de la privatisation des services publics, de la répression des luttes sociales et de l’augmentation des opérations policières dans les favelas

[4] La « règle du 6×1 » est cette méthode de l’extrême droite qui consiste à saturer l’espace médiatique par la diffusion de 6 messages négatifs, agressifs ou mensongers contre un adversaire pour 1 positif pour son propre camp.

[5] 6 jours de travail pour 1 jour de repos. Héritage de l’esclavage encore très répandu pour les employées de maison, secteur majoritairement féminin et souvent noir.

[6] Voir « Brésil : Fédération avec le PT, rôle du ministre Guilherme Boulos et avenir stratégique du PSOL » in https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78322

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