Édition du 12 mai 2026

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Procès de Maduro : une mascarade impérialiste pendant que la soumission du Venezuela se renforce

Le procès illégal de Nicolas Maduro est en cours aux États-Unis, tandis que la vassalisation de l’État vénézuélien se renforce avec la collaboration active de l’ex-vice-présidente Delcy Rodriguez.

9 avril 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Proces-de-Maduro-une-mascarade-imperialiste-pendant-que-la-soumission-du-Venezuela-se-renforce

Procès de Maduro : une mascarade impérialiste pendant que la soumission du Venezuela se renforce
Quatre mois se sont écoulés depuis l’opération militaire américaine « Absolute Resolve » du 3 janvier 2026, qui avait abouti au kidnapping de Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores. Depuis, la situation au Venezuela s’est précipitée vers une forme de tutelle néocoloniale que Washington n’avait plus exercée aussi ouvertement depuis des décennies sur le continent. Le tableau des dernières semaines résume à lui seul ce que cette transition signifie. D’un côté, le président du Venezuela comparaît menotté devant un tribunal new-yorkais dans un procès purement politique pour finir de soumettre la souveraineté du pays. De l’autre, la présidente par intérim Delcy Rodriguez reçoit de Washington la levée des sanctions en récompense de sa docilité.

Comparution de Maduro à New York : un procès illégal et factice

Le 26 mars 2026, Nicolas Maduro a fait sa deuxième comparution publique devant le tribunal fédéral du district sud de Manhattan. Extrait bien avant l’aube du Metropolitan Detention Center, prison de Brooklyn où il est incarcéré depuis janvier et connue pour son insalubrité, il est apparu en uniforme gris de détenu. L’audience, qui n’a duré qu’un peu plus d’une heure, n’a débouché sur rien : pas de nouvelle date d’audience et aucune avancée sur le fond.

Maduro fait face à quatre chefs d’accusation, parmi lesquels narcoterrorisme, complot pour importation de cocaïne aux États-Unis et détention illégale d’armes. L’acte d’accusation est signé par Jay Clayton, procureur fédéral de New York nommé par Trump lui-même. Il y affirme que Maduro aurait, pendant plus de 25 ans, abusé de ses fonctions pour protéger un vaste réseau de trafic de drogue allié au cartel de Sinaloa et au gang vénézuélien Tren de Aragua. Le procès est grotesque à souhait, avec des accusations formulées à Washington, pour des actes supposément commis au Venezuela, jugés selon le droit américain, par un magistrat nommé à la discrétion du pouvoir exécutif américain. Le dossier repose sur la loi américaine sur le narcoterrorisme de 2006, dont le bilan judiciaire est éloquent : sur 83 personnes inculpées depuis son entrée en vigueur, seulement quatre condamnations ont été obtenues, dont deux ont ensuite été annulées en appel pour des problèmes de crédibilité des témoins.

Le juge en charge de l’affaire,Alvin Hellerstein, est un magistrat fédéral sénior de 92 ans. Des experts juridiques estiment que les seules questions préliminaires sur l’immunité du chef d’État, légalité de la capture sans procédure d’extradition, pourraient occuper six à neuf mois de procédure avant tout examen au fond. Ce qui se dessine, c’est un processus qui a pour objectif de maintenir Maduro hors-jeu pour une durée indéfinie, pendant que le reste se règle à Caracas.

En plus de formuler contre Maduro des chefs d’accusations fantaisistes, Washington tente de d’entraver toute possibilité de défense des accusés. Les avocats de Maduro ont demandé l’annulation de l’acte d’accusation, arguant que l’administration américaine empêche l’État vénézuélien de financer les frais de défense du couple en raison des sanctions internationales qui pèsent encore sur le pays. Selon eux, il s’agit d’une violation directe du sixième amendement de la Constitution américaine, qui garantit le droit à un avocat. Le 9 janvier, l’OFAC (l’organe du département du Trésor chargé des sanctions) avait accordé une autorisation permettant à Caracas de financer les frais juridiques. Moins de trois heures plus tard, sans explication, la licence était annulée. Un revirement que l’avocat de la défense Barry Pollack a porté devant le juge, soulignant que Maduro se retrouve dans l’incapacité pratique de rémunérer une défense à la hauteur de la complexité de l’affaire.

Le juge Hellerstein a tranché : « Je ne vais pas abandonner les poursuites. » Aucune nouvelle date d’audience n’a été fixée. Cette situation met en difficulté l’État vénézuélien qui est sanctionné et ne peut payer les avocats, qui menacent de se retirer faute de rémunération. C’est le droit à la défense lui-même qui est méthodiquement saboté par l’impérialisme étasunien.

Ce procès n’est pas un dysfonctionnement de la justice américaine, mais c’est bien son fonctionnement normal au service d’une politique impérialiste. Ce que Washington organise ici, c’est l’humiliation publique d’un dirigeant qui a refusé de soumettre son pays aux intérêts américains. Maduro, dans la continuité d’Hugo Chavez, incarnait une orientation qui pouvait remettre en cause la superpuissance étasunienne et une tradition politique se revendiquant d’une forme d’anti-impérialisme inaceptable pour les États-Unis. C’est précisément pour cela qu’il se retrouve aujourd’hui dans une cellule de Brooklyn. Ces méthodes impérialistes ne sont pas nouvelles pour maintenir leur domination en Amérique Latine. En 1989, les États-Unis envahissent le Panama pour en extraire Manuel Noriega, jugé ensuite à Miami pour trafic de drogue. Avant lui, le Guatemala de Jacobo Árbenz avait été renversé en 1954 par la CIA pour avoir osé nationaliser les terres de la United Fruit Company. Nous avons changé de siècle mais la logique reste identique avec l’objectif de maintenir l’Amérique latine comme la chasse gardée de Washington.

À Caracas, Delcy Rodriguez continue de soumettre le pays aux États-Unis

Tandis que Maduro se présente lui-même comme « prisonnier de guerre » et que ses avocats se débattent avec les sanctions américaines, sa vice-présidente devenue présidente par intérim mène une politique de capitulation accélérée. Donald Trump, qui répète à l’envi qu’il gouverne désormais lui-même le Venezuela depuis Washington, a qualifié Delcy Rodriguez de « formidable ». L’appréciation n’a pas tardé à être récompensée avec, ce 1er avril, la levée des sanctions étasuniennes qui pesaient personnellement sur elle.

La réouverture de l’ambassade américaine à Caracas le 31 mars, sept ans après sa fermeture, marque une étape symbolique forte dans la normalisation en cours. Elle s’inscrit dans une séquence que Rodriguez pilote depuis janvier avec une efficacité redoutable.

Adoptée moins d’un mois après le kidnapping de Maduro, la loi sur les hydrocarbures permet désormais aux entreprises privées d’exploiter, de distribuer et de commercialiser le brut vénézuélien sans participation de l’État. La General License 46 de l’OFAC autorise explicitement les entreprises américaines à opérer sur ce pétrole. Elle impose aussi que les paiements à la société pétrolière vénézuélienne transitent par des comptes contrôlés par le Trésor américain, privant concrètement Caracas de la libre disposition de ses propres revenus pétroliers. Le Venezuela est donc mis sous tutelle financière directe.

Concernant la purge militaire, Delcy Rodriguez a limogé Vladimir Padrino, ministre de la Défense depuis 2014 et pilier du dispositif chaviste, pour le remplacer par le général Gustavo González López, ancien chef du SEBIN (services de renseignement), connu pour avoir supervisé des pratiques de torture. L’éviction de Padrino López constitue un gage direct envoyé à Washington. En effet, il incarnait une ligne dure et idéologique au sein des forces armées. Son départ s’inscrit dans une volonté plus large de « dépolitisation » de l’institution militaire, marquée par la fin progressive des slogans politiques dans les casernes et l’effacement des symboles chavistes au sein de l’armée. Le plus révélateur est que cette nomination n’a été possible qu’avec l’aval explicite de Washington. Le Venezuela a un nouveau ministre de la Défense nommé, en dernière instance par Donald Trump.

Le contraste est saisissant et dit tout de la logique mise à l’œuvre par l’impérialisme. D’un côté, on juge un dirigeant souverain avec les lois d’un État étranger, on sabote son droit à la défense, on l’isole dans une cellule de Brooklyn sans accès à Internet ni aux journaux. De l’autre, on récompense celle qui vend le pays en levant ses sanctions personnelles, on rouvre son ambassade, on autorise ses entreprises à pomper le pétrole. C’est de la politique brutale des États-Unis visant à faire du Venezuela un véritable protectorat avec une domination sans occupation territoriale directe, mais avec un contrôle effectif des ressources stratégiques, des institutions militaires et des décisions politiques majeures. Delcy Rodriguez trahit sans scrupules tous les discours anti-impérialistes historiques du chavisme. Loin d’être une incompréhensible capitulation personnelle, ces choix reflètent les intérêts d’une fraction de la bureaucratie chaviste qui choisit sa survie politique au prix de la souveraineté nationale. Cette fraction a calculé qu’un accord avec Washington lui garantissait le pouvoir, quitte à liquider les acquis du bolivarisme.

Faire front contre l’impérialisme sur tout le continent. Yankees fuera !

Le Venezuela n’est pas seul dans l’offensive états-unienne sur le continent. À 150 kilomètres de là, Cuba subit depuis le kidnapping de Maduro un resserrement du blocus pétrolier américain qui a provoqué plusieurs pannes nationales d’électricité en mars, l’île ne produisant que 40 % du carburant nécessaire à son économie. En Argentine, le gouvernement Milei continue les attaques contre les couches populaires et l’extrême droite de Kast au Chili les prépare. C’est toute une offensive qui est à l’œuvre à l’échelle du continent.

Face à cette offensive impérialiste la réponse ne peut être que l’organisation et la mobilisation des travailleurs et des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes. La solidarité continentale avec Cuba et avec le peuple vénézuélien est une nécessité stratégique. La construction d’une grève générale continentale contre l’impérialisme est la seule réponse à la hauteur des enjeux. Pendant que les avocats de Maduro se battent pour obtenir le droit élémentaire d’être payés pour le défendre, l’impérialisme américain plante ses drapeaux sur les puits de pétrole vénézuéliens. L’urgence d’une réponse internationaliste est plus que jamais à l’ordre du jour.

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