Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Le sens de la tentative de meurtre de Kirchner en Argentine

UN POINT TOURNANT (Extraits)

La tentative d’assassinat de Cristina est un événement très grave qui ne peut être réglé simplement par sa dénonciation. La dimension terrible de cet événement doit être enregistrée, face à toutes les manœuvres pour minimiser, banaliser ou dépolitiser ce qui s’est passé.

12 juillet | tiré du blogue de l’auteur

Ce n’était pas un fou ou un lâche qui a posé un geste barbare. On sait déjà qu’il portait des tatouages de la droite et qu’il avait prononcé de furieuses diatribes contre les piqueteurs. Bien qu’il ait agi seul, il suivait la voie des assassins qui ont tenté de tuer Maduro ou Evo Morales. Il faut se rappeler que les assaillants du Capitole semblaient aussi délirer, alors qu’ils agissaient à l’instigation directe de Trump.

Il est important d’enregistrer le contexte de la tentative d’assassinat, car une grande partie des journalistes se sont concentrés leur ’enquête sur les défauts du système de protection rapprochée ou sur les caractéristiques de l’arme.

Ils entendent transformer un événement politique traumatisant en un simple fait policier. Il n’est pas vrai que "l’ensemble du spectre politique est coupable" de ce qui s’est passé pour avoir "a approfondi la fracture sociale". Cette perspective de la responsabilité partagée diluent les véritables responsabilités. L’attaque contre Cristina a couronné une escalade de la droite, qui a inclus tous les ingrédients des coups médiatico-judiciaires. Il a été souligné à juste titre que l’opération incitait à la haine, créait le cadre de l’agression et ouvrait les vannes à une tentative criminelle.

Cette tentative de meurtre a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans l’escalade précipitée par un procès infâme. Ce spectacle a été monté à partir d’une cause inventée, qui manque de preuves incriminantes envers la vice-présidente. Le pays était au bord du drame à cause d’une opération frauduleuse, avec divers éléments similaires à l’embuscade qui a permis d’expulser Dilma Roussef du gouvernement brésilien.

Le tir raté a ajouté un drame au barrage de violence, que Larreta a motorisé avec ses clôtures, ses espions et ses voitures. Ces agressions comprenaient des insultes incroyables aux législateurs, proférées par des policiers qui portaient des balles réelles. Cette provocation a été conçue pour montrer la répression qu’un éventuel gouvernement PRO déclencherait. Le meurtrier frustré était également motivé par la campagne sans fin de mensonges propagée par les médias hégémoniques.

Il est important de souligner ces responsabilités, à l’heure des appels répétés à partager les blâmes, dans le grand solvant de l’unité nationale. Avec des messages rituels de "répudiation de la violence", de nombreux membres de la droite dédramatisent ce qui s’est passé pour s’assurer que tout reste pareil. Ils cherchent à préserver leur domination éhontée du pouvoir économique, judiciaire, médiatique et policier. En maintenant leur contrôle, ils pourront reprogrammer d’autres conspirations et d’autres traquenards. Les secteurs les plus extrêmes préparent déjà un barrage et c’est pourquoi Bullrich et Milei minimisent le sens de cette ’attaque qui est en phase avec leur demande de port d’armes gratuit. Il est temps d’empêcher cette contre-offensive par des initiatives drastiques de simple justice.

Opportunités de conquête

Le mouvement populaire a une opportunité extraordinaire de briser la droite, qui a déjà essuyé plusieurs échecs. La farce du procureur a été démolie et Larreta a dû enlever les clôtures. Dans Ensemble pour le changement, la division règne et un boomerang fait passer des projets de loi, ce qui place du coup la coalition d’opposition en position défensive.

La droite s’attendait à porter un coup dévastateur à Cristina et a été déconcertée par la centralité retrouvée du vice-président. Ils ne tiennent plus pour acquis la victoire électorale de 2023 et ils doivent enregistrer que ce retour conservateur contrasterait avec le nouveau scénario latino-américain. Cette adversité les empêche de répéter une loi qui a déjà été démolie au Brésil. Ils ne peuvent pas non plus imiter la provocation du coup de rue qui a échoué au Venezuela, dans un cadre de grande remise en cause des modèles néolibéraux du Chili, du Pérou et de la Colombie.

Ces dernières semaines, une grande réaction spontanée a émergé contre le pouvoir effronté des magistrats et de leurs complices médiatiques. Il y a une gêne perceptible à l’utilisation de la justice pour persécuter des adversaires politiques. La réponse démocratique de la dernière quinzaine illustre la lassitude face à ce type d’opération. Un scénario opposé à 2015 commence à se dessiner : le procureur Luciani est un clone de Nisman, qui répète les mêmes causes, avec le même soutien de l’élite des millionnaires macrista. Mais ce type de farce a perdu en crédibilité et en accompagnement. Le déclin de l’imposteur Moro s’étend jusqu’en Argentine.

Nul ne sait quelle sera la portée de la réponse démocratique qui surgit d’en bas. Il y a comparaisons controversées avec le 17 octobre et avec le climat qui prévalait pendant la Bicentenaire. Mais dans n’importe quel scénario, un tournant est déjà vérifié et le possibilité de remporter une victoire similaire à "deux pour un". Ce succès serait lié à la procès des putschistes en Bolivie, avec les avancées démocratiques au Chili et en Colombie et avec les victoire attendue de Lula au Brésil.

Pour parvenir à ces réalisations, des revendications concrètes doivent être exposées et vulgarisées. La sanction de tous les responsables des clôtures mettrait à mal le projet répressif de Cambiemos, le l’annulation du procès de Vialidad frapperait la loi et ouvrirait la voie à la purge de Comodoro PRO ou pour émouvoir les courtisans. Face au regain d’indignation suscité par le désinformation du journalisme hégémonique, le temps est venu de relancer le débat sur la loi de Médias.

Plusieurs fronts d’un même projet

La bataille démocratique en cours coexiste avec une coupe brutale des revenus populaires, mise en oeuvre par le gouvernement et contrôlée par le FMI. Depuis l’accession de Massa au titre de Ministre de l’économie, ce dernier a déjà sanctionné un élagage de 128 milliards de pesos du budget pour le logement, l’éducation et la santé. Il , a gelé les revenus de l’État, liquidé les pensions. Il a rétréci les plans sociaux et au lieu d’auditer la dette extérieure il inspecte les coopératives. Massa effectue l’opération que Guzmán et Batakis ont reportée. Il a’imposé une hausse des taux, qui est l’antithèse de la redistribution des revenus, Il a relancé l’activité spéculative des dette publiquse en pesos et sans définir de dévaluation régulière. Il a déjà poussé l’inflation a près de trois chiffres. Ce a provoqué une énorme perte de salaires, alors que toute la reprise économique de 2021 a été empochée par les capitalistes. Les bénéfices records des grandes entreprises contrastent avec le million d’enfants qui ont dû renoncer à manger un repas.

Il est important de dénoncer cette réalité sociale dramatique, validée par le même gouvernement. (…) Il n’y a pas couvrir cette réalité avec des appels à briser seulement (ou d’abord) les persécuteurs de Christine. Ce sont deux combats simultanés qui se déroulent en même temps. Il n’existe pas une opposition entre rejeter l’agression subie par lae vice-présidente et résister à l’ajustement qui met en œuvre Massa avec l’aval de Cristina Fernández de Kirchner.

Nous devons mettre fin au procès de Vialidad et annuler l’accord avec le FMI. Dans cun mouvement, des ponts peuvent être construits entre le kirchnérisme critique et la gauche, afin de pouvoir résister à l’ajustement structurel et en finir avec les abus judiciaires.

(…)

Il est essentiel d’affiner toutes les décisions politiques, dans la nouvelle situation ouverte par la tentative d’assassinat. Cette agression a provoqué une grande agitation internationale, parmi les dirigeants, personnalités et médias de la région et du monde. Tout le monde a été choqué pour ce qui s’est passé. Ils savent qu’un différend d’une grande importance géopolitique se déroule en Argentine au sujet de la nouvelle orientation d’un pays aux ressources naturelles abondantes : céréales, gaz et lithium sont dans le viseur des grandes entreprises et constituent le butin convoité des grandes puissances.

Pour cette raison, il existe de nombreuses évaluations pour déterminer qui gouvernera l’Argentine en les prochaines années. L’ambassadeur Stanley a déjà décrit la demande américaine de contrôle d’une gigantesque entreprise en jeu. Il a joint à sa demande celle d’un gouvernement de coalition parrainé par Washington. A cela s’ajoute des pressions pour maintenir la saisie honteuse de l’avion vénézuélien fait à la demande de Washington.. L’ambassadeur se faisait la voix de l’empire, face à la passivité et à la soumission totale du gouvernement argentin.

L ’Argentine s’est de nouveau retrouvée au centre de plusieurs tempêtes. Agir intelligemment, définir des stratégies et prioriser la mobilisation sont trois clés essentielles pour remporter des victoires et construire un projet émancipateur.

3-9-2022

Claudio Katz

Claudio Katz est professeur d’économie à l’université de Buenos Aires en Argentine. Il tient également un blog : katz.lahaine.org

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