Édition du 15 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Le travail des femmes : l'égalité n'est pas au rendez-vous !

Le cerveau des femmes n’a pas développé les mêmes habilités que les hommes ! Pourquoi les femmes sont plus petites que les hommes ? Les femmes sont diagnostiquées souffrir plus souvent que les hommes de maladie mentale !

Tout le monde a entendu, vu ou écouté des articles, des émissions, des films portant sur les différences entre les hommes et les femmes. Mais au delà de cette polémique de la différence entre les hommes et les femmes, il nous faut situer le contexte patriarcal de notre société de domination des hommes sur les femmes. Et cela laisse des traces, des différenciations.
Travailler pour une femme est loin de signifier la même chose que pour un homme.

L’accès au marché du travail

D’abord l’accès des femmes au marché du travail, bien que supposément libre à tous les postes, est en fait limité à des catégories précises d’emplois

« Un métier est dit traditionnellement masculin lorsqu’il est exercé par moins de 33 % de femmes. Au Québec, 338 métiers sont considérés traditionnellement masculins sur un total de 522. Par ailleurs, on continue de constater une forte concentration professionnelle de femmes dans des métiers traditionnels alors qu’il existe de meilleures opportunités et conditions d’emploi dans des secteurs d’activité plus prometteurs. http://www.toncfp.com/Lesm%C3%A9tiersnontraditionnels/tabid/1170/language/fr-CA/Default.aspx»

« Des gains sont réels et on doit les applaudir, soutient Claudette Carbonneau, présidente de la CSN. Mais ils ne permettent pas de se fermer les yeux sur les plafonds qui existent encore et qui limitent la présence des femmes dans plusieurs secteurs du marché du travail. Par exemple, en ce qui concerne les postes de direction et de cadre, on compte au Québec 35 % de femmes. Pour ce qui est du domaine des sciences naturelles et des sciences appliquées, ce sont 21 % de femmes. Et, lorsqu’on se penche sur les métiers de la construction ou des métiers non traditionnels comme celui de conducteur de véhicule lourd, le nombre de femmes tombe à 5,8 %. Au Québec actuellement, 7 femmes sur 10 occupent un poste dans seulement le tiers des 506 professions et métiers recensés. Cela démontre qu’elles sont encore absentes de plusieurs secteurs d’activité. » http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/318109/acces-aux-metiers-non-traditionnels-la-maternite-demeure-la-raison-principale-des-congediements-illegaux-au-quebec

Et ces catégories d’emploi sont sous payés,

« Lorsqu’elles s’insèrent en emploi, les jeunes femmes ne récoltent pas les bénéfices espérés de leur scolarisation poussée. Quel que soit leur niveau d’études, les femmes touchent, à leur entrée sur le marché du travail, un salaire hebdomadaire brut inférieur à celui des hommes. Par exemple, en 2011, celui des diplômées du baccalauréat se chiffre à 861 $ et celui des diplômées de maîtrise, à 1 119 $. Leurs confrères touchent respectivement 923 $ et 1 241 $.

• Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à avoir obtenu un diplôme universitaire. Dans la population âgée entre 25 et 64 ans, en effet, 25,5 % des femmes sont titulaires d’un grade universitaire, en 2011, ce qui est le cas de 23,8 % des hommes. L’écart se creuse dans la plus jeune population : 33,5 % des femmes âgées entre 25 et 44 ans et 26,9 % des hommes du même groupe d’âge détiennent un grade universitaire. » http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-4-1717.pdf

« Des écarts importants persistent entre le revenu total des femmes et celui des hommes. En 2010, les femmes ont touché, en moyenne, des revenus de toutes sources totalisant 29 200 $, ce qui représente 73,7 % des revenus totaux moyens de 39 600 $ gagnés par les hommes.

• Si l’on se limite aux revenus d’emploi, les gains des femmes et ceux des hommes sont encore loin de la parité. En 2010, le revenu d’emploi des femmes travaillant à temps plein toute l’année correspond à 77,1 % de celui des hommes, comparativement à 79,4 % en 2007.

• En 2011, 59,8 % des travailleurs rémunérés au taux du salaire minimum sont des femmes. » http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-4-1717.pdf

souvent à flexibilité ou à horaire variable et à statut précaire
« En 2012, 68,6 % des femmes actives de 15 ans et plus exercent un emploi à temps plein, comme 80,1 % de leurs homologues masculins, et 25,4 % des femmes travaillent à temps partiel (11,7 % des hommes) » http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-4-1717.pdf

et à des retraites de misère.

« Les parcours de vie des femmes (travail rémunéré et secteurs d’emploi occupé, tâches domestiques et responsabilités familiales, présence sur la scène publique et représentation politique) sont marqués par des inégalités de genre qui ont des conséquences sur leur vieillissement. Elles gagnent moins que les hommes durant leur vie de travail (62 % du revenu des hommes), elles vivent plus longtemps en moyenne qu’eux (après 65 ans, 58 % de femmes et 5 femmes centenaires pour un homme) et s’absentent plus souvent du marché du travail pour prendre soin des personnes dépendantes de leur entourage. » http://www.etatsgenerauxdufeminisme.ca/index.php/rapports-des-tables-de-travail bien commun

« Avec le système actuel, presque la moitié (45 %) des personnes retraitées de 65 ans et plus sont financièrement démunies, les femmes plus encore que les hommes. La RRQ remplace environ 25 % des revenus de travail sur lesquels on cotise en prenant sa retraite à 65 ans. En 2008, le RRQ a versé une rente mensuelle moyenne de 532 $ aux hommes et 336 $ aux femmes. » http://www.etatsgenerauxdufeminisme.ca/index.php/rapports-des-tables-de-travail bien commun

Personne à part les femmes ne voudrait de ces emplois quoique, avec la crise économique mondiale actuelle, les jeunes se retrouvent de plus en plus à n’avoir pas le choix. Les autres emplois comportent des barrières énormes créés par le système capitaliste pour écarter les femmes et que les hommes travailleurs et les syndicats parfois ont repris à leur compte. Ce sont des obstacles de sécurité, d’outils inadaptés, du recours à la force physique plutôt qu’à des leviers, d’horaires trop variables etc…

Être sur le marché du travail pour les femmes c’est y vivre discrimination mais surtout exploitation. Les employeurs sont bien contents de s’assurer une main d’œuvre disponible pour combler ces horaires variables et peu chèrs. Les femmes sont des travailleurs de seconde zone. Elles sont encore perçues et rémunérées comme salaire d’appoint. On leur fait sentir que la maison n’est pas loin.

Un obstacle la maternité ?

Deuxièmement élément important pour les femmes sur le marché du travail, c’est une non reconnaissance de la maternité. Même si de nos jours, les femmes ne peuvent plus être discriminées pour mettre au monde des enfants ; nombre de patrons hésitent à engager des femmes par crainte des congés de maternité mais aussi par calcul des jours de congés pour le soin aux enfants. Avec les hommes, ces problèmes n’existent pas.

« Ça peut avoir l’air fou de le dire en 2011, mais la maternité demeure la raison principale des congédiements illégaux au Québec. C’est à ce sujet que les autorités reçoivent le plus de plaintes. Sans compter que certains employeurs n’embauchent tout simplement pas de femmes parce qu’ils craignent la maternité. » http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/318109/acces-aux-metiers-non-traditionnels-la-maternite-demeure-la-raison-principale-des-congediements-illegaux-au-quebec

« Une maternité dont les employeurs se méfient et qui les mène à penser qu’ils n’ont pas de rôle à y tenir. « Le Conseil du patronat fait valoir que le programme de maternité sans danger et de retraite préventive de la CSST est un programme pour lequel les employeurs ne devraient pas payer. Le Conseil du patronat considère que les coûts associés à ce programme ne devraient pas figurer dans les coûts de main-d’oeuvre. »

Ces deux attitudes, soit le congédiement pour maternité et le souhait de se retirer financièrement du programme de maternité sans danger, illustrent bien que la présence des femmes sur le marché du travail, au mieux, est mal comprise ou, au pire, dérange encore. » http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/318109/acces-aux-metiers-non-traditionnels-la-maternite-demeure-la-raison-principale-des-congediements-illegaux-au-quebec

En plus, les femmes voient leur formation, leur recyclage et leur avancement remis en question. La carrière devient presque en contradiction avec le fait d’avoir des enfants.

Avec la présence des enfants, il faut penser qui en prend soin. Les services de garde ont permis de dépasser cet inconvénient mais comme les services sont insuffisants, les femmes ont dû trouver d’autres sources de gardiennage : garderie privée, voisine, parenté etc.

Donc objectivement les enfants sont un obstacle au travail rémunéré des femmes parce que les grands patrons et l’État ne se préoccupent pas de mettre en place des services de garde suffisants et adéquats, des congés de maternité, de paternité, de parentalité qui répondent au besoin des femmes et des parents. Tout cela pour tirer davantage les femmes vers l’isolement du foyer.

La double journée de travail

Troisièmement aspect des femmes sur le marché du travail et c’est là le facteur le plus important, c’est la double journée de travail. Les femmes sont et demeurent, même au travail , responsables de la maisonnée et du travail domestique ainsi que du soin aux enfants ou aux personnes dépendantes.

« Le taux de participation des femmes aux activités domestiques est de 90,5 % et celui des hommes est de 79,1. » http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-4-1717.pdf

Ce travail gratuit et invisible supposément fruit de l’amour teinte les deux raisons précédentes : pas de job stable et bien payée car les femmes doivent d’abord s’occuper de la maison, le marché du travail vient pour boucher les horaires et boucler les fins de mois du budget ; pas de réseau adéquat de services à la petite enfance et de congés pour maternité et pour enfants car les femmes en ont d’abord la responsabilité. Ce n’est pas à l’État de prendre soin des enfants !!! mais aux femmes qui les ont mis au monde et qui les aiment (et les hommes eux ?).

« Encore aujourd’hui, malgré les différentes mesures visant à faciliter la conciliation entre le travail et la famille (défi de société et non-affaire de femmes), le fait d’avoir la charge d’un enfant change davantage la participation au marché du travail des femmes que celle des hommes :
— De façon générale, la présence d’enfants diminue la participation des femmes au marché du travail et accroît celle des hommes : ainsi, en 2006, le taux d’emploi des femmes de 25 à 44 ans chute à 66 % lorsqu’elles ont trois enfants ou plus, alors que pour les hommes, il est de 88.5 % »
http://www.etatsgenerauxdufeminisme.ca/index.php/rapports-des-tables-de-travail bien commun

C’est ce travail invisible et gratuit des femmes qui fait la différence sur le marché du travail. Il faut casser cette redevance des femmes au travail domestique. Et cela ne veut pas dire qu’on passe du tout à la maison au tout au travail, travail d’ailleurs aussi aliéné et aliénant. Non, il faut briser la continuité entre les deux qui pousse les femmes à la maison et à l’isolement et qui, sur le marché du travail, les enferme dans le cheap labor. En sortant du privé, le travail à la maisonnée et en le rendant social et public par des réseaux de services (petite enfance, cafétéria, buanderie, ménage et travaux domestiques), les femmes pourront librement avoir accès au marché du travail. Il leur faudra cependant encore abolir les obstacles d’outils et postes inadéquats pour envahir tous les domaines du marché du travail.

Changer le monde c’est en finir avec la division privé/public ; c’est en finir avec l’isolement et le travail gratuit des femmes à la maison. C’est vouloir du travail rémunéré également pour tout le monde avec des horaires allégés pour tout le monde permettant à tout le monde de vivre des rapports humains différents avec leurs parents, ami-e-s, voisin-e-s, enfants. Personne n’aura à choisir entre le travail et la maison : ni le tout au travail, ni le tout à la maison. Mais tout le monde pourra vivre égalitairement des rapports humains satisfaisants. C’est ça rêver.

Chloé Matte Gagné

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