Édition du 24 mai 2022

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États-Unis

Les travailleuses et les travailleurs des cafés Starbucks ont besoin d’une journée de protestation et de solidarité

En réponse à la lutte contre la syndicalisation des travailleuses et des travailleurs du café Starbucks à Memphis et le licenciement de sept des travailleuses et travailleurs qui y organisaient un syndicat, le mouvement syndical américain devraient organiser des manifestations devant les cafés Starbucks à travers tout le pays. On ne peut pas tolérer de telles tactiques du géant du café.

12 février 2022 | tiré de Jacobin

Les baristas de Starbucks, les employé.e.s du commerce de détail de REI, les employé.e.s des entrepôts d’Amazon, les grévistes des mines Warrior Met et les chauffeur.e.s de bétonnière, ainsi que d’autres travailleurs et travailleuses qui s’organisent et qui se défendent courageusement, sont à l’avant-garde de la résistance à la cupidité débridée des capitalistes dans ce nouvel « Âge d’or ».

Mais ces travailleuses et travailleurs ne réussiront pas si leurs combats sont limités par région ou par industrie. Nous devons mobiliser les travailleurs et les travailleuses de tout le mouvement ouvrier pour démontrer que la maxime ouvrière est toujours fondée :

« Un coup porté à l’un.e est un coup porté contre tous et à toutes ».

Cela me mystifie et me dérange que les organisations syndicales régionales et nationales, qui devraient mettre tout en œuvre pour ces baristas, ces travailleuses et travailleurs du commerce de détail et d’autres, ne semblent pas comprendre que ce moment exige toute leur énergie et toute leur concentration.

La semaine dernière, les travailleuses et les travailleurs de Starbucks de plusieurs cafés de la ville de New York ont déposé une demande pour la tenue d’élections syndicales. Cela porte le nombre de cafés qui cherchent à se syndiquer à 72 depuis l’automne. La vague hebdomadaire de nouvelles requêtes de tenir des élections chez Starbucks représente une percée pour la classe des travailleuses et des travailleurs qui a des implications potentiellement historiques.

Le patronat contre-attaque : la semaine dernière sept baristas de Memphis qui dirigeaient les efforts de syndicalisation dans cette ville ont été limogé.e.s. Pourtant, le tweet de l’AFL-CIO dans la foulée de ces répressions parlait stupidement d’« une autre victoire pour les travailleurs et les travailleuses aujourd’hui avec la publication du premier rapport du Groupe de travail de la Maison Blanche sur l’organisation et le renforcement des travailleurs et des travailleuses. »

Une victoire ? Vraiment ? Ce n’est qu’un rapport. Mais c’est la chose qui, selon la direction de l’AFL-CIO, devrait nous exciter le plus – et non pas le courage des travailleuses et des travailleurs mal payé.e.s qui s’attaquent à la classe des milliardaires.

Les manifestations locales et les conférences de presse sont une bonne chose. J’y ai assisté à certaines il y a quelques semaines à Seattle, organisées par Starbucks Workers United, par la membre socialiste du conseil municipal Kshama Sawant, et par un groupe de syndicats locaux qui se sont mobilisés (mais non pas, malheureusement, le conseil central local du travail). C’était excitant d’entendre les travailleurs et les travailleuses de Starbucks venu.e.s de la côte Est et de voir la solidarité locale des autres syndicats.

Mais de tels efforts locaux dispersés ne suffiront pas à forcer les entreprises à renoncer à leur action antisyndicale. Le licenciement honteux mais pas surprenant de sept travailleurs et travailleuses de Starbucks à Memphis et les réunions antisyndicales agressives organisées pour les employé.e.s de REI la semaine dernière confirment que les patron.ne.s ont fait le calcul et ont décidé que tout préjudice à leur réputation à cause de ces tactiques vicieuses est un prix acceptable, si elles arrêtent l’élan syndical. Ils et elles acceptent d’être peut-être tenu.e.s par la Commission du travail de rembourser les arriérés de salaire des travailleurs et des travailleuses licencié.e.s – dans deux ans ? trois ans ? – parce qu’une telle claque sur la main de l’entreprise représente une somme dérisoire à payer pour ses tactiques qui dissuadent les autres travailleurs et travailleuses de faire valoir leurs droits.

Nous n’obtiendrons pas des syndicats dans des entreprises comme Starbucks et REI simplement en réagissant avec indignation aux attaques des patron.ne.s contre leurs travailleuses et travailleurs. En l’absence d’une escalade syndicale, on verra plus de licenciements, plus de remaniements, plus de lutte contre les syndicats. Nous, le mouvement syndical, devons intensifier la lutte et démontrer que lorsque les travailleuses et les travailleurs de Memphis, de New York ou d’Arizona sont attaqué.e.s, les travailleuses et travailleurs de la Californie au Maine riposteront.

Il n’y a pas de meilleur moyen pour faire monter la lutte qu’en tenant des manifestations devant les cafés Starbucks dans tous les états des E-U. À partir de là, nous devons organiser des actions d’escalade qui créent une crise pour les PDG qui tentent de contrecarrer les décisions démocratiques des travailleuses et des travailleurs.

Il y a des années, dans ma ville natale de Seattle, des musicien.ne.s professionnel.le.s syndiqué.e.s se sont mis.e.ds en grève au Théâtre du 5e avenue après le licenciement de dix-huit d’entre elles et eux pendant des négociations contractuelles. C’était un petit débrayage. La coalition locale Jobs With Justice et le conseil du travail ont mobilisé plus d’un millier de personnes chaque soir dans des manifestations devant le théâtre en grève. Les machinistes de Boeing, les débardeurs, les employé.e.s de la ville, les travailleuses et les travailleurs de la santé, les travailleurs et les travailleuses de la construction, les opérateurs et les opératrices de remorqueurs, les épiciers et les épicières, les universitaires, les enseignant.e.s, et ainsi de suite, s’y sont toutes et tous joint.e.s pour bloquer la rue du centre-ville devant le théâtre et empêcher le spectacle de s’ouvrir avec des scabs.

En une semaine, les musiciens et musiciennes ont obtenu une réintégration complète et un nouveau contrat. Ce n’était pas une victoire seulement pour les musiciens et musiciennes - c’était une victoire pour toute la classe des travailleuses et travailleurs.

La grève au Théâtre de la 5e Avenue n’est pas unique. Pensez à ce qu’ont fait les enseignantes et enseignants de Virginie-Occidentale il y a à peine que quatre ans, à une échelle beaucoup plus grande, et comment leur leadership et leurs sacrifices ont inspiré les enseignantes et enseignants à travers le pays à se battre pour l’éducation publique.

Ou rappelez-vous comment la maladie de 2019 d’une poignée de contrôleurs, contrôleuses aérien.n.e s, en plus des appels à la grève du syndicat des agents de bord, a forcé la fin de la tentative de Trump de fermer le gouvernement national en le privant de finances.

Ce dont les travailleuses et les travailleurs de Starbucks ont besoin maintenant, c’est de voir que l’ensemble du mouvement ouvrier américain est derrière eux et elles. Il nous faut une manifestation nationale décisive de solidarité de classe –une qui envoie un message aux patron.ne.s du monde entier : en 2022, lorsque vous vous attaquerez à un travailleur, une travailleuse, vous allez avoir affaire à nous toutes et tous.

Jonathan Rosenblum

$15 : Immigrant Workers, Faith Activists, and the Revival of the Labor Movement, Beacon Press, mars 2017. Voir son site jonathanrosenblum.org.

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