Mon cher François
J’aime les gens comme toi, qui sont vaillants. Pour moi, c’est une valeur importante. Par ailleurs, j’ai toujours aimé ton petit coté frondeur, du gars qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense, mais je savais que nous allions finir par « se pogner ». Et bien c’est maintenant. Ta réaction à la proposition de Québec solidaire de taxer les millionnaires de plus de 25 millions, m’a un peu déçue. J’aurais pensé que tu aurais été un peu plus subtile. Ta réaction : « vos yeules » est pour le moins questionnable. De quelle autorité peux-tu te réclamer de faire taire ceux et celles qui ne pensent pas comme toi ?
Est-ce que tu es sortie de la cuisse de Jupiter, comme le disait ma mère, à ceux qui se prenaient pour d’autres ?
Qu’as-tu fait d’impressionnant dans l’histoire de l’humanité qui te permette de t’ériger en juge ?
Admettons que tu n’aurais pas existé, de quoi aurions-nous manqué d’essentiel ? Du popcorn sucré ? Peut-être !
Manifestement nous n’avons pas la même vision de ce qu’est la justice. Il y a dans la vie, des gens qui ont hérité, à leur naissance, gratuitement, de toutes sortes de qualités et de capacités sans avoir eu aucun effort à faire ou à produire. Des gens qui sont nés : beaux, grands, forts, intelligents, musiciens, etc. Ceux-ci et celles-là doivent participer davantage à l’amélioration de la société, que ceux et celles, qui sont nés pas beaux, pas forts, pas intelligents, etc. Ils et elles n’ont pas choisi cet état de fait.
Sincèrement, je crois que ceux et celles qui ont beaucoup reçu, qui considèrent que c’est un droit, font fausse route, parce que c’est privilège. Je crois également que tout privilège doit être associé à des devoirs.
Tu dis que tu travailles fort et je te crois. Mais, je connais quantité de gens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, sans en retirer un sou de plus. Des gens dans différents domaines qui ne comptent pas leurs temps et même qui le font bénévolement.
Si tu crois que tu as réussi uniquement par toi-même et qu’il n’est pas question que tu partages davantage ce que tu as gagné, tu n’es pas un homme d’affaires qui a réussi, mais bien un profiteur qui s’ignore, dont le nombril est plus gros que le génie.
Accuser la gauche d’être incapable de créer la richesse, c’est oublier que la richesse n’est pas produite seulement par le patron, mais bien par l’ensemble de ses employés-es. C’est aussi oublier que l’entraide, la justice, la collaboration et la solidarité ont été au cœur de l’amélioration de l’humanité.
Actuellement, il n’y a pas de problème de création de la richesse. Il y a de l’argent comme il n’y en a jamais eu sur terre. Le problème, c’est que la richesse n’est pas partagée équitablement avec ceux et celles qui ont contribué à la produire.
Tu es chanceux, tu es encore jeune, tu as la chance de te reprendre.
À la fin de la vie de chacun de nous, ce qui importera le plus, ce n’est pas ce qu’on aura retiré de la société, mais ce qu’on y aura apporté. Alors que les écarts de richesse ne cessent de s’accroître entre les plus riches et les autres, ça ne peut plus continuer comme ça. Lorsque les gens qui travaillent sont incapables de se loger correctement et peinent à se nourrir convenablement, il y a urgence en la demeure.
Tu as du potentiel, tu es chanceux, tu devrais peut-être prendre le leadership des hommes et des femmes d’affaires qui sont d’accord avec un impôt supplémentaire, dont on pourrait discuter des modalités, pour ceux et celles qui possèdent plus de 25 millions ! Tu pourrais même inciter tous les partis politiques du Québec et même à Ottawa à prendre un tel engagement. Je serais fier de toi.
Denis Trottier
Ex. député de Roberval
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