Édition du 24 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

*« Ma meuf, ma chose »

Le dernier féminicide du 28 janvier nous rappelle que, loin d’être un fait divers, c’est un fait social, culturel et anthropologique qui survient environ tous les trois jours. « La faute à Eve », comme le chantait Anne Sylvestre. L’idée que nous sommes toutes et pour toujours des salopes ontologiques. Assassiner « sa » femme, c’est exercer son droit de propriété sur un élément de son patrimoine, dont on peut disposer librement.

L’Humanité, France, le 1^er février 2022*

*La chronique de Violaine de Filippis, avocate*

Notre société participe à cette chosification des femmes, faisant de leur vie un accessoire à celle des hommes. Beauvoir affirmait déjà que le « statut imposé à la femme » aboutissait à « d’inacceptables attentats contre la personne humaine ». Les victimes sont tuées en raison de leur condition féminine, aboutissement d’un continuum de violences sociosexuelles.

Dans la dépossession des corps, l’éducation sexiste porte une lourde responsabilité. L’État échoue dans son rôle éducatif et répressif : 32 % des Français considèrent encore qu’à l’origine d’un viol, il y a souvent malentendu : « C’est un quiproquo : elle faisait sa relou en mode “ nan j’veux pas ”. Mais on sait bien ce que ça veut dire. » Rappelons aussi que, jusqu’à la modification de la loi pénale en 1975, le fait de tuer « son épouse » en cas de flagrant délit d’adultère au domicile conjugal était excusable.

*L’éducation sexiste porte une lourde responsabilité.*

Prendre conscience qu’il y a beaucoup de crimes commis en raison de la condition d’objet assignée aux femmes doit aboutir logiquement à reconnaître une catégorie légale de « féminicide ». En 2020, un rapport parlementaire portant sur l’inscription de ce terme dans la loi en a rejeté l’opportunité pour différentes raisons, notamment celle de la polysémie du terme dans le langage courant.

Cependant, c’est précisément au droit de traduire les faits sociaux en termes légaux, et non de se réfugier derrière l’éventuelle complexité du réel. Était également pointé le risque d’entériner en droit les femmes comme victimes des hommes. Encore une fois, quelle ironie : le droit ne devrait-il donc pas servir à distinguer des infractions criminelles existantes de façon claire et efficace ?

À l’heure actuelle, le Code pénal vise la conjugalité, le sexe ou le genre comme une circonstance aggravante, mais ne permet pas de poser clairement et légalement la réalité d’un système de violence fondé sur la condition féminine. Comme le rappelait ONU Femmes France, il ne s’agit pas d’aggraver les peines prévues mais de caractériser un phénomène spécifique.

Beaucoup d’arguments spécieux, donc, pour éviter d’inscrire un mot reflétant une trop laide réalité structurelle dans notre Code pénal : le féminicide.

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