Édition du 19 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Planète

Marchons pour le climat ET contre la politique d'Emmanuel Macron

Plus de 4 millions de jeunes et moins jeunes ont participé aux grèves pour le climat dans 163 pays : cette impressionnante vague citoyenne marque un tournant. Toute une génération a décidé de ne pas se laisser dicter son futur par des décideurs politiques et économiques qui préfèrent ripoliner en vert, plutôt que le transformer, un capitalisme injuste et dévastateur.

Tiré du blogue de l’auteur.

A les écouter, Emmanuel Macron et son gouvernement feraient déjà beaucoup pour le climat. Ainsi, Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique, affirme que « la France est plus mobilisée que jamais sur le climat », égrainant des décisions (Plan Climat, Loi Hulot sur les hydrocarures, etc) qui ont renvoyé à plus tard ce qu’il faudrait faire aujourd’hui. Les secrétaires d’Etat Brune Poirson et Emmanuelle Wargon disent grosso-modo la même chose : « la France est une bonne élève du climat ». Il est si facile de se comparer à Trump ou Bolsonaro qui placent la barre tellement bas qu’on en oublierait l’essentiel : dans une classe de cancres, même le moins mauvais des cancres reste un cancre(*).

L’opinion publique n’est d’ailleurs pas dupe : selon un sondage récent, à peine 15% des sondés font confiance à l’Etat et au gouvernement pour lutter contre le réchauffement climatique. Les grands discours d’Emmanuel Macron sur l’écologie n’impriment plus. Pas plus que « l’accélération écologique » promise pour l’Acte 2 du quinquennat par Edouard Philippe. De telles promesses se heurtent de front à un bilan et à la réalité de leur politique en la matière : des petits pas et des grands renoncements.

Les faits sont têtus

Qui a fait voter le CETA au cœur de l’été alors que les experts ont jugé que cet accord de commerce et d’investissement n’était pas climato-compatible ? Qui a étendu à 360 000 hectares les surfaces de forêts ouvertes à la prospection minière en Guyane ? Qui prévoit de supprimer 5000 postes (-5%) au ministère de la transition écologique d’ici à 2020 au moment où il faut accélérer la transition dans les territoires, les entreprises, etc ? Qui refuse de mettre fin à la construction d’infrastructures qui détruisent les terres et les forets (autoroutes GCO, Europacity) ? Qui fait voter une loi énergie-climat qui écarte toute possibilité de revoir à la hausse l’ambition de la politique climatique du pays pour 2020 et 2030 alors que les climatologues ne cessent de répéter qu’il faut faire « plus, et plus vite » ? Qui aggrave les inégalités alors qu’une transition écologique nécessite de les réduire au profits de plus grandes solidarités et de moindres écarts de revenus et de patrimoine ?

Dès qu’il s’agit de prendre des décisions qui vont toucher à la puissance des lobbies, aux pouvoirs et droits acquis des multinationales ou aux règles qui organisent l’économie mondiale, Emmanuel Macron et son gouvernement tergiversent, reportent à plus tard ou limitent leurs ambitions en se conformant aux exigences des acteurs économiques et financiers.

L’affaire des restrictions de l’usage des pesticides à proximité des zones habités vient à nouveau de le montrer : la différence entre la proposition du gouvernement, 5 mètres, et le contenu des arrêtés des maires, 150 mètres, est la distance abyssale qui sépare le macronisme d’une politique écologique sérieuse. La prétention écologiste de cette majorité ne fait plus illusion.

Président des riches et de l’injustice sociale, Emmanuel Macron incarne désormais le renoncement en matière écologique et climatique.

Quand la planète brûle littéralement, que valent la discipline budgétaire, un dixième de croissance supplémentaire, la compétitivité des multinationales françaises, soit trois des principes qui ont été érigés en horizon indépassable par Emmanuel Macron et sa majorité ? Pas grand chose, si ce n’est aggraver la crise écologique et nous faire perdre un temps et une énergie précieux.

Réjouissons-nous donc : les grèves et manifestations pour le climat traduisent à la fois une massification et un profond renouvellement du mouvement pour le climat. En prendre soin, l’appuyer, le renforcer, le nourrir, l’articuler aux luttes pour l’égalité, la dignité et la justice, est sans doute ce que nous avons de plus précieux à faire dans les semaines et mois qui viennent. Sans empêcher les débats, parfois profonds, qui le traversent. Mais toujours en gardant à l’esprit que les décideurs politiques et économiques font preuve, chaque jour, qu’ils sont prêts à tout (ou presque ?) pour tenter de maintenir, autant que faire se peut, leur business as usual. Ce cynisme génère de la colère chez celles et ceux qui ont décidé de marcher pour le climat.

Puissions-nous, collectivement, cheminer avec eux. Et avec toutes celles et ceux qui, issu.e.s des mouvements féministes, syndicaux, des quartiers populaires, des gilets jaunes, des gilets noirs (etc.) souhaitent agir aux côtés des mouvements pour le climat. La fin de l’histoire n’est pas dite. Ecrivons-la ensemble. Pour mettre fin à ce système injuste et prédateur qui détruit la planète et notre avenir commun.

Maxime Combes, économiste, porte-parole d’Attac France, et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, Anthropocène, 2015.

(*) je tiens à préciser que je n’ai strictement rien à l’encontre des élèves jugés « mauvais » et qu’ils méritent toute notre attention et notre soutien. Ce qui est vrai d’une classe d’écoliers ne l’est pas des Etats de la planète et le terme « cancre » est ici usité parce que politiques et éditorialistes ne cessent d’affirmer que « la France est la bonne élève du climat ».

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