Édition du 14 avril 2026

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Médias

« Mediapart » en 2025 : toujours plus d’abonnés et d’indépendance

En toute transparence, et comme chaque année en mars, « Mediapart » publie ses résultats. Le soutien indéfectible de nos lecteurs permet à notre journal, structurellement rentable, de se développer pour atteindre un public toujours plus vaste et pour défendre, dans un climat de plus en plus hostile, le droit de savoir.

Tiré de Médiapart, section Le club.

Mediapart fête cette année ses dix-huit ans d’existence, l’âge magnifique d’une jeunesse florissante et de la majorité !

Grâce à nos fondateurs, notre journal est devenu incontournable dans l’espace médiatique français. Grâce aux efforts déployés par l’ensemble de l’équipe, et après une transmission réussie à une direction renouvelée en 2024, il continue de tracer son sillon singulier : Mediapart est plus que jamais un média à part, intransigeant dans sa mission d’intérêt général et dans la protection de son indépendance, indomptable dans sa capacité à produire des informations qui dérangent et indispensable pour donner du sens au monde dans lequel nous vivons.

Nos lecteurs et nos lectrices nous rendent au centuple notre passion journalistique, et nous les en remercions du fond du cœur.

En total contraste avec un contexte médiatique particulièrement dépressif, nos résultats sont au-delà de nos espérances : en 2025, le nombre de nos abonné·es a augmenté de 10 % pour atteindre 257 000 fin décembre, et plus de 260 000 à ce jour.

Cette envolée conforte notre place d’exception : selon le panorama annuel de mind Media, Mediapart engrange la plus forte croissance d’abonné·es numériques, ce qui nous positionne dans le trio de tête des médias d’informations générales (avec Le Monde et Le Figaro) qui rassemble 70 % des abonnements en France. Et encore, notre mode de calcul particulièrement strict nous distingue de nos compétiteurs : nous comptons un abonnement pour chaque abonnement collectif, les extrapolations nous paraissant trop peu rigoureuses en raison du manque de fiabilité des outils actuellement disponibles.

L’actualité particulièrement chaotique a porté cet élan. Notre couverture internationale a été marquée par le vertige fasciste infligé par Trump, le génocide à Gaza, l’interminable guerre en Ukraine, le massacre en Iran et l’accélération de la catastrophe climatique. En France, nous avons chroniqué les dangers de l’extrême droite, ainsi que la corruption politico-financière sous toutes ses formes et les violences systémiques contre les personnes racisées, les femmes, les enfants et le corps social dans son ensemble. La justice a pu se saisir de certaines de nos enquêtes pour en donner un prolongement, que ce soit en termes d’investigations judiciaires, voire in fine de condamnation pénale, comme ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Gaël Perdriau ou encore Gérard Depardieu (voir notre rétrospective).

Cette hausse des abonnements, nous la devons aussi à nos innovations : notre film documentaire Personne n’y comprend rien, autour de l’affaire libyenne, a été salué par le public : il a été vu par plus de 155 000 personnes dans les salles de cinéma, a donné lieu à plus de cent cinquante débats avec notre équipe partout en France, a été élu « meilleur documentaire » sur AlloCiné et a été nommé aux César. Pour l’accompagner, nous avons mis en place une plateforme de VOD qui nous a également permis de diffuser le spectacle de l’humoriste Waly Dia.

Nous avons lancé notre chaîne WhatsApp et de nouvelles newsletters (« Antiraciste », « Batailles culturelles » et « L’éco à part ») ainsi que des chroniques sur les jeux vidéo (« Aux manettes » par Théo Dezalay) et en BD (« La semaine de Soulcié » par Thibaut Soulcié et « Pécho avec l’éco » par Lisa Mandel et Anne-Laure Delatte).

Alors que notre équipe, à taille humaine, compte aujourd’hui 156 salarié·es, parmi lesquel·les la moitié de journalistes, notre chiffre d’affaires progresse pour atteindre 28,1 millions d’euros fin 2025, soit une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente, ce qui nous permet d’enregistrer un bénéfice net de 4,4 millions d’euros (+ 31 %). Mediapart continue ainsi de marquer sa différence en étant profitable pour la quinzième année consécutive.

Ces précieuses ressources, nous les devons presque exclusivement (99 %) à nos abonné·es, qui garantissent l’indépendance financière de Mediapart, l’un des rares journaux en France et en Europe à produire de l’information sans publicité, sans aides publiques, sans milliardaire à sa tête et sans accord commercial avec les multinationales de la Big Tech.

Nous nous félicitons d’autant plus de ne dépendre que de nos abonné·es que l’année 2025 a été marquée par le ralliement mortifère des géants du numérique au pouvoir réactionnaire de Donald Trump. Cet événement aux répercussions antidémocratiques majeures déstabilise profondément l’industrie mondiale de l’information : nous sommes entrés dans l’ère du faux contre les faits. Des milliers de journaux à travers le monde sont menacés : à leur place, des algorithmes opaques et tout-puissants, contrôlés par quelques milliardaires, inondent le débat public de fake news au risque de formater les esprits et de reconfigurer les opinions politiques.

Les pouvoirs illibéraux se saisissent de cette opportunité pour diffuser leur propagande et accroître leur emprise sur la planète, réduisant au silence les journalistes quand ils ne les attaquent voire ne les assassinent pas. De Washington à Gaza, en passant par Moscou et Téhéran, les entraves à la liberté d’informer ne cessent de s’aggraver.

L’arbitraire contre la démocratie, le deal contre la diplomatie, le pillage des données contre les libertés individuelles, le mensonge contre la vérité des faits : ces nouveaux maîtres du monde ont en commun de défendre leurs intérêts privés au détriment de l’intérêt général. En France, l’internationale réactionnaire trouve de redoutables relais dans les « médias » de la sphère Bolloré. En quelques années, cette dernière a considérablement accru son pouvoir de nuisance, en amplifiant, de CNews au JDD en passant par Europe 1, la portée des fausses nouvelles, au point que l’extrême droite, désormais, avec ses clashs et ses polémiques, cadre le débat public, en même temps qu’elle l’empoisonne.

Face à ces vents contraires, notre objectif est de faire de Mediapart l’épicentre de la bataille de l’information, en nous adressant à un public toujours plus large. En 2025, notre audience s’est accrue, passant de 25 à 29 millions de pages vues par mois. Les vues sur nos vidéos explosent, atteignant 60 millions, soit une hausse de 100 %, tandis que le nombre des personnes inscrites à nos newsletters augmente de 30 %, pour atteindre 565 000. De même, les internautes nous suivant sur les réseaux sociaux sont toujours plus nombreux et nombreuses (5 millions, + 11 %).

Retrouvez tous les chiffres et résultats dans notre rapport d’activité 2025.

En cette année d’élections municipales, test grandeur nature de l’élection présidentielle, pour pousser les feux toujours plus loin, nous nous sommes fixé plusieurs objectifs : accroître l’accessibilité de nos contenus pour peser dans le débat démocratique, en valorisant notre offre audiovisuelle et en consolidant l’organisation de notre central d’édition ; installer Mediapart comme lieu d’échange et de riposte citoyenne contre l’extrême droite, en proposant à nos abonné·es des espaces de discussions vivants et respectueux ; convaincre, aussi, nos audiences, notamment les plus jeunes, de rejoindre notre communauté en leur donnant à voir l’impact de nos informations par des formats spécifiques.

Parce que notre capacité à remplir notre mission d’utilité publique dépend de la cohésion de notre collectif, nous portons une attention particulière aux conditions de travail dans l’entreprise, afin d’aligner nos pratiques internes sur les valeurs portées dans nos colonnes.

Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir en France, nous nous employons, enfin, à consolider l’édifice juridique abritant Mediapart. La création du Fonds pour une presse libre (FPL), en 2019, a sanctuarisé notre capital : cette structure à but non lucratif empêche, par l’intermédiaire de la Société pour la protection de l’indépendance de Mediapart (Spim), tout rachat et toute revente de notre entreprise, pour aujourd’hui et pour toujours.

Les résultats réalisés en 2025 nous permettent d’accroître les réserves financières qui pourraient nous être utiles en cas de catastrophe.

Notre indépendance structurelle nous distingue, là encore, dans le paysage médiatique. Mais nous ne cédons pas aux postures vantardes et solitaires. Nous savons que c’est ensemble, avec nos confrères et nos consœurs de la presse indépendante, que nous pouvons résister aux sirènes antidémocratiques qui résonnent de plus en plus fort sur notre planète.

Observer la chute d’un journal de renom, comme le Washington Post, tombé entre les mains du milliardaire de la tech Jeff Bezos, rallié à Donald Trump, nous rappelle que notre liberté est intrinsèquement liée à nos lecteurs et nos lectrices, qui nous font confiance pour les informer. Aussi sommes-nous bien décidé·es à saisir toutes les occasions d’aller, cette année encore, à leur rencontre pour échanger, de vive voix, avec elles et eux.

En 2025, nos multiples événements nous ont permis de toucher plus de 7 200 personnes. À la suite de notre tournée pour accompagner Personne n’y comprend rien, nous travaillons sur un nouveau projet de documentaire sur l’extrême droite, dont nous ambitionnons qu’il soit vu par toutes et tous avant l’élection présidentielle.

Plus que jamais, nous sommes à votre service. Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous.

Carine Fouteau

Nommée présidente et directrice de la publication de Mediapart en mars 2024.

Carine Fouteau est née en 1974. Licenciée d’histoire à l’Université Paris I, diplômée de Sciences Po Paris, titulaire d’un master de journalisme à New York University, elle est embauchée en 1999 sur le site internet des Échos et rejoint quelques mois plus tard le quotidien papier pour suivre les conditions de travail. En 2003, elle ouvre un nouveau poste consacré aux enjeux de société : laïcité, démographie et immigration. Sur son temps libre, elle écrit pour la revue culturelle, politique et sociale Vacarme.

Elle quitte les Échos à la suite du rachat du titre par le groupe LVMH et rejoint Mediapart en 2008 dès sa création pour suivre les questions migratoires. Pendant dix ans, elle enquête sur les morts aux frontières de l’Europe, les méfaits de Frontex, le durcissement continu des politiques d’accueil européenne, la torture en Libye, la fabrique de l’illégalité et les violences administratives et policières subies en France par les migrants et les demandeurs d’asile.

En mars 2018, elle succède à François Bonnet, cofondateur de Mediapart, à la direction éditoriale de Mediapart, poste qu’elle occupe aux côtés de Stéphane Alliès jusqu’à octobre 2023.

Co-auteure d’Immigrés sous contrôle (Le Cavalier bleu, 2008), avec Danièle Lochak, elle a également publié en février 2014 Roms & riverains, Une politique municipale de la race (La Fabrique), avec Éric Fassin, Serge Guichard et Aurélie Windels.

https://blogs.mediapart.fr/carine-fouteau

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