Édition du 2 juin 2026

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Médias

Qui est Sophia Huang Xueqin, la journaliste persécutée qui a contribué à déclencher le mouvement #MeToo en Chine ?

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/30/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persecutee-qui-a-contribue-a-declencher-le-mouvement-metoo-en-chine/?jetpack_skip_subscription_popup

La Chine est la plus grande geôle de professionnels de l’information au monde, avec 121 journalistes actuellement emprisonnés. L’un des cas les plus emblématiques est celui de Sophia Huang Xueqin, qui a passé près de cinq ans dans des conditions de détention extrêmement abusives ayant gravement détérioré sa santé, uniquement pour avoir enquêté sur les violences sexistes et les violations des droits humains. Pour comprendre pourquoi son histoire est si importante, Reporters sans frontières (RSF) s’est entretenue avec une amie proche de la journaliste, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité. Alors que sa date de libération approche, RSF appelle la communauté diplomatique internationale à se mobiliser pour qu’elle retrouve une liberté totale, car elle restera privée de certains droits politiques, notamment de sa liberté de circulation, et continuera à faire l’objet d’une surveillance étroite des autorités.

Figure majeure du mouvement #MeToo en Chine, Sophia Huang Xueqinest depuis longtemps ciblée par les autorités en raison de son travail journalistique. Âgée de 37 ans, elle a commencé sa carrière à l’agence de presse d’État China News Service avant de se tourner vers le journalisme indépendant, pour échapper à la censure étatique. En 2015, elle rejointle Southern Metropolis Weekly, un journal régional de la province du Guangdong réputé pour avoir révélé d’importants scandales politiques et sociaux, en tant que journaliste d’investigation.

« Pour Sophia, le journalisme n’a jamais été simplement un métier, c’était indissociable de son sens du devoir envers les personnes dont elle racontait les histoires  », se remémore son amie. En 2018, son enquête intitulée «  Une étude sur le harcèlement sexuel des femmes journalistes sur leur lieu de travail en Chine », publiée par le Guangzhou Gender and Sexuality Education Center (GSEC), a apporté des données et des témoignages précis sur les violences sexistes dans le secteur des médias. Elle a ainsi offert une tribune aux victimes et brisé le silence profondément enraciné autour de ces violences, contribuant à accélérer le mouvement #MeToo en Chine. Ses reportages ultérieurs sur le harcèlement sexuel d’une étudiante universitaire ont conduit le ministère chinois de l’Éducation à mettre en œuvre des réformes à l’échelle nationale.

Sophia a compris que son travail journalistique jouait un rôle essentiel dans le soutien aux survivantes de harcèlement sexuel. «  Elle passait de longues heures à parler avec les victimes et les intégrait dans des espaces communautaires, tels que des groupes de lecture, ou des événements, afin qu’elles puissent trouver du soutien et de la solidarité », explique son amie.

Détenue, torturée et condamnée pour avoir dit la vérité

Son travail a rapidement provoqué des représailles. Sophia a été arrêtée une première fois en octobre 2019 à Guangzhou, dans le sud du pays, et a étédétenue pendant trois mois sous l’accusation d’ «  attiser des querelles et de provoquer des troubles à l’ordre public ». La raison ? Sa couverture des manifestations à Hong Kong, dans laquelle elle dénonçait la répression violente exercée par les autorités contre les manifestants. Après trois mois de prison, elle a été libérée sous caution sans qu’aucune accusation ne soit finalement retenue.

En septembre 2021, elle a de nouveau été arrêtée par la police de Guangzhou sous l’accusation «  d’incitation à la subversion du pouvoir de l’État », aux côtés du militant syndical Wang Jiabing, depuis libéré. Cetteaccusation est liée aux réunions régulières auxquelles elle participait pour discuter des difficultés rencontrées par la société civile, ainsi qu’à son travail journalistique.

Depuis lors, elle est restée derrière les barreaux et, selon ses proches, les autorités lui ont infligé des méthodes d’interrogatoire brutales, notamment l’utilisation de la «  chaise du tigre », un dispositif de torture tristement célèbre. Elle a été placée à l’isolement pendant cinq mois sans accès à ses avocats et a subi des interrogatoires répétés, souvent au milieu de la nuit. Elle a perdu énormément de poids, aurait cessé d’avoir ses règles et souffre désormais d’une grave carence en calcium, d’hypoglycémie et d’hypotension.

Le 14 juin 2024, elle a été condamnée à cinq ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État  ». Depuis, les autorités maintiennent un secret presque total autour de sa situation – un « silence insoutenable », selon son amie. « C’est quelqu’un qui s’épanouit dans la communication et le lien humain », ajoute-t-elle. «  L’absence totale de contact nous inquiète énormément quant à son état de santé.  »

Malgré les abus incessants, Sophia n’a pas cédé. «  Elle refusait de se laisser intimider  », raconte son amie. « Lors des interrogatoires en 2019, lorsque les agents lui disaient qu’elle avait tort, elle répliquait : «  En quoi ai-je tort ? Existe-t-il une loi qui stipule cela ? » Elle débattait de justice, de liberté et même de philosophie politique avec les agents de la sécurité d’État. »

Bientôt libérée, mais toujours pas libre

« La peine de Sophia prendra fin le 18 septembre 2026, en tenant compte du temps passé en détention avant le verdict. Toutefois, elle sera privée de ses droits politiques pendant quatre années supplémentaires, notamment de sa liberté de la presse, et de sa liberté de circulation, y compris le droit de voyager à l’étranger. Et elle restera sous surveillance des autorités. Pour des personnes comme Sophia, sortir de prison ne signifie pas retrouver la liberté », explique son amie. « Cela signifie souvent passer d’une petite prison à une plus grande. »

Malgré les risques et la probabilité d’une répression continue, son amie pense qu’elle poursuivra son travail d’information et continuera à tenir le public informé. «  Connaissant la résilience, la chaleur humaine et le sens inébranlable du devoir de Sophia, je crois qu’elle trouvera un moyen de continuer, quelle qu’en soit la forme. Elle a déjà montré, à maintes reprises, qu’on ne peut pas la réduire au silence. »

« Malgré une persécution continue, Sophia Huang Xueqin incarne l’esprit du journalisme en transformant les injustices dont elle a été témoin en récits capables de provoquer un véritable changement. Son cas se distingue par son incroyable capacité à dire la vérité au pouvoir, mais il s’inscrit aussi dans une tendance terrible : le Parti communiste chinois cherche systématiquement à réduire au silence des journalistes sérieux et dignes de confiance parce qu’à l’origine de révélations sur les aspects les plus sombres de la société chinoise. Nous appelons la communauté diplomatique internationale à rester vigilante quant à la situation de Sophia Huang Xueqin et à maintenir sa sécurité au premier plan dans les relations avec Pékin, afin d’envoyer un message clair : museler brutalement les journalistes a des conséquences. Elle doit retrouver sa pleine liberté à l’issue de cette condamnation injuste. »Aleksandra Bielakowska Responsable du plaidoyer du bureau Asie-Pacifique de RSF

La répression massive contre la presse chinoise

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le dirigeant chinois Xi Jinping mène une croisade contre le journalisme, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières du pays, comme détaillé dans le rapport de RSF intitulé «  Le grand bond en arrière du journalisme en Chine  » paru en 2021. RSF surveille également les efforts du régime visant à imposer le nouvel ordre mondial chinois dans l’espace informationnel international à travers son projet Propaganda Monitor.

La Chine est la plus grande prison du monde pour les journalistes, avec 121 détenus actuellement, et occupe le 178e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.

https://rsf.org/fr/qui-est-sophia-huang-xueqin-la-journaliste-persécutée-qui-contribué-à-déclencher-le-mouvement-metoo

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