Édition du 3 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Déclaration d’Oaxtepec – Moctezuma Xocoyotzin

Mexique : Déclaration finale du 8e Congrès continental de la CLOC–Via Campesina

Les organisations membres de la Coordination Latino-américaine des Organisations Paysannes (CLOC), courant continental de La Vía Campesina (LVC), plus de 400 délégué·es, originaires de vingt-et-un pays d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que de six pays d’Amérique du Nord, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, nous nous sommes réuni·es à Oaxtepec, lieu où le grand dirigeant des Peuples de l’Anáhuac, Moctezuma Xocoyotzin, avait coutume de se rendre pour réfléchir aux problématiques de son époque.

22 février 2026 | tiré du site en les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/22/mexique-declaration-finale-du-8e-congres-continental-de-la-cloc-via-campesina/#more-102569

En renouant avec cet héritage, du 2 au 9 décembre 2025, nous avons tenu notre 8e Congrès continental de la CLOC–VC, afin de réfléchir aux défis, menaces et préoccupations auxquels sont confrontés nos peuples aujourd’hui, dans la recherche d’initiatives, d’actions, d’articulations et de propositions capables de doter nos peuples et nos organisations des outils et des solutions nécessaires pour poursuivre le chemin vers la souveraineté alimentaire et la transformation systémique pour un nouveau monde de justice, de paix et pour la vie de tous les êtres et de la Terre mère. Ce processus a débuté par une cérémonie autochtone réalisée par le groupe Tlahuikayotl, que nous remercions profondément pour nous avoir transmis les énergies de nos ancêtres.

Notre 8e Congrès continental s’est renforcé avec l’intégration officielle de quatre importantes organisations paysannes et autochtones du Mexique. Nous souhaitons ainsi la bienvenue à la CIOAC-JDLD, à l’UFIC, au MST et à la CNPA, qui rejoignent la CLOC–VIA CAMPESINA dans la région mésoaméricaine. Nous leur adressons notre reconnaissance et nos remerciements pour tout le travail accompli, pour l’acte organisé en hommage à notre général Emiliano Zapata et pour les alliances établies avec le gouvernement de la Quatrième Transformation qui ont rendu possible notre événement. Nous saluons également l’intégration de six importantes organisations paysannes et autochtones d’Amérique du Sud.

Cette Déclaration est le fruit d’un processus collectif, construite à partir de plusieurs mois de réflexion au sein de nos organisations, des réflexions de nos Assemblées des Diversités, des Jeunesses, des Femmes, ainsi que des journées de réflexion de notre 8e Congrès continental. Lors de ce Congrès, le rôle des Peuples originaires et des Communautés noires et quilombolas a également été reconnu, pour l’héritage historique qu’ils apportent à nos organisations.

La CLOC–Via Campesina affirme que le système alimentaire industriel est l’un des principaux responsables de la crise écologique mondiale et multidimensionnelle ; on estime qu’entre 44% et 57% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la chaîne alimentaire industrielle ; l’agro-industrie n’alimente que 30% de la population mondiale tout en accaparant 75% des ressources agricoles disponibles ; la chaîne alimentaire industrielle favorise en outre la consommation de produits transformés au détriment des aliments frais et locaux. Celleux qui subissent le plus durement ses conséquences sont les paysan·nes, les Peuples originaires et les communautés noires, qui résistent à des sécheresses de plus en plus prolongées, à des inondations dévastatrices et à la perte de cultures mettant en danger la vie dans nos territoires.

Sœurs et frères, camarades, nous arrivons à ce 8e Congrès au cœur de crises globales structurelles qui frappent l’humanité et la nature : la crise climatique qui dévaste les territoires ; la crise alimentaire provoquée par le système agroalimentaire corporatif et l’agro-industrie ; la crise démocratique causée par l’avancée du fascisme, du racisme et du patriarcat ; et la crise économique, produit d’un modèle capitaliste qui concentre les richesses entre quelques mains, expulse nos peuples des campagnes et pille les biens communs de la vie.

À ces crises s’ajoute la nouvelle offensive de l’impérialisme nord-américain, qui cherche à recoloniser de vastes régions du monde, en particulier dans notre Amérique. Nous observons avec une immense inquiétude la menace que représente le retour de Donald Trump, qui a déclaré son intention de restaurer la doctrine Monroe, de déclarer la guerre aux Peuples d’Abya Yala et de transformer l’Amérique latine, et en particulier les Caraïbes, en un territoire soumis à un harcèlement militaire permanent. Le déploiement de flottes de guerre dans les Caraïbes vise à faciliter une intervention contre le Venezuela, mettant en péril la paix régionale dans le but de s’approprier le pétrole et les biens communs d’un peuple souverain.

Cette agression ne se limite pas au Venezuela : elle constitue un message adressé à toute la région, une tentative de démanteler tout projet populaire qui conteste le pouvoir et défend son territoire, comme c’est actuellement le cas dans ce grand pays qui nous a accueillis sur ses terres ancestrales. C’est pourquoi nous exprimons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement du Mexique face aux actions belliqueuses qui cherchent à le déstabiliser et à freiner les avancées historiques obtenues jusqu’à présent en faveur du peuple.

Dans ce contexte, cette Déclaration s’érige comme une boussole politique commune pour nos mouvements ; elle dénonce les systèmes du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme qui nourrissent la faim, la guerre et l’effondrement écologique ; elle guide les luttes pour la souveraineté alimentaire, la justice climatique et de genre, ainsi que les droits des peuples, à travers :

Le renforcement de notre capacité de confrontation, d’incidence, d’unité, de mobilisation et de lutte, à travers :

* La souveraineté alimentaire, l’agroécologie, la réforme agraire populaire et la défense des communs fondements du projet politique des paysan·nes, des Peuples originaires, des communautés noires et des diversités.

* La construction de réseaux de protection, de dénonciation et de solidarité continentale pour faire face à la militarisation et à la criminalisation.

* Le renforcement des espaces tels que la CELAC, l’ALBA, la FAO, la Journée continentale pour la démocratie et contre le néolibéralisme, ainsi que les parlements et gouvernements progressistes, afin de disputer les politiques publiques et l’intégration régionale.

* La construction d’un récit continental qui affronte le discours dominant de l’agro-industrie, défende les peuples de la terre et mette en évidence le rôle stratégique du paysannat, des Peuples originaires et des communautés noires face à la crise civilisationnelle.

* L’impulsion de l’Agenda d’Action Politique Commune, en articulation avec d’autres mouvements et plateformes globales présentes en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui luttent pour la justice climatique, l’économie sociale et solidaire, la santé des peuples et pour des alliances populaires avec d’autres organisations de travailleuses et travailleurs des campagnes et des villes.

De la même manière, nous nous engageons à œuvrer pour :

* L’élargissement de la participation et le renouvellement de la militance.

* Le renforcement de l’organicité continentale.

* La consolidation de la coordination continentale.

* L’élargissement et l’approfondissement de la Campagne Stoppons les violences faites aux femmes

* La construction politique et programmatique ainsi que la formation politique et idéologique.

* La durabilité politique, financière et solidaire.

* La réalisation d’actions et de journées de lutte unifiées.

* La communication et la bataille des récits.*L’impulsion de l’unité dans la diversité.

* Le renforcement de l’incidence dans les espaces multilatéraux de confrontation des politiques publiques, auprès des organismes internationaux et des gouvernements progressistes.

La CLOC réaffirme avec force que l’Amérique latine et les Caraïbes sont et doivent continuer d’être des territoires de paix. C’est pourquoi le 8e Congrès appelle toutes les organisations du champ ainsi que nos alliées et alliés à renforcer l’unité continentale et à construire un agenda stratégique de lutte.

Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire face aux crises globales, avancer vers la souveraineté alimentaire, le féminisme paysan et populaire, récupérer les savoirs ancestraux de nos Peuples originaires et défendre la vie face à celleux qui cherchent à la marchandiser.

Sœurs, frères, ami·es et camarades :
Face aux crises globales, nous construisons la souveraineté alimentaire !
Contre l’impérialisme et le fascisme, l’Amérique continue la lutte !

Vive la CLOC–Via Campesina !
Vive l’unité continentale !
Zapata vit, la lutte continue !
Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir !

Mexique, 9 décembre 2025
Cette publication est également disponible en Español.
https://viacampesina.org/fr/declaration-finale-du-8e-congres-continental-de-la-cloc-via-campesina/

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