Édition du 20 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

PSPP à la tête du PQ ou la poursuite du déclin comme perspective

Le 9 octobre dernier, les militant-e-s du Parti québécois ont élu Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) comme le nouveau chef de la formation politique. Celui qui avait été le favori durant une bonne partie de la course et qui était soutenu par une bonne majorité de la députation péquiste, Sylvain Gaudreault, a été devancé par PSPP dès le premier tour. Sylvain Gaudreault s’était présenté comme le candidat de la continuité. Mais comme cette dernière s’était caractérisée depuis plus de deux décennies, comme celle du déclin quasi continu et de la multiplication des défaites, cette perspective n’était guère attirante et la nécessité d’un renouveau était beaucoup plus porteuse. C’est en s’appuyant sur la mobilisation du secteur jeune de la militance du Parti québécois que PSPP a réussi à arracher la victoire.

La victoire de PSPP, confirmation de la victoire du nationalisme identitaire au sein du PQ

Cette victoire a été celle de la droite nationaliste et identitaire contre un courant social-démocrate, écologiste et ouvert à reconnaître le pluralisme de la société québécoise que représentait le député de Jonquière. PSPP a, en effet, pu compter pour cette victoire sur le ralliement des partisans de Frédéric Bastien qui s’était rangé clairement à droite en faisant la promotion d’un nationalisme identitaire, la défense de la loi 21 sur la laïcité et de la baisse la plus résolue des seuils d’immigration. Pas étonnant que PSPP ait présenté sa démarche comme la renaissance d’une coalition des indépendantistes de gauche comme de droite.

La seule leçon tirée par les différents candidats des reports constants des référendums sur la souveraineté, depuis 1995, comme la voie incontournable pour accéder au pouvoir, c’est qu’il était maintenant nécessaire d’affirmer une réelle rupture avec ce provincialisme et de placer au centre du discours du Parti québécois son option indépendantiste avant, pendant et après les élections.

Alors que la victoire du PQ à l’élection de 2022 est plus qu’improbable, cet engagement n’est pas tellement lourd à porter. Il sera toujours temps de rajuster le tir. Les député-e-s formant l’aile parlementaire auront un poids déterminant en cette matière si des sondages devaient démontrer que cette position pourrait constituer un obstacle significatif à leur réélection. D’ailleurs l’objectif inavoué, et qui pourrait permettre à PSPP de rester en selle, serait de permettre au PQ de retrouver le statut de deuxième opposition devant Québec solidaire.

Cette course à la chefferie n’a permis de clarifier aucune des questions fondamentales à la source du déclin du Parti québécois

Si PSPP parle de recréer le PQ comme une large coalition, c’est que ce parti n’est plus la large coalition des indépendantistes et cela depuis longtemps. Il a connu une rupture sur la gauche suite au ralliement de la direction péquiste au traité de libre-échange, à la poursuite du déficit zéro et à des politiques de coupes sombres dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il a ainsi permis la décomposition du bloc social qui avait fait sa force en prenant ses distances vis-à-vis le mouvement syndical et des différents mouvements sociaux Il a perdu l’appui de nombre d’indépendantistes par le refus de faire de l’indépendance l’enjeu des différentes élections qui ont suivi la défaite de 1995. Des député-e-s indépendantistes ont quitté ses rangs sur cette question. Un nouveau parti indépendantiste, Option nationale, a été formé pour protester contre la démission du Parti québécois face à la lutte pour l’indépendance. PSPP n’a pas un mot à dire sur la formation de Québec solidaire, parti indépendantiste, féministe et écologiste qui est parvenu à lui arracher son statut de deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale.

PSPP n’a pas un mot a dire sur la rupture de François Legault avec le PQ et la formation d’un parti, la Coaltion Avenir Québec, qui défend un nationalisme identitaire tout en se satisfaisant du fédéralisme canadien. PSPP s’est d’ailleurs rapproché durant cette dernière course à la chefferie de ce type nationalisme qui s’est toujours renforcé sur le terrain des défaites de la lutte indépendantiste.

Des propositions qui relèvent plus de la stratégie de communication que d’une véritable mobilisation populaire

Sur son site de campagne, PSPP présente 9 propositions [1] qui relèvent plus de la posture politique que de d’analyses et de perspectives claires.
« La seule manière pour le PQ de reprendre le pouvoir, c’est de réhabiliter la légitimité et l’idée d’indépendance. Cela implique d’en parler sans détour, avec fierté, franchise et humilité. [2]. C’est la traduction du vieux slogan péquiste – sortir, parler et convaincre – qui a démontré son inefficacité qui sépare l’indépendance d’un projet de société réellement alternatif. « C’est à nous,écrit-il, de laisser un projet emballant qui repose sur un constat lucide de notre situation dans la fédération canadienne. » [3] Comme recueil de mots vides, on ne peut guère faire mieux.

Comme plan de match économique pour l’indépendance, ce n’est guère mieux. Le nouveau chef nous parle de « trouver le goût de l’aventure collective et d’un projet de société qui nous rassemble tous. Pour cela, écrit-il, l’objectif final est de mettre fin à la culture du mensonge du camp du NON. Il promet même de commander un nouveau budget de l’an 1 d’un Québec indépendant basé sur les travaux de François Legault et de lancer un incubateur de recherche à la permanence du PQ. Voilà ce qu’il prétend être un « plan de match solide pour remobiliser et réhabiliter l’idée d’indépendance ».

Il ne peut passer à côté de la question de l’environnement. L’analyse de la crise environnementale et du réchauffement climatique est complètement escamotée. Sa préoccupation, qui n’est pas négligeable, mais qui est un rapetissement extraordinaire de l’ampleur du problème, est de « refuser l’ordre fédéral qui nous empêche d’agir en matière d’environnement ». Il ne semble pas se souvenir du projet du gouvernement Marois d’exploiter le pétrole dans le Golfe Saint-Laurent et sur l’île d’Anticosti. Il y a bien sûr des propositions qui méritent d’être soutenues comme celle prévoyant une offensive réglementaire contre tout projet de transport de pétrole sur le territoire québécois ou l’objectif de réduire les émissions de GES de 70% pour 2030… En fait, les solutions concrètes sont rares. Car l’important « c’est de convaincre la population de s’intéresser à la question environnementale assez pour qu’elle vote en fonction de ces questions fondamentales pour notre avenir ».(!)

Ses propositions en matière d’immigration s’inscrivent dans une logique de la forteresse assiégée et des dangers que constitueraient les migrant-e-s pour l’avenir de la nation. Il faut donc, pour lui, diminuer les seuils d’immigration et faire d’une immigration économique maîtrisant le français à 100% un objectif vital. Car pour PSPP, le principal danger pour la langue française, c’est l’immigration. Pas étonnant qu’il ne dise pas un mot sur une politique d’accueil des réfugié-e-s. Plus encore, PSPP peut bien affirmer qu’il se montrera « intraitable dans la lutte contre la discrimination », il s’avère incapable d’aller beaucoup plus loin que François Legault et se refuse de parler de racisme systémique à l’encontre des autochtones du Québec sans parler des autres minorités ethnoculturelles.

Sur la défense du français, les rapports avec les nations autochtones, le droit des femmes, des propositions concrètes sont mises de l’avant, dont certaines méritent d’être discutées, malgré le caractère top – down de la façon dont leur mise en place est envisagée.

Mais le tout relève d’une logique étroitement nationaliste. Aucune allusion n’est faite à la crise économique et sociale qui frappe tous les pays développés et qui reflète les impasses du capitalisme mondial. Rien n’est dit sur la hausse des inégalités et sur le refus des classes dirigeantes de payer leur part d’impôt. Rien n’est dit sur les fragilités de la société québécoise face à la pandémie du Coronavirus et les résultats désastreux des politiques d’austérité en matière de santé et de lutte à la pauvreté. Rien n’est dit sur la nécessité d’un projet de société égalitaire, qui refuse une logique de croissance infinie dans un monde fini et où les salarié-e-s ont leur mot à dire sur la planification de la production et de la consommation. Rien n’est dit surtout sur la place et le rôle des mouvements sociaux dans la construction d’une telle société et d’un Québec indépendant.

En fait, c’est le vieux discours péquiste qui nous est rabâché, un discours qui reste à la surface des problèmes, qui refuse de voir l’ampleur et la profondeur des enjeux qui sont devant la majorité populaire et d’identifier les solidarités qu’il faudra construire si on veut réellement parvenir à changer les règles du jeu et à définir un avenir alternatif.

PSPP et son parti refusent de définir un projet réellement en rupture avec celui des élites nationalistes. Ce parti s’avère incapable de se donner les moyens de ses fins. Ce parti oublie l’essentiel : l’indépendance ne pourra passer que par les luttes de la majorité populaire contre l’oppression, les injustices et les discriminations. C’est pourquoi l’approfondissement de son déclin semble la perspective la plus probable.


[2Proposition 1- Une consultation populaire sur l’indépendance dans un premier mandat

[3idem

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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