Édition du 15 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Paris 14 décembre : succès du Forum international contre l'islamophobie

Le forum contre l’islamophobie était génial. Merci à tous ceux et celles qui l’ont préparé. Voici mon compte rendu tout à fait subjectif et partial :=)

300 personnes au moins étaient présentes. Beaucoup de femmes, voilées et pas. Pas mal de jeunes, des militants syndicaux, antiracistes ou des organisations de gauche (même si pour les militants de gauche, on avait l’impression que c’était les mêmes que je vois à chaque fois. Chacun, dans nos organisations, on a peu réussi à amener d’autres. La question reste paralysante ou pas prioritaire pour la quasi-totalité de la gauche organisée).

L’évènement a eu lieu à la Bourse de Travail de Paris, un beau rappel du fait que le mouvement syndical a intérêt à en finir avec l’islamophobie qui nous divise (même si une bonne partie du mouvement n’est pas consciente de cet intérêt).

La matinée a commencé par une pleinière dont le titre était "états des lieux de la réflexion et la recherche sur l’islamophobie. Des intellectuels, journalistes, et d’autres, venus de la France, la Belgique, l’Angleterre et d’ailleurs.

Nacira Guénif , sociologue, intervient en premier.
Elle commence en regrettant qu’il n’y ait pas davantage de femmes à la tribune.

Pour la pleinière du matin deux femmes et sept hommes se trouvent à la tribune

Pour l’atelier 1, neuf femmes et quatre hommes

Pour l’atelier 2 deux femmes et six hommes je crois

Pour l’atelier 3 quatre femmes et sept hommes, je crois

Pour l’atelier 4 neuf hommes et deux femmes, je crois

Pour la pleinière de la fin : trois hommes et deux femmes

Elle analyse le discours universitaire et journalistique sur l’islam. Orientalisme et islamophobie sont présents chez les journalistes mais aussi à l’université. Elle parle aussi de discriminations pratiques. Parfois des secrétariats universitaires ont interdit l’inscription à des femmes qui portent le foulard, et ont été soutenus par des profs. Il est extrêmement difficile d’obtenir une allocation doctorale si on porte un voile. Ou si on propose un sujet de thèse sur l’islam. L’universalisme "bienveillant" ignore ses propres blocages et ses propres aveuglements.

En deuxième, Abdellali Hajjat, sociologue à Paris X, intervient. A l’université, il y a de l’islamophobie mais c’est une espace où on a le droit d’en parler. On a pu organiser des colloques sur l’islamophobie. En France on doit déjà faire accepter le fait que l’islamophobie existe. Les universitaires ont souvent davantage de légitimité que les militants. Pourtant on nous traite de naïfs, voire de manipulés quand on travaille sur l’islam.

L’éditorial du monde en septembre dernier et un dessin célèbre de Plantu ont alimenté l’islamophobie, comme si souvent, mais il a été possible dans les semaines suivantes de faire apparaître dans le même journal trois articles de sociologues et de politologues qui expliquaient la réalité de l’islamophobie. Dans les milieux journalistiques et en France en général, il y a énormément de gens hésitants sur cette question. Nous avons du travail devant nous.

Ensuite, Henri Goldman de Belgique intervient. Il souligne que la France est un cas unique en Europe en ce qui concerne l’islamophobie. La puissance de l’assimilationisme en France est exceptionnelle. Reconnaître des minorités (bretonnes ou autres) est presque impossible pour l’etat français.
Dans la plupart des pays, l’islamophobie vient de la droite, mais en France également de la gauche.

Dans les provinces francophones de la Belgique, on retrouve parfois " la laïcité à la française".

Il est à noter qu’aucun autre pays a suivi l’exemple de la France sur la loi anti foulard de 2004.

En Belgique dans les universités la laïcité "à la française" est très minoritaire. Il y a pourtant une campagne pour empêcher les fonctionnaires de porter un foulard. La majorité des lycées interdisent le foulard mais il n’y a pas de loi, seulement des décisions décentralisées.

Tous les partis de gauche ou du centre en Belgique ont quelques élues qui portent le foulard. Beaucoup de portes sont encore ouvertes.

Richard Seymour, un journaliste anglais, nous parle en anglais de l’islamophobie. Il souligne que le racisme est différent à chaque époque, et qu’on ne doit pas trop chercher les similitudes avec d’autres époques.

Aujourd’hui l’élite espère que la perte d’un sentiment de sécurité sociale à cause des politiques néolibérales sera compensée par la remise en place d’une identité basée sur une homogénéité culturelle exclusive. Cette identité se construit, entre autres, contre les musulmans.

N’oublions pas que la lutte contre le racisme ne se réduit ni à la lutte contre l’extrême droite ni à la lutte contre l’austérité.

R. Grosfoguel présente la première page du Monde de ce weekend : "une France tolérante, mais crispée sur l’islam". L’article explique que la France est de moins en moins raciste mais de plus en plus islamophobe ! Comme si l’islamophobie n’était pas une forme de racisme !

Grosfoguel remonte à la discrimination religieuse historique du moment quand l’Espagne chrétienne a reconquis le sud de l’Espagne, et a brûlé la bibliothèque de Cordoue, la bibliothèque de loin la plus grande de l’Europe. Il explique que le racisme basé sur des différences religieuses est plus ancien même que le racisme basé sur la couleur de la peau.

La dernière intervention de la matinée est celle de Tariq Ramadan.

Il parle de l’importance de suivre les analyses produites dans d’autres pays sur l’islamophobie. Les chercheurs au Brésil au Canada et en Turquie sont très intéressants. 

D’autre part il a préconisé la nécessité d’une définition claire de l’islamophobie, qui sorte de la position victimaire. Cette définition devrait intégrer 7 dimensions qu’il faut croiser, et qui montre que l’islamophobie ce n’est pas juste le racisme :
 
1) le niveau du "choc des civilisations". Quand Aznar, ancien président espagnol, dit qu’il y a une seule civilisation, que tout le reste ce sont des barbares...
 
2) la question des migrants, qui entraîne des débats sur "l’identité nationale" (cf les roms, les musulmans)
 
3) le racisme structurel, institutionnel (par exemple l’école)
 
4) la connaissance, l’idéologie : comment on présente l’islam à l’école par exemple. Besoin de réintégrer la mémoire, l’histoire
 
5) comment on définit l’islam : amalgame avec l’islam politique, présenté comme "dangereux", des terroristes etc... Diffuser un sentiment de peur par des "spécialistes". Il ne faut pas qu’on laisse imposer une définition de l’islam conçu par des adversaires
 
6) Israël, car on voit que certains islamophobes très influents ont des liens directs avec Israël
 
7) le jeu des médias. L’aspect financier de faire ce genre de com à sensations. Ils font de l’argent là-dessus. Surtout quand la parole des anti islamophobes n’est pas encore médiatisée

Il parle enfin du besoin de combattre l’invisibilité en prenant toute notre place dans la société.

S’est ensuivi plusieurs interventions de la salle. La majorité des interventions venait de femmes, la décision ayant été prise de privilégier des interventions féminines, puisque la tribune comportait si peu de femmes.

Le premier intervenant a proposé une minute de silence en souvenir de Nelson Mandela.

Je suis intervenu pour souligner l’importance de gagner des organisations de la gauche au combat contre l’islamophobie. Il y a eu pas mal de militants de gauche impliqués dans la préparation de ce forum, mais presque toujours ils et elles sont minoritaires au sein de leurs organisations. Aucune organisation politique en tant que telle prend au sérieux ce combat. Mais dans chaque pays où il y a eu un mouvement puissant contre l’islamophobie les militants de la gauche ont été très impliqués. La gauche a intérêt à éradiquer l’islamophobie qui divise notre classe. Les militants de gauche radicale, lorsqu’ils sont islamophobes, sont pires que les gens de droite. Mais ils agissent contre les intérêts de leur propre mouvement.

L’après midi a été consacré à quatre ateliers :

Atelier 1

Comment lutter contre l’instrumentalisation du féminisme et de la laïcité ?
Introduction : Ismahane Chouder (PSM-CFPE) et Ndella Paye (MTE), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue, Islam&Laïcité), Jean Baubérot (sociologue, CNRS-EPHE), Anissa Fathi (MTE), Monique Lellouche (MRAP-XIXe –XX arr).

En présence de : Joël Roman (Islam&Laïcité), Anissa Fathi (MTE), Henri Goldman, Michèle Sibony (UJFP), Mayanthi Fernando (maître de conférences)

Atelier 2

Réponses locales aux agressions islamophobes ?

Introduction : Saïd Bouamama (FUIQP), Omar Slaouti / Hamid Mansouri/ Mustapha Mansouri/ et Abdelkarim Aichi (Collecti f Argenteuil-Bezons), Mohamed Kamli (collectif de Trappes).

En présence de : Zakia Meziani (Ardlfm), Samy Debah (CCIF), Rachid Zrioui (MTE), Ali Fenjiro (AFD)

Atelier 3

La loi, instrument de domination ou moyen d’action au service des victimes d’islamophobie ?

Introduction : Alima Boumediene (Collectif Argenteuil-Bezons), Mahmoud Bourassi (CMF), Marwan Muhammad (CCIF).

En présence de : Stephen Suffern et Henri Braun (avocats), Zakia Khattabi (sénatrice, Verts–Belgique), Gus Massiah (Att ac), Fayçal Megherbi (Président Mrap Aubervilliers), René Monzat (spécialiste de l’extrême droite), Hati m Achikhan (AFD)

Atelier 4

Comment répondre à l’islamophobie d’en haut (Médias, Institutions, Responsables Politiques) ?

Introduction : Marwan Mohammed (CNRS), Thomas Deltombe (éditeur), Sébastien Fontenelle (journaliste), Ab- dellali Hajjat (Université Paris-X), Alain Gresh (journaliste), Houria Bouteldja (PIR).

En présence de : Said Branine (Oumma), Abdelkrim Branine (Beur FM), Pierre Tartakowsky (Président de la LDH), Gilles Manceron (LDH)

Et pour couronner la journée, une table ronde

Contre l’islamophobie, que faire ?
Ndella Paye, Said Bouamama, Marwan Muhammad, Houria Bouteldja et Alain Gresh

On a commencé la pleinière avec la projection d’un court film : les témoignages de femmes musulmanes victimes de graves agressions à Argenteuil cette année.

Ensuite, l’avocat de la salariée licenciée de la crèche Babyloup a témoigné de leur expérience.

Des questions de loi et de jurisprudence.

Et nous avons écouté un rapporteur ou une rapporteuse de chacun des quatre ateliers (mais pas dans l’ordre)

Atelier 1 sur l’instrumentalisation du féminisme et de la laïcité ;

C’est Ndella qui a fait le compte rendu.

Il faut répondre aux arguments spécieux des laïcards qui utilisent le féminisme. Par exemple, la charte affichée récemment dans toutes les écoles de France dit que la laïcité a comme objectif de garantir l’égalitéû attendre quarante ans après la loi sur la laïcité votée en 1905 pour avoir même le droit de vote en France !

Il ne faut pas réfléchir seulement aux aggressions venues de l’extrême droite. Il faut exiger un bilan de la loi de 2004. De très nombreuses jeunes femmes, qui sont contraintes à enlever leur foulard à la porte de l’école, le vivent comme une humiliation et une souffrance. Tout récemment une lycéenne m’a dit qu’elle voulait se mettre à porter le foulard puisqu’elle voyait une copine qui devait l’enlever à la porte de l’école, et elle voyait qu’on se moquait de sa copine. Elle voulait porter le foulard jusq’à la porte de l’école pour que sa copine ne souffre pas les moqueries toute seule.

Il y a bien d’autre arguments que nous devons mettre en avant. On a toujours dit que c’est à chaque femme de décider si elle met un foulard ou non. Mais dans les cas où ce sont les parents qui ont décidé pour la fille, pourquoi doit-on être choqué ? Tous les parents font des règles concenrant les vêtements de leurs enfants. D’ailleurs c’est un droit pour les parents de le faire, mais quand il s’agit de musulmans, et uniquement dans ce cas là, les parents sont dénoncés.

L’atelier 2 sur les réponses locales aux agressions islamophobes

A constaté que depuis deux mois et demi il y a eu 300 appels au ccif pour des cas d’islamophobie, (et bien sûr la grande majorité des discriminées ne pensent pas à appeler). 80% de ces appels viennent de femmes.

A constaté les pressions sur les victimes pour se taire, y compris de la part de la mairie.

A souligné que les lois discriminatoires encouragent les discriminations illégales

Il a été dit qu’il ne faut pas sous-estimer les différences entre les pays, ni chercher "la" solution unique.

Il faut conscientiser, rendre visible, se faire entendre.

Il faudrait aussi un rendez vous national sur cette question.

Enfin et surtout il a été constaté qu’il existe des résistances à l’islamophobie, de formes très variées et qu’il faut les faire connaître extrêmement largement. De très nombreux musulmans et musulmanes discriminées seraient encouragés de connaître les résistances qui existent.

Atelier 3 sur le droit

La loi peut être mobilisée au service des victimes, mais peut agir pour les dominer.

Que faut-il faire : Il faut créer du contentieux : il faut porter plainte à chaque fois.

Il faut politiser des cas emblématiques tels que la crèche Babyloup ou les mamans interdites de sorties scolaires.

Nous devons aussi insister que soit tiré le bilan des lois de 2004 et 2010, et exiger l’abrogation.

Aujourd’hui la lutte est difficile mais nous avons beaucoup plus de capacités qu’il y a dix ans.

Atelier 4

Quel rapport entre la lutte contre l’islamophobie et la lutte contre le racisme en général ?

Quelles spécificités ? Certains pensaient qu’il fallait améliorer l’image de l’islam, d’autres trouvaient que c’était là un piège à éviter. Certains pensaient que la priorité était de lancer une campagne pour l’abrogation de la loi de 2004 ; d’autres pensaient que, d’un point de vue tactique, il fallait choisir des objectifs capables de rassemble un front de lutte plus large.
 
Pour terminer la journée, c’est Houria qui est intervenu. Elle a annoncé une initiative, soutenue par la majorité des organisations présentes pour un rendezvous national pour marquer les dix ans de la loi de 2004 qui a interdit le foulard à l’école. Le mot d’ordre sera l’abrogation de cette loi raciste.

John Mullen

Blogueur anticapitaliste basé à MOntreuil (France)

http://johnmullenagen.blogspot.fr/

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