Édition du 7 avril 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Négociations du secteur public

Quand l’austérité ne passe pas…

Le blogue des porte-paroles

Ouf …. Ce que l’on pourra dire de l’automne de 2015 ? Bien que certaines personnes vous diront qu’il s’agissait d’un automne étourdissant ou décevant à certains égards, j’en garde personnellement un goût de mobilisation historique. Historique, de par la mobilisation syndicale dans les négociations des conventions collectives des employé-e-s de l’État, que ce soit avec le Front commun, la FAE, la FIQ ou le SPGQ. Historique, de par la mobilisation du mouvement communautaire et ses jours de grèves et ses actions d’éclats, entre autre, dans la région de Québec. Ajoutons à cela la mobilisation de mouvements citoyens pour la défense des écoles publiques ou les parents mobilisé-e-s dans leurs CPE ou encore les étudiant-e-s solidaires et on obtient quoi ? Voilà… une mobilisation historique !

Pas surprenant que l’on ait pu assister à un ras-le-bol populaire aussi intense. Avec l’ensemble des mesures d’austérité mises de l’avant par le gouvernement en place, les impacts, dont l’appauvrissement et la détérioration de nos services publics et programmes sociaux se font de plus en plus sentir. Pour les travailleurs et travailleuses de l’État, dont une majorité sont des femmes, se sont les conditions de travail qui ont été affectées directement par l’ensemble des compressions effectuées. Pour l’ensemble de la population, c’est le filet social qui se détériore : compromission de l’accès et de la qualité des soins de santé, même scénario pour l’éducation, les centres de la petite enfance… Et que dire du sous-financement chronique des organismes communautaires qui travaillent au quotidien avec des personnes qui essuient les contrecoups de l’austérité. Pensons simplement aux personnes assistées sociales contre qui le gouvernement s’acharne encore et menace maintenant de remettre à l’ordre du jour certaines « obligations » sans quoi les chèques s’en trouveraient réduits.

Il n’y a pas de doute : nous sommes face à un gouvernement qui s’acharne sur les plus pauvres et sur les femmes. Parce que les emplois dans la fonction publique sont à majorité des emplois occupés par celles-ci, tout comme pour les emplois dans le communautaire. Parce que les femmes sont les plus nombreuses (encore !) à se retrouver dans une situation de pauvreté, à être responsables des tâches liées à la famille, à être proches aidantes. Et quand l’État ne répond plus, ce seront elles qui devront pallier à la tâche. Il n’y a pas de doute non plus : nous sommes face à un gouvernement qui pourrait prendre d’autres décisions. Pensons simplement aux milliards trouvés pour Bombardier, aux milliards de profits des banques effectués chaque année qui ne sont plus taxés avec l’abolition de la taxe sur le capital. Face à toute cette mascarade austère, quel autre choix avons-nous que la mobilisation ?
Grève des salarié.e.s de l’État

Cet automne, les 550 000 syndiqué-e-s du secteur public ont exprimé haut et fort leur indignation et leur refus d’accepter les offres méprisantes du gouvernement quant à leurs conditions de travail et salariales dans le cadre du renouvellement de leur convention collective. Pas surprenant ! L’offre du gouvernement ne comportait que des reculs : 3% d’augmentation de salaire sur 5 ans (incluant 2 années de gel salarial), report de l’âge de la retraite à 62 ans avec accroissement des pénalités actuarielles de 4 à 7.5% pour ceux et celles désirant quitter plus tôt, baisse des droits syndicaux, augmentation du nombre d’élèves par classe, abolition des primes de soins critiques pour les infirmières et j’en passe…

À cela s’ajoutent les restructurations majeures dans le système de santé avec la création des CISSS et les abolitions de postes qui s’en sont suivies ainsi que les coupures budgétaires massives imposées en santé et en éducation. Comment arriver à garantir la qualité et l’accessibilité des services publics dans ce contexte ? C’est également pour la défense de nos services publics que les employé-e-s de l’État ont voté massivement en faveur de la grève et qu’on a assisté à une participation sans précédent des syndiqué-e-s sur les lignes de piquetage.

La forte mobilisation ainsi que l’appui de la population aux revendications des salarié-e-s de l’État ont forcé le gouvernement à reculer sur son offre initiale. Au cours des dernières semaines, on a appris que des ententes de principe avaient été signées par les directions syndicales du Front commun au niveau intersectoriel (salaire, retraite) et pour la majorité des secteurs d’emploi au niveau sectoriel.

La bataille n’est pas encore terminée ! Les syndiqué-e-s ne se sont pas encore prononcé-e-s sur ces ententes. Les assemblées générales se tiendront pour la plupart en janvier. Il n’y a pas de quoi se réjouir. La nouvelle offre gouvernementale représente au mieux le statu quo et dans certains cas, de minimes bonifications. Mais dans l’ensemble, elle comporte encore des reculs importants. Au niveau intersectoriel, des montants forfaitaires de 500$ et 250$ seraient versés pour 2015 et 2019. Ensuite, des augmentations salariales de 1.5% pour 2016, 1.75% pour 2017 et de 2% pour 2018 sont proposées. À cela s’ajoute l’application de la relativité salariale en 2019 (exercice qui devrait permettre un reclassement des différentes catégories d’emploi et de revoir les échelles salariales afin de réduire les disparités), qui devrait constituer une hausse de la masse salariale d’environ 2%. Alors que le gouvernement parle d’une hausse de 9% sur 5 ans, les syndiqué-e-s parlent plutôt d’une hausse de 7.5%. Les montants forfaitaires ne s’ajoutent pas à l’échelle salariale et ont été auto-financés par les journées de grève. De plus, le règlement sur la relativité salariale s’inscrit dans le processus d’équité salariale et de ce fait, ne devrait pas être pris en compte dans l’offre salariale actuelle. Les conditions salariales se détériorent depuis 35 ans dans le secteur public et cela n’est pas étranger au fait que ce soit un secteur d’emploi majoritairement féminin. Les femmes subissent les contrecoups des politiques sexistes depuis belle lurette, l’équité salariale est un juste retour d’ascenseur. Au final, on est loin de la demande syndicale initiale de 13.5% sur 3 ans, qui représentait non pas une augmentation, mais un rattrapage salarial et un ajustement des salaires au coût de la vie. Du côté de la retraite, c’est également un recul qui est proposé. Au lieu de 62 ans proposé initialement par le gouvernement, on repousse l’âge de la retraite à 61 ans et on hausse les pénalités actuarielles de 4 à 6% (au lieu de 7.5%) en 2019. Rien pour éviter les départs massifs à la retraite. Au niveau sectoriel, certaines catégories d’emploi n’ont pas encore signé, je pense entre autres aux 30 000 professionnels et techniciens de la santé ainsi qu’au tiers des enseignant-e-s représenté-e-s par la FAE.

La balle est maintenant dans le camp des syndiqué-e-s du secteur public. Ce sera à elles et à eux de décider démocratiquement du rejet ou de l’acceptation des ententes de principe. S’ils et elles décident de rejeter l’entente, les menaces d’une loi spéciale seront fortes. Plus que jamais, l’appui populaire sera nécessaire pour poursuivre les moyens de pression.

Grève du communautaire

Le communautaire non plus n’aura pas donné sa place point de vue mobilisation cet automne. Le 1er mai 2015 (oui, je sais, ce n’est pas l’automne), c’est plus de 800 groupes sociaux dont une majorité de groupes communautaires qui ont fait la grève. Le 30 septembre dernier, plus de 200 personnes ont bloqué pendant plus de 2 heures le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale à Québec, ministère responsable de l’application de la politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome. Les 2 et 3 novembre, on assiste à une grève historique du mouvement communautaire ou plus de 1400 groupes ont fermé leurs portes pendant ces 2 jours. Certaines régions, dont la Capitale-nationale, ont remis ça le 2 décembre dernier afin de maintenir la pression.

Les organismes communautaires se sont donc mobilisés autour de plusieurs revendications liées à la question de leur financement et de leur pleine reconnaissance, mais aussi pour mettre fin aux compressions et aux mesures d’austérité dans les services publics et les programmes sociaux. Cette mobilisation sans précédent aura permis de créer des alliances entre différents organismes liés au réseau de la santé et des services sociaux et ceux liés à la défense collective des droits, à la famille, à l’alphabétisation. Malgré des gains politiques faibles à l’heure actuelle, certains organismes auront pu obtenir la confirmation d’un protocole d’entente pour 3 ans, ce qui n’était pas confirmé avant le début de la grève du 2 novembre. Enfin, l’ensemble des moyens de pression utilisés pendant ces jours de grève fait certainement partie des gains, du moins dans notre région. Nous aurons pu assister à une réappropriation des actions directes ou dérangeantes, actions moins présentes avec la montée de la répression policière suite à la mobilisation étudiante et sociale de 2012.

Quand on se mobilise, on fait des gains…

L’automne nous a démontré que la grève et les mobilisations citoyennes demeurent un moyen de pression efficace qui contribue à accroître notre rapport de force et notre pouvoir de changer les choses face à un gouvernement austère et intransigeant. Même si les gains concrets sont encore faibles, tant au niveau syndical que dans le milieu communautaire, le gouvernement a tout de même été forcé de revenir sur ses positions et de faire certaines concessions.

C’est sur le plan politique et social que les gains sont les plus considérables. Les mobilisations de l’automne ont semé des graines. Pour plusieurs, ce fût une première expérience de grève, de participation à des manifestations ou à des actions dérangeantes. Ce processus démocratique a contribué à faire prendre conscience que, collectivement, on a une voix possible et qu’on a le pouvoir de changer les choses. La création d’un Front commun inter-syndical, les mouvements de citoyen-ne-s (pour la défense des écoles publiques et des CPE), la grève du communautaire ainsi que l’implication des étudiant-e-s dans ce mouvement de contestation ont démontré plus que jamais la nécessité d’une lutte commune contre l’austérité, car on en subit tous et toutes les impacts. L’importance de créer des liens de solidarité pour accroître notre pouvoir collectif et empêcher le gouvernement de diviser pour mieux régner ressort aussi de cette contestation. L’unité fait notre force.
Les mobilisations de l’automne ont aussi contribué au développement d’une conscience de classe. Il est clairement apparu que le gouvernement desservait les intérêts des privilégiés au détriment de la vaste majorité. Des milliards, on en trouve quand vient le temps de subventionner Bombardier ou de hausser de façon indécente le salaire des médecins de 85% en 10 ans. Comment justifier ça ?

Les mobilisations de l’automne auront permis de constater que les enjeux pour lesquels on se bat vont au-delà de nos intérêts individuels. C’est de l’avenir de notre société dont il est question ! Les enjeux entourant l’accès et la qualité des services publics et la redistribution de la richesse au sein de notre société font maintenant partie du débat public.

Plusieurs d’entre nous auront été au cœur de ces mouvements, dans la rue, pour mettre de l’avant des alternatives au saccage actuel. Nous connaissons les solutions, nous voulons un autre projet de société. Si nous le faisons ensemble, c’est parce que nous croyons en la force collective qui nous habite dans ces moments. Personne ne peut prédire à l’heure actuelle ce qui restera de cet automne 2015. Mais gageons que cette soif de changer les choses pourra nous servir individuellement et collectivement pour continuer à porter et à défendre le projet qui habite Québec solidaire.

Bonne année 2016 à tou-te-s !

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