Édition du 12 mai 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Renouer le dialogue social est-il un objectif qui renforcera le mouvement syndical ?

Les centrales syndicales affirment haut et fort leur souhait de renouer avec les pouvoirs politiques un dialogue social. Alors que le gouvernement Legault-Fréchette est passé à l’offensive avec une brochette de lois anti-syndicales, les directions réagissent en disant vouloir revenir à l’époque de la concertation.

L’offensive caquiste fut lourde : la loi 2 qui a imposée sous bâillon les conditions de travail des médecins et réduit leur pouvoir de contestation ; la loi 14 qui vise à limiter les moyens de pression afin d’éviter des grèves dans les services publics ; le projet de loi 3 qui cherche à régir l’utilisation des cotisations syndicales. Le gouvernement Legault et son ministre Jean Boulet ont tout fait pour affaiblir le mouvement syndical. Et on voudrait s’assoir paisiblement avec ceux qui veulent nous détruire ? Les amadouer ? Les pacifier ? Leur faire entendre la bonne parole ?

Les prises de position en faveur de cette approche parmi les centrales syndicales sont fort répandues. La CSQ parle de « la force du dialogue social ». À l’occasion du 1er mai, les dirigeant.e.s de quatre principales centrales rencontraient la nouvelle première ministre et appelaient à « un changement de ton et au retour au dialogue ». Dans le cadre de la présentation du nouveau conseil des ministres, la FTQ souhaitait « un ministre du travail qui choisit le dialogue ». Dans le dossier de la formation de la main d’oeuvre, les centrales déplorent la rupture du dialogue par la ministre du travail Pascale Déry soulignant « la culture de dialogue social de la CPMT (...) fréquemment citée comme étant une bonne pratique »

Pourtant, comme l’a souligné la CSN lors des mobilisation en soutien aux mouvement communautaire en grève sociale, « « ce gouvernement vit sur du temps emprunté. Il a décidé d’utiliser ses derniers mois au pouvoir pour affaiblir le filet social en tirant dans toutes les directions. Pendant ce temps-là, bien des Québécoises et des Québécois doivent choisir entre manger ou se loger. » Pourquoi alors souhaiter un « dialogue » avec un gouvernement qui a montré ses vraies couleurs et ses intentions de démonter les contre-pouvoirs que la société civile s’est forgé au fil du temps. Qui a clairement affirmé vouloir domestiquer les syndicats et la contestation sociale.

Depuis plusieurs décennies, la culture de la concertation sociale domine parmi les centrales syndicales. La période post référendaire de la deuxième moitié des années 1990 fut caractérisé par l’émergence d’un pacte social à l’intérieur duquel les syndicats furent identifiés comme des partenaires social et invités à « jouer aux capitalistes » par le biais des fonds de capital de risque comme le Fonds de solidarité de la FTQ et la Fondaction de la CSN. Le gouvernement de Lucien Bouchard tenait à compléter l’intégration des syndicats dans le cadre du néolibéralisme, un héritage direct des sommets économiques du gouvernement de René Lévesque. À les inviter à se comporter comme des partenaires « raisonnables » dans la gestion bipartite (patronale-syndicale) ou tripartite (Etat-Patronat-syndicat) de toutes sortes d’organismes publics et parapublics. Un encadrement législatif visant à rendre le droit de grève prévisible et « raisonnable » a complété le tableau de la domestication du mouvement ouvrier.

S’en suivit une période de reculs au chapitre des conditions de travail et de vie. Les gains de productivité ont été accaparés par les élites et les rentiers au détriment des salarié.e.s. Le pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses organisé.e.s s’est dégradé sans que les mobilisations syndicales puissent freiner le mouvement jusqu’au plus récent Front commun du secteur public qui a réussit à sauver les meubles grâce à une mobilisation historique. Cette dernière a fait la démonstration que seule la lutte paie comme le soulignait un slogan lors des années 1970 et 1980.

Alors pourquoi cet intérêt à vouloir dialoguer avec les politicien.ne.s qui veulent casser notre rapport de force. Plusieurs pensent que dans quelques mois le problème sera résolu par lui-même avec l’éjection de la CAQ du pouvoir. Comme si les aspirants à ce pouvoir avait de meilleurs intentions envers le mouvement syndical. Croire que le PQ ou le PLQ agiront différemment relève de la pensée magique. Ils suivront les traces de la CAQ en matière de relations de travail.

Plus récemment, les centrales syndicales se sont réunit dans le cadre d’Etats généraux du syndicalisme, un exercice qui pourrait représenter un tournant dans l’orientation syndicale. Il s’agit de « moderniser leurs pratiques, renforcer la solidarité intersyndicale et relever les défis de la nouvelle réalité du travail. » Nous ignorons la portée qu’aura un tel exercice. La participation est « sur invitation seulement » ce qui limite l’impact que pourrait avoir ces discussions. Les questions abordées sont importantes et ils faudra voir quelle dynamique ce sommet syndical aura sur la suite des choses.

Nous croyons que les perspectives tracées par le mouvement communautaire lors des récentes mobilisation montrent la voie à suivre. Construire un rapport de force pour affronter les prochains défis, peu importe qui sera au pouvoir en octobre prochain. Les conditions de vie des personnes se détériorent. Les féminicides se multiplient. La crise du logement produit des personnes itinérantes par milliers. La crise climatique ignorée par la CAQ aura des conséquences difficiles à prévoir mais qui fragiliseront davantage les plus précaires d’entre nous. Il serait temps que le mouvement syndical retrouve sa position de colonne vertébrale de la contestation des politiques d’austérité et de locomotive aux mobilisations en faveur de l’amélioration des conditions de vie des classes ouvrières et populaires.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Québec

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Abonnez-vous à la lettre