Édition du 18 juin 2024

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États-Unis

Guerre commerciale

Tarifs douaniers records : Joe Biden intensifie l'offensive contre la Chine avant les élections

Joe Biden parie sur la carte de la « guerre commerciale » contre la Chine pour charmer l’électorat populaire. Mais sa décision s’inscrit dans une tendance stratégique bien plus profonde dans l’establishment américain.

15 mai 2024 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Tarifs-douaniers-records-Joe-Biden-intensifie-l-offensive-contre-la-Chine-avant-les-elections

Le Président des Etats-Unis a annoncé mardi une hausse record des tarifs douaniers appliqués aux importations chinoises dans certaines filières industrielles. La mesure, qui s’appliquera à 18 milliards de dollars d’importations annuelles, vise avant tout à courtiser l’électorat de Donald Trump à l’heure où « Genocide Joe » voit sa popularité chuter auprès des habituels électeurs démocrates.

Dernier épisode d’une guerre commerciale à laquelle Joe Biden avait promis de mettre fin lors de sa campagne présidentielle de 2020, la hausse des tarifs douaniers annoncée ce mardi concerne notamment les secteurs des minéraux critiques, des produits médicaux, des semi-conducteurs et surtout des véhicules électriques. Ces derniers voient leurs droits de douane passer de 27,5% à 102,5%, soit une multiplication par 4 record. Les droits de douane sur l’acier et l’aluminium seront eux triplés, passant à 25%, tandis que le taux d’imposition sur les semi-conducteurs double pour atteindre 50%. D’autres biens sont concernés, comme les panneaux solaires ou les batteries avancées. Joe Biden vise donc principalement des industries jugées stratégiques voire de pointe, bien qu’il justifie cette hausse par une concurrence de la Chine jugée « déloyale ».

Ces mesures sont extrêmement ciblées : elles ne concernent que 18 milliards de dollars annuels d’importations, un montant faible au regard de l’immense déficit commercial américain en 2022 (948,1 milliards de dollars). Ainsi, seuls 5,9 % de l’ensemble des exportations chinoises vers les Etats-Unis seront touchés d’après Reuters, pour seulement 1% des exportations totales chinoises. Plus que les montants, ce sont davantage les retombées de l’annonce qui intéresse Joe Biden, à six mois de la prochaine élection présidentielle.

Le technocrate Biden face à la brute Trump ?

Lors de sa campagne présidentielle de 2020, Joe Biden avait ouvertement critiqué la guerre commerciale initiée par Donald Trump contre la Chine, qui avait abouti à une hausse des tarifs douaniers sur plus de 300 milliards de dollars de marchandises chinoises importées aux Etats-Unis. Pourtant, c’est bel et bien Joe Biden qui est l’auteur de la dernière escalade en date de cette guerre commerciale. Mieux, il a profité de l’annonce pour reconfirmer le maintien des droits de douane mis en place par son prédécesseur. La raison de ce revirement est d’abord à chercher dans la situation politique intérieure du pays, qui s’apprête à revivre l’affrontement Trump-Biden aux élections présidentielles 2024. Alors que les primaires républicaines ne sont pas officiellement terminées, le combat à distance entre les deux candidats a déjà commencé.

Alors que les derniers sondages étatsuniens montrent l’érosion du soutien au président sortant parmi l’électorat traditionnellement démocrate en raison de son soutien au génocide en cours à Gaza, l’électorat ouvrier traditionnel blanc de la Rust Belt devient l’objet de toutes les convoitises. Rien d’étonnant dès lors à voir Joe Biden revenir sur ses positions libérales et anti-protectionnisme pour courtiser un électorat d’ordinaire plus enclin à voter républicain. Pour courtiser cet électorat, Lael Brainard, directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche a ainsi déclaré mardi que « les pratiques déloyales de la Chine ont nui aux communautés du Michigan, de la Pennsylvanie et d’autres régions du pays ».

Courant avril, le président avait déjà profité d’une visite en Pennsylvanie pour annoncer sa future hausse des taux d’imposition sur les métaux lourds chinois. Un discours effectué devant des métallurgistes et syndicalistes dans un Etat jugé crucial, puisque d’après le dernier sondage du New York Times il a du mal à y « surmonter l’anxiété des électeurs au sujet de l’économie ».

Biden est pourtant obligé de se distinguer de D. Trump, pour ne pas donner l’impression d’adopter sa ligne politique. Le cabinet du président met ainsi en avant le ciblage de leur mesure, là où Donald Trump s’attaquait indistinctement à l’ensemble des importations chinoises. Face à ces mesures, le candidat républicain n’a bien sûr pas manqué de réagir. Et puisqu’un consensus transpartisan semble se construire sur la question protectionniste aux Etats-Unis, l’ancien président a donné dans la surenchère : en cas d’élection, il envisage de taxer l’ensemble des importations à hauteur de 10% quelle que soit leur origine, et même jusqu’à 60% pour les importations chinoises. Des mesures impraticables en réalité, alors que le déficit commercial américain atteignait quasiment 1000 milliards de dollars en 2022. En meeting dans le New Jersey le 11 mai, un autre Etat de la Rust Belt, le candidat républicain est allé jusqu’à parler d’une taxe de « 200% » sur les véhicules de marque chinoise fabriqués au Mexique pour dénoncer la mollesse de son concurrent. Une escalade qui permet au président actuel d’entretenir sa distinction entre son protectionnisme raisonnable et ciblé et celui ridicule et déluré de son rival. Le débat ne porte donc plus sur s’il faut taxer les importations, mais sur comment et à quel point ?

Pour donner un vernis progressiste à sa politique protectionniste, le cabinet de Joe Biden va jusqu’à insister sur le caractère environnemental de leur ciblage, la hausse des tarifs douaniers sur les véhicules électriques devant par exemple servir à lutter contre le changement climatique. En réalité, le gouvernement étatsunien cherche surtout à protéger ses propres investissements dans des industries jugées stratégiques et de pointe, à l’heure où les tensions internationales s’aiguisent.
La protection de l’hégémonie américaine, la priorité

Les mesures de protectionnisme mises en place par Biden ne visent pas uniquement les vieilles industries lourdes américaines, mais aussi les secteurs stratégiques et des technologies de pointe. Empêcher les exportations chinoises aux Etats-Unis, qui est de loin le premier consommateur en technologie, permet de protéger les monopoles étatsuniens dans les secteurs stratégiques pour maintenir la supériorité technique et militaire nord-américaine.

Cela n’a pas échappé à Mike Carr, directeur exécutif de la Solar Energy Manufacturers for America Coalition, qui se réjouit dans les colonnes du New York Times : « Alors que l’Amérique travaille à développer la fabrication dans des chaînes d’approvisionnement clés des énergies propres pour réduire la dépendance du pays vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement chinoises, nous devons utiliser tous les outils à notre disposition pour renforcer l’industrie américaine de la fabrication de panneaux solaires ». A titre d’exemple, les semi-conducteurs (ou puces électroniques), en pénurie durant la pandémie de Covid et la rupture des chaînes mondiales d’approvisionnement, font ainsi l’objet d’une attention particulière de la part du gouvernement américain et de l’ensemble des gouvernements impérialistes puisqu’ils jouent un rôle crucial dans une variété d’applications industrielles, stratégiques et d’armement : automobile, systèmes de surveillance, centre de données, etc. Les enjeux ne sont donc pas purement économiques pour Joe Biden, mais bel et bien stratégiques puisqu’il s’agit de protéger l’hégémonie américaine face à une émergence de plus en plus importante du concurrent chinois.

Plus en général, même si cette politique se dirige contre la Chine, le protectionnisme gagne du terrain parmi les classes dominantes mondiales, ce qui fait craindre une rupture de l’ordre mondial dominé par la globalisation, comme plusieurs journaux internationaux commencent à le pointer. La guerre commerciale, la guerre douanière, la guerre des subventions ce sont des expressions des tensions montantes entre les capitalistes, qui à dans d’autres régions du monde commencent à s’exprimer en termes de guerres dans le sens strict du terme. La compétition électorale entre deux alternatives impérialistes et réactionnaires aux Etats-Unis ne pouvait pas échapper à cette tendance internationale du système capitaliste. Laisser entre les mains des capitalistes des questions si importantes mènera inévitablement le monde à la catastrophe.

Malgré ses faibles montants, cette nouvelle escalade dans la guerre commerciale chino-étatsunienne est aussi le symptôme de la course au ré-armement mondiale dans laquelle l’accès aux ressources rares et stratégiques et plus précieuse que jamais. Ces mesures sont protectionnismes sont l’une des nombreuses expressions du soutien des libéraux et des démocrates à l’impérialisme et au capital américains. Face à cela, il est plus que jamais nécessaire de construire une organisation politique de combat sur le sol américain, qui puisse constituer une force de combat composée de travailleurs et d’étudiants comme y appelle notre organisation sœur aux Etats-Unis, Leftvoice.

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