I. Une guerre criminelle et des prétextes fallacieux
Le 28 février 2026, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché une attaque militaire massive contre l’Iran, tuant, dès les premiers jours, au moins 555 personnes en Iran, dont plus de 150 enfants — des enfants assassinés dans une école à Minab.
Le prétexte avancé — et repris par Mark Carney —, empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, relève d’une hypocrisie criante. Ce même argument, mot pour mot, fut utilisé en 2003 par George W. Bush et Tony Blair pour justifier l’invasion de l’Irak, prétendant que Bagdad pouvait frapper des cibles occidentales avec « 45 minutes de délai ». L’Iran avait par ailleurs consenti à des concessions sur son programme d’enrichissement et proposé d’ouvrir ses ressources pétrolières et gazières aux marchés américains.
Cette guerre doit être comprise pour ce qu’elle est : une agression impérialiste inscrite dans le virage ouvertement colonialiste des États-Unis, dirigés par un néofasciste, dans un contexte de concurrence accrue entre puissances pour l’accès aux ressources. L’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela, les menaces contre le Groenland, le génocide en cours contre les Palestinien·nes, l’annexion de la Cisjordanie et, maintenant, les bombes sur Téhéran s’inscrivent dans un même continuum : la violence érigée en instrument de domination géopolitique.
II. Mark Carney : l’ombre de Davos et les réponses des partis d’opposition
Il y a moins de deux mois, Mark Carney montait à la tribune du Forum économique mondial de Davos pour dénoncer un ordre international brisé. Il déclarait solennellement que son gouvernement serait guidé par des « valeurs fondamentales » : la souveraineté et l’intégrité territoriale, « l’interdiction du recours à la force sauf dans les conditions prévues par la Charte des Nations unies », ainsi que le respect des droits de la personne. Il fustigeait l’intimidation des « puissances hégémoniques » — allusion transparente à Trump — et appelait les États à se regrouper contre elles.
Le 28 février 2026, depuis Mumbai, ce même Mark Carney déclarait : « Le Canada appuie les mesures prises par les États-Unis pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationales. » Il réaffirmait également « le droit d’Israël de se défendre » — formule creuse servant à cautionner une guerre offensive menée sans mandat onusien, sans autorisation du Congrès américain, en violation flagrante de l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui stipule qu’un État ne peut agir militairement que pour se défendre d’une attaque armée effective ou avec l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU. Téhéran ne disposait d’aucune arme nucléaire opérationnelle ni de missiles à longue portée capables de frapper les États-Unis.
En reprenant les thèses de Trump — l’Iran comme « principale source d’instabilité et de terreur au Moyen-Orient », la nécessité d’agir pour la « sécurité internationale » — Carney n’a pas seulement trahi ses engagements de Davos : il a fourni une caution démocratique et une respectabilité à une aventure guerrière. D’un trait, il a effacé la ligne qui distinguait le Canada des va-t-en-guerre de Washington.
Pendant ce temps, les conservateurs de Pierre Poilievre se sont contentés de se réjouir de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei et d’applaudir les bombes américaines. Aucune surprise. Mais la véritable trahison politique vient d’un premier ministre qui prétendait incarner une autre voie — pragmatique et fondée sur des principes, disait-il. Ces principes n’auront pas tenu deux mois.
Le Nouveau Parti démocratique (NPD), lui, a condamné sans équivoque. Le chef adjoint Alexandre Boulerice a dénoncé « une dangereuse escalade qui risque d’emporter toute la région dans un conflit majeur », déplorant la décision de Carney « d’appuyer de façon aveugle cette aventure dangereuse ». Le chef Don Davies a souligné la contradiction flagrante avec le discours de Davos : « Approuver l’illégalité, la violence et la destruction plutôt que le dialogue et une résolution pacifique n’est pas ce qui a été promis aux Canadiens ni ce qu’ils soutiennent. »
Yves-F. Blanchet, chef du Bloc québécois, tout en présentant l’Iran comme une « menace persistante pour la sécurité de la région et la liberté des Iraniens », a tout de même exprimé une certaine inquiétude quant au recours à la force militaire sans l’appui préalable du Congrès américain, des alliés européens et asiatiques ainsi que du Canada. Une caution des attaques semble ainsi prématurée : tant Donald Trump que le régime iranien manquent de considération pour la vie des civils. Le droit international doit prévaloir, et la négociation ainsi que les sanctions demeurent les voies à privilégier. Comme condamnation de l’agression militaire contre l’Iran, comme défense du droit international, cela demeure pour le moins timoré.
III. Pas de libération par les bombes américaines
Certain·es, aveuglés par leur haine légitime du régime théocratique des mollahs, pourraient être tentés de saluer cette attaque comme une opportunité de changement. Ce serait une grave erreur. Nul ne devrait croire que les États-Unis ou Israël, dont les mains sont tachées du sang de Gaza et d’ailleurs, se soucient réellement de la liberté ou du bonheur du peuple iranien.
Derrière les frappes se profile un objectif clair : le contrôle des réserves d’énergie fossile et l’affirmation d’une hégémonie régionale. L’histoire récente est sans appel : Irak, Libye, Afghanistan. Partout où la machine de guerre des puissances dominantes est intervenue, les infrastructures vitales ont été détruites, les classes ouvrières dispersées, les mouvements sociaux étouffés et de nouvelles forces réactionnaires propulsées au pouvoir.
Le peuple iranien lutte depuis des années pour renverser le régime théocratique. Les femmes iraniennes ont été à l’avant-garde de ces combats — le mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022 en est un témoignage éclatant. La classe ouvrière iranienne, ses syndicats et ses étudiant·es ont payé un lourd tribut dans cette lutte courageuse. C’est leur combat, pas la guerre de Trump ni celle de Netanyahou. Le renversement du régime iranien est la tâche du peuple iranien — et de lui seul.
IV. Contre la guerre, pour le droit international et la solidarité des peuples
Nous disons non à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Cette guerre n’a rien à voir avec la libération du peuple iranien. Elle constitue une agression impérialiste menée par des puissances dont les mains sont tachées du sang de Gaza, du Liban et de la Cisjordanie occupée.
Nous exigeons que le Canada revienne à une politique étrangère fondée sur le droit international, le refus des guerres d’agression et la défense réelle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes — pas seulement dans des discours à Davos, mais dans les actes. Nous demandons au gouvernement Carney de retirer son soutien à cette opération militaire illégale et de porter la voix du droit international et de la diplomatie dans toutes les instances internationales.
États-Unis / Israël : cessez toute intervention en Iran !
Pas de libération par les bombes américaines !
Solidarité avec le peuple iranien dans sa lutte pour la liberté !
Halte à l’impérialisme américain et au colonialisme israélien !
Le Canada doit respecter le droit international — pas cautionner des guerres d’agression !
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