Édition du 24 février 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La guerre en Ukraine - Les enjeux

Quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine : déclaration du collectif éditorial Posle

Alors que la gauche et les syndicats québécois continuent d’ignorer magistralement les appels à l’aide de nos camarades ukrainien·nes, voire pour certain·es reprennent sans honte, mot à mot, la propagande et les revendications des autorités russes, nous publions ici le communiqué de Posle, un collectif d’opposants russes.

Une telle déclaration de solidarité provenant de militant·es Russes, qui met clairement en avant la complicité de Trump et de Poutine, contre le peuple d’Ukraine, tranche avec l’absence totale de solidarité du Collectif échec à la guerre (dont font partie Québec solidaire et de nombreux syndicats Québécois), incapable d’adopter une seule déclaration de solidarité avec nos camarades ukrainiennes qui ne cessent d’appeler à l’aide (contre les drones, les missiles ou simplement pour se chauffer). À croire que pour le Collectif, seul l’impérialisme états-unien existe et que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est à géométrie variable.

Martin Gallié

Présentation de Posle :

POSLE : Après l’invasion russe en Ukraine, la vie dans les deux pays ne sera plus jamais la même. Mais pour pouvoir continuer à vivre et à agir, nous devons trouver des réponses à certaines questions cruciales. Pourquoi cette guerre a-t-elle commencé ? Pourquoi est-il si difficile d’y mettre fin ? À quoi ressemblera l’avenir après la guerre ?

Posle (« après » en russe) tente de répondre à ces questions. En tant que communauté d’auteurs partageant les mêmes idées, nous condamnons la guerre qui a déclenché une catastrophe humanitaire, causé des destructions colossales et entraîné le massacre de civils en Ukraine. Cette même guerre a provoqué une vague de répression et de censure en Russie. En tant que membres de la gauche, nous ne pouvons pas considérer cette guerre indépendamment des immenses inégalités sociales et de l’impuissance de la majorité des travailleurs. Bien sûr, nous ne pouvons pas non plus ignorer l’idéologie impérialiste qui s’efforce de maintenir le statu quo et se nourrit du discours militariste, de la xénophobie et du sectarisme.

Déclaration :

Le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie est marqué par les bombardements les plus intenses et les plus destructeurs des villes ukrainiennes depuis le début de la guerre. Plus de 1,2 million de foyers se retrouvent sans chauffage ni électricité en plein hiver rigoureux, et des centaines de milliers de personnes sont contraintes de vivre dans des conditions inhumaines. Les frappes de représailles ukrainiennes ont, à leur tour, entraîné des coupures d’électricité et des perturbations du chauffage à Belgorod. Pendant ce temps, les pertes russes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis le début de la guerre, bien que l’armée russe n’avance que d’environ 15 mètres par jour. Selon les estimations de Mediazona, au moins 177 433 soldats russes ont été tués entre le 30 janvier et le 13 février seulement. Ce décompte ne comprend que les noms qui ont été confirmés ; le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. Néanmoins, il y a peu de raisons de croire que ces pertes, voire des pertes plus importantes, affaibliront la détermination du régime de Poutine à poursuivre la guerre.

Dans le même temps, le Kremlin considère le fossé grandissant entre l’UE et les États-Unis, ainsi que la volonté de l’administration Trump de conclure un accord bilatéral, comme une opportunité d’atteindre les « objectifs de l’opération militaire spéciale ». Lorsque les troupes russes ont envahi l’Ukraine en février 2022, la réaction mondiale a été sans équivoque : il s’agissait d’une guerre d’agression injustifiable, et la résistance de l’Ukraine était fondée non seulement sur le droit international, mais aussi sur les principes fondamentaux de moralité et de justice, des idées que l’humanité semblait avoir intériorisées après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, quatre années de carnage ont non seulement causé la mort de centaines de milliers de personnes, mais ont également entraîné un changement moral plus large. Les pourparlers initiés par l’administration Trump traitent la guerre comme « absurde » pour les deux parties — quelque chose à qui il faut mettre fin non pas en réaffirmant le droit international, mais en établissant un nouvel équilibre des pouvoirs. Dans cette vision du monde, il n’y a ni victimes ni agresseurs, ni bien ni mal — seulement les forts et les faibles, l’« équilibre » étant assuré par les concessions des seconds.

Ce changement moral dans l’opinion publique mondiale est peut-être la plus grande réussite de Poutine à ce jour. S’il devient le nouveau consensus, il ouvrira très certainement la voie à de nouvelles guerres plus destructrices, alimentées par le redécoupage des frontières des petits États et la réaffirmation du contrôle des grandes puissances sur leurs anciennes colonies. C’est pourquoi tout véritable mouvement anti-guerre doit aujourd’hui se tenir fermement et sans réserve aux côtés des victimes de l’agression. Il ne s’agit plus seulement de défendre le droit de l’Ukraine à l’indépendance, c’est le seul moyen crédible d’empêcher le monde d’être entraîné dans une spirale de conflits croissants.


Voir en ligne : https://www.posle.media/article/fou...

Martin Gallié

Martin Gallié, Montréal, militant internationaliste, professeur à l’UQAM.

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