Édition du 20 août 2019

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Europe

Theresa May l'européenne

Si aucune solution miracle ne vient abréger le feuilleton du Brexit, les Britanniques devront se rendre aux urnes le 26 mai pour élire leurs députés... européens.

Tiré de Politis.

En novembre, alors que le vaudeville du Brexit n’en était qu’aux prémices des impensables péripéties auxquelles nous assistons aujourd’hui, un commentateur fit sensation au cours d’un débat portant sur l’accord de divorce enfin mis au point par les Vingt-Sept et le gouvernement britannique. Plus ajusté que ses interlocuteurs sur les réalités britanniques et la personnalité de la Première ministre, il se démarquait de la prophétie généralement admise d’une démission imminente de Theresa May, en fort mauvaise posture sur tous les fronts.

De fait, après cinq mois passés à ferrailler dans le chaudron d’un Parlement, où elle a perdu la majorité, pour survivre à la tête du parti conservateur, à quémander à Bruxelles des modifications de l’accord et des délais pour emporter le vote des députés britanniques, à compter les démissions au sein de son gouvernement, elle est toujours à barre. Et alors que la sortie « sans accord », ce « no deal » épouvantail, allait s’imposer de facto le 12 avril faute de solution consensuelle, May a arraché in extremis mercredi soir six mois supplémentaires pour sortir le pays de l’ornière, période pendant laquelle les Vingt-Sept vont contrôler les avancées britanniques.

Dans la presse britannique, c’est le déchaînement contre May : le pays est « humilié », tel un ado renvoyé au rattrapage après avoir raté son bac et mis sous observation par ses parents. Pourtant, quoi qu’on pense de la personnalité de May et de ses options politiques : sa ténacité, son courage et son habileté manœuvrière forcent l’admiration. Et l’on s’épargnerait de l’avouer si la Première ministre n’était pas sur le point de réaliser un tour de force.

Car en tenant bon face à une classe politique pusillanime qui, sous l’influence des Brexiters durs, dit « no » à toutes les options depuis des semaines, face aux fanfaronnades de conservateurs prétendant à sa succession pour « déchirer l’accord » (et donc acter le no deal), la Première ministre, certes à son corps défendant, est parvenue à guider le pays jusqu’à ce bord de falaise d’où l’on aperçoit le vide en bas. Là où le principe de réalité commence enfin à s’imposer.

Alors que se sont débinés tous les responsables du vote « no » de 2016 décidant du départ du Royaume-Uni (Cameron, Farage, Johnson…), l’opinion convient désormais majoritairement qu’on l’a enfumée sur les vertus supposées du Brexit. La pétition lancée fin mars « pour prouver la force du soutien public pour rester dans l’Union » a recueilli en trois semaines le nombre vertigineux de six millions de signatures. Devant la paralysie du pays, l’influent éditorialiste conservateur Peter Oborne vient d’annoncer, par un spectaculaire mea culpa, qu’il renonçait à soutenir le Brexit, réalisant le mirage des promesses économiques, l’enjeu clef de la paix en Irlande, et surtout l’ignorance crasse qu’il avait de l’intérêt de l’Union pour son pays.

Ultime facétie de cet impayable Brexit : si aucune solution miracle ne vient abréger auparavant le feuilleton, les Britanniques, techniquement toujours citoyens de l’Union, devront se rendre aux urnes le 26 mai pour élire leurs députés européens… Alors que ni les conservateurs ni les travaillistes (dans une moindre mesure) n’ont eu le courage de défendre une nouvelle consultation du peuple sur le Brexit, voie honorable de sortie de crise, les électeurs pourraient bien détourner ce scrutin imposé pour en faire un « référendum bis ». En votant par exemple selon un seul critère : le positionnement des candidats (un peu mieux étayé qu’en 2016…) sur le Brexit – re-« yes », ou « no ».

Patrick Piro

Auteur pour la revue Politis (France)

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