Édition du 17 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Trump refusant de s’en aller, le spectre de la guerre civile plane désormais sur les États-Unis en crise paroxystique !

Force est de constater que tout est actuellement superlatif dans ces États-Unis face à la plus grande crise économique, sociale, politique et sanitaire de leur histoire ! Alors il ne reste, pour compléter ce tableau de fin du monde, qu’une « bonne » guerre civile qui viendra décider du sort, pas seulement des ambitions fascisantes et dictatoriales de ce Caligula de nos temps qu’est le président Trump, mais aussi et surtout de l’Establishment américain qui l’a fait naître, grandir et régner sur le monde entier.

tiré de : CADTM-Infolettre Maroc, Équateur, Italie, dette du Sud... 4 août par Yorgos Mitralias

Nous voici donc confrontés au spectre de la guerre civile qui plane désormais sur la super-puissance mondiale. En réalité, beaucoup, sinon tout, dépendra des « humeurs » (par définition imprévisibles) du psychopathe raciste qui ne manifeste la moindre disponibilité de respecter le verdict des urnes et d’abandonner « volontairement » la Maison Blanche. D’ailleurs, vue sous cet angle, toutes ses innombrables initiatives -apparemment improvisées et incohérentes- de ces neuf ou douze derniers mois acquièrent un sens. En effet, Trump est en train de tout faire pour éviter sa défenestration de la Maison Blanche. De quelle manière ? Tout d’abord, en « préparant » des élections à sa mesure, purgeant les listes électorales de millions d’électeurs « indésirables », diminuant drastiquement le nombre de bureaux de vote fréquentés par les afro-américains et les latinos, empêchant ou interdisant le vote par correspondance, etc.

Ensuite, et au cas où cette « préparation » des élections n’aurait pas les résultats souhaités, Trump conteste déjà systématiquement son déroulement et son résultat le qualifiant par avance... de frauduleux. Ou mieux, au cas où toutes ses manœuvres restent sans effet, il tâte déjà le terrain pour reporter les élections « pour plus tard ». Et enfin, pour couronner tout ça, Trump prépare son coup de force, c’est-à-dire sa résistance contre toute tentative (électorale ou autre) de le chasser du pouvoir, en expérimentant déjà depuis des mois diverses actions de ses partisans « légaux » (police) ou illégaux (milices paramilitaires) qui ont comme dénominateur commun l’exercice de la violence physique contre ses adversaires.

En somme, Trump n’exclut aucun scenario et se prépare à toute éventualité avec comme seul objectif de rester coûte que coûte, cramponné au pouvoir. Il y a deux ans, on était peut-être deux ou trois de par le monde, pour dire que Trump n’accepterait jamais d’abandonner la Maison Blanche, mais aujourd’hui, même la grande presse et les plus éminents représentants de l’Establishment américain affirment -enfin- publiquement la même chose. La conclusion à tirer est évidente : Alors, va-t-on voir les États-Unis plonger dans la guerre civile ? Notre réponse est nécessairement nuancée : Oui, on ne peut pas du tout exclure que Trump fasse le choix du pire. Mais en même temps, le déclenchement d’une « vraie » guerre civile ne dépend pas seulement de lui.

Pour être plus précis, dans l’actuel cas nord-américain, le terme « guerre civile » pourrait couvrir plus d’une réalité, de l’affrontement frontal prolongé de millions de gens (citoyens et/ou militaires) armés, à des escarmouches ou même des actes de terrorisme d’une certaine ampleur, menés de façon systématique contre le camp ennemi. Étant donné l’isolement et les échecs successifs de Trump, on serait enclin de penser que la variante de l’affrontement frontal prolongé de millions d’américains est actuellement la moins probable, mais sans qu’elle soit totalement exclue. En réalité, la fidélité sans faille (?) des divers corps (militarisés) de police envers Trump n’étant pas suffisante pour faire pencher la balance en sa faveur, beaucoup dépendra de la position que prendra l’armée nord-américaine si Trump décide de se barricader dans la Maison Blanche. Si ça dépendait de son État-Major et de ses généraux, il n’y a pas de doute qu’elle se rangerait aux cotés des adversaires de Trump. Cependant, dans ces cas, le rôle déterminant n’est pas joué par les généraux mais plutôt par les colonels, et il n’est pas exclu que les purges dans l’armée américaine, menées actuellement tambour battant par Trump, aient comme résultat que cette armée se déclare globalement « neutre », pour ne pas se voir transformée elle-même en champ (privilégié) de bataille de l’affrontement civil…

Ceci étant dit, la variante d’une guerre civile de moindre intensité nous semble beaucoup probable. Ce qui s’apparente à une explosion plutôt « anarchique » des actes de terrorisme aveugle mais jouissant d’un certain soutien de masse, exercés en priorité contre les institutions mais aussi contre les minorités afro-américaines, latinos et indigènes, ainsi que contre les forces progressistes et de gauche. Pourquoi ? Mais, parce-que, selon des centaines de sondages, il y a toujours un 28 %-33 % bétonné de la population nord-américaine qui suit aveuglement Trump depuis 4 ans et, chose encore plus grave, il y a une aile importante de ce peuple trumpiste qui se déclare prêt à se battre pour lui car il se reconnaît pleinement dans ses « valeurs » racistes, misogynes, suprémacistes blanches, islamophobes, antisémites, complotistes, obscurantistes et néo-fascistes.

Évidemment, le fait que l’actuelle crise cataclysmique américaine n’a pas de précédent historique rend les prévisions très difficiles, d’autant plus que son protagoniste Trump est non seulement fortement déséquilibré mais aussi presque totalement incontrôlable car isolé -après les purges successives de ses proches collaborateurs- dans sa tour d’ivoire. Cependant, il y a un précédant historique qui offre de grandes similitudes avec ce qui se passe et ce qui pourrait se passer très prochainement aux États-Unis : C’est la toute dernière période du Troisième Reich qui a vu son chef, mais aussi un nombre important de ses militaires et même de citoyens allemands de tout âge, se battre jusqu’au bout dans les combats sans espoir d’une guerre perdue depuis belle lurette !

Le fait est qu’avec ou même... sans Trump, il y a actuellement dans cette société nord-américaine en ruine ultra-polarisée, divisée et traversée par des haines abyssales, des foules considérables de fanatiques d’extrême droite, armées jusqu’aux dents et prêtent à en découdre une fois pour toutes avec ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis mortels. Et si les plusieurs centaines de milliers de prétoriens de Trump, que sont les policiers américains, sont en principe « contrôlables », la même chose n’est pas valable pour les dizaines de milliers de membres des milices racistes et/ou néo-fascistes qui sont célèbres pour leur paranoïa exacerbée. Dans un pays comme les États-Unis plus que surarmé et habitué aux massacres et aux tueries de tout ordre, même une guerre civile de basse intensité, menée par quelques centaines de ces milices racistes et néofascistes, pourrait non seulement provoquer des véritables bains de sang, mais aussi et surtout influer gravement sur le cours de l’histoire américaine et mondiale. Exactement comme la résistance désespérée et profondément nécrophile autour du dernier bunker du Führer à Berlin a influencé, ou même changé, le cours de l’histoire allemande et mondiale de la deuxième moitie du 20e siècle !

Il va sans dire que la condition sine qua non pour que Trump et ses acolytes parviennent à leurs fins est qu’ils triomphent du mouvement populaire de masse qui veut non seulement chasser Trump du pouvoir mais aussi changer radicalement les États-Unis et le monde entier. Mais, de ce mouvement populaire grandissant et toujours plus radical, on parlera dans notre prochain article.

Voir notre précédent article « Les États-Unis à l’heure de leur vérité » (https://www.cadtm.org/Les-Etats-Unis-a-l-heure-de-leur-verite)

Et aussi, deux articles écrits en mars et en octobre 2019, aux titres éloquents : « Les États-Unis un pas avant la guerre civile » (https://www.cadtm.org/Les-Etats-Unis-un-pas-avant-la-guerre-civile), et « 

Le spectre de la guerre civile hante déjà les États-Unis d’Amérique » (https://www.cadtm.org/Le-spectre-de-la-guerre-civile-hante-deja-les-Etats-Unis-d-Amerique)

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

http://www.contra-xreos.gr

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