Édition du 11 mai 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

LGBT

L'extrême-droite, les personnes LGBTIQ et une stratégie de résistance enjeu central

Depuis la rébellion de Stonewall à New York en 1969, symbole de la naissance du mouvement gay moderne, 50 ans se sont déjà écoulés. Dans beaucoup de pays, le combat pour obtenir les mêmes droits dont jouissent les hétéros a permis à des millions de personnes LGBTIQ d’avoir une vie plus décente et moins anxiogène. Le Comité des droits humains de l’ONU en 2011 a endossé, par un vote majoritaire, la protection pour les minorités sexuelles ; c’est un jalon important pour l’égalité des droits.

par Peter Drucker (1)
Traduction : Félix Deschênes-Boivin. L’introduction et les notes sont celles du traducteur.

Ce texte est la traduction d’un exposé donné au camp de jeunesse de la Quatrième Internationale le 24 juillet 2019 ; la discussion qui a suivi a permis d’enrichir la section sur la résistance. « A Central issue : The far right , LGBTIQ people and a strategy for resistance », by Peter Drucker, paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, le 2 août 2019.

Introduction

Aujourd’hui cependant, la montée de la droite dure réactionnaire (présente notamment au sein du Parti Conservateur fédéral canadien) et de l’extrême-droite active dans plusieurs pays menacent les acquis obtenus au cours des décades précédentes. Au Canada comme aux États-Unis, la droite chrétienne (dont il ne faudrait pas sous-estimer l’influence) s’oppose aux droits des personnes LGBTIQ. Au Québec, certains segments de l’extrême-droite sont unanimes dans leur homophobie et leur transphobie. Peter Drucker nous présente dans le texte qui suit (2) une analyse de la montée de l’extrême-droite dans le monde (plus particulièrement en Europe) et plus spécifiquement de ses rapports parfois contradictoires avec les communautés gays des différents pays où elle est en croissance. Il esquisse ensuite en conclusion quelques pistes militantes pour y résister.

Un début

Dans un pays après l’autre, l’extrême-droite progresse. C’est indéniablement devenu un enjeu central de la politique contemporaine en Europe et aussi dans le monde. J’en suis venu à penser que dans les prochaines années, le combat contre l’extrême-droite sera décisif pour la gauche radicale et révolutionnaire. Aussi est-il de plus en plus urgent pour nous de comprendre la menace de l’extrême-droite à laquelle nous sommes confronté.e.s.

Jusqu’à un certain point, nous pouvons apprendre des analyses marxistes sur le fascisme classique, particulièrement dans l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Mais beaucoup de choses ont changé dans l’extrême-droite. Pour utiliser le terme de notre camarade Enzo Traverso, la grande majorité de l’extrême-droite aujourd’hui est ’post-fasciste’ : parfois en continuité avec la vieille extrême-droite fasciste, parfois non. Et l’attitude politique à adopter face à la sexualité et à la question du genre, qui sont loin d’être des questions secondaires, est une des préoccupations centrales pour l’extrême-droite. C’est une des choses que nous devons comprendre instamment.

L’extrême-droite et l’hétéronationalisme

Depuis que l’extrême-droite est en progression, les attaques contre les droits des personnes LGBTIQ se sont multipliées. Le nouveau président du Brésil, Jair Bolsonaro, en est un proéminent et dégoûtant exemple. Il a ouvertement dit qu’il préférerait un fils mort à un fils gay. Sans surprise, son élection a engendré un déferlement de violence contre les personnes LGBTIQ au Brésil, un des pays où les niveaux de violence anti-LGBTIQ étaient déjà très élevés. Bien que les positions de Donald Trump n’étaient pas claires avant son élection comme président des États-Unis, il a lui aussi rejoint la droite réactionnaire contre les LGBTIQ. Son administration est intervenue dans les cours de justice pour s’opposer aux mesures anti-discriminatoires et a tenté d’évincer les personnes trans de l’armée. (3)

Il y a des exemples semblables en Europe. La Italian Lega était au parlement l’opposante la plus impitoyable à la reconnaissance des unions civiles entre personnes de même sexe – sans parler du mariage entre personnes de même sexe ! – proposant plus de 5 000 amendements pour tenter de tuer le projet de loi présenté en ce sens. Dans l’État espagnol, le parti d’extrême-droiteVox a, sur son site internet, dénoncé les événements de Fierté en les étiquetant de ’scandaleux’.

Certains qualifient ces attaques de la droite contre les personnes LGBTIQ ’d’homophobie politique’. Ce n’est peut-être pas vraiment le bon terme à utiliser ; bien que les personnes qui utilisent ce terme ne le font pas nécessairement dans ce sens. Ainsi utilisé, ça ressemble à une sorte de ’maladie mentale’. Je pense qu’il est plus approprié de parler ’d’hétéronationalisme’ (4). C’est une des dimensions des projets nationalistes de droite plus larges avec des racines profondes dans la société.

Quelle est la source des préjugés anti-LGBTIQ de la droite nationaliste ? Pourquoi l’extrême-droite s’attaque-t-elle aux personnes LGBTIQ ? Son hostilité à l’égard des femmes, sa misogynie, qui est reliée à son rapport contradictoire au néolibéralisme (5), est une des raisons principales qui permet de l’expliquer. Cette combinaison de misogynie et de populisme économique aide l’extrême-droite à s’adresser aux hommes straights en colère. La désindustrialisation et les salaires qui stagnent dans plusieurs économies, plus récemment suite à la profonde récession qui a éclaté en 2008, ont miné chez plusieurs hommes leur sentiment de masculinité. Plusieurs hommes straights cisgender (non transgenre) blâment les femmes et les personnes LGBTIQ pour expliquer leur situation.

Des intellectuels comme George Mosse, lui-même un homme gay dont la famille a fui l’Allemagne nazie, ont montré comment le nationalisme agressif est lié au concept étroit de masculinité. Ce concept naturalise la famille patriarcale, considère les femmes comme des compagnes aidantes des hommes et comme celles qui portent les enfants, et voient les personnes LGBTIQ comme des gens qui affaiblissent la fibre morale de la nation. C’est la raison pour laquelle les nazis en Allemagne étaient hostiles à l’homosexualité, au moins chez les Allemands ; ils pensaient que ça affaiblissait ’la grande race aryenne’ (« Aryan master race »). L’extrême-droite autour du globe aujourd’hui a une conception similaire de la masculinité. Dans les pays catholiques en particulier, l’extrême-droite a repris à son compte les attaques du pape contre l’idéologie du genre et sa défense des liens traditionnels qui unissent les rôles masculins et féminins.

Cette extrême-droite misogyne et sexuellement réactionnaire est en progression dans la plupart des pays où les mouvements LGBTIQ ont connu des victoires. C’est après 1968 que ces mouvements LGBTIQ sont apparus et ont pris de la force au moment où ils avaient un leadership de gauche radical qui les considérait comme faisant partie d’une gauche radicale plus large. Leurs visions militantes et leurs tactiques les ont aidé, dans les années 1970 et 1980, à gagner des victoires contre la discrimination et la violence. Plus tard, quand les mouvements LGBTIQ ont grossit et que la gauche radicale s’est affaiblie, les groupes LGBTIQ prédominants sont devenus plus modérés. Ils ont accordé moins d’importance à développer la solidarité contre le sexisme, le racisme et l’oppression de classe et ont plutôt mix l’accent sur des questions comme l’accès égal au mariage. Mais cette orientation ne les a pas fait aimer de l’extrême-droite pour autant. Dans la plupart des pays, l’extrême-droite s’oppose encore au mariage entre personnes de même sexe et souvent avec acharnement.

Les groupes LGBTIQ actuellement prédominants ont tissé des liens avec le centre-gauche social-libéral et même avec le centre-droit néolibéral. Certaines positions anti-LGBTIQ parmi les plus fortes de l’extrême-droite ont besoin d’être comprises, au moins en partie, comme une réaction à l’appui officiel aux droits des LGBTIQ qui prédomine au centre politique d’Europe de l’Ouest et dans quelques pays impérialistes. Ce n’est pas le cas partout. Les attaques de Trump contre les LGBTIQ ne sont pas spécialement inspirées par l’hostilité envers l’Europe, bien qu’il soit souvent anti-européen, et les attaques au Brésil contre les LGBTIQ ne reflètent pas particulièrement non plus un discours anti-européen. Mais plusieurs régimes néo-libéraux et autoritaires en Afrique et dans les pays arabes affirment -malgré une grande quantité de données historiques à l’évidence du contraire (6)- défendre ’leur propres’ cultures contre l’influence des LGBTIQ européenne. Et un phénomène similaire est en cours avec l’extrême droite en Europe de l’Est.

En Europe de l’Ouest, les réformes pour la décriminalisation, les lois contre la discrimination, pour l’égalité des droits et l’accès égal au mariage étaient des réformes nationales partie intégrante des politiques nationales. Les réformes dans quelques pays d’Europe de l’Est ont aussi leur propre dynamique. L’Allemagne de l’Est a par exemple décriminalisé les relations sexuelles entre personnes de même sexe avant l’Allemagne de l’Ouest. Mais les réformes les plus récentes en Europe de l’Est ont pour la plupart résulté des politiques de l’Union européenne et les LGBTIQ de l’Europe de l’Est en ont bénéficié au niveau légal. Mais plusieurs pays de l’Europe de l’Est considèrent que ces protections pour les LGBTIQ leur sont imposées de l’extérieur.

L’Union Européenne s’est servie de la promotion des droits des personnes LGBTIQ pour imposer le néolibéralisme en Europe de l’Est ; une présence croissante du capital ouest-européen, des coupures dans les protections sociales, une augmentation des inégalités. On a justifié les politiques néolibérales avec une idéologie libérale de liberté, incluant les droits des LGBTIQ. Cette situation a alimenté le ressentiment contre l’Union européenne qui a pris pour cible les LGBTIQ, et a contribué à la réapparition du nationalisme. Répondant à l’instrumentalisation des droits des LGBTIQ par le néolibéralisme, l’hétéronationalisme a instrumentalisé à son tour les attitudes anti-LGBTIQ. Dans les pays comme la Pologne et la Hongrie, la droite au pouvoir joue sur le ressentiment à l’égard de l’idéologie néolibérale, tout en gardant plusieurs caractéristiques centrales de cette idéologie au niveau économique.

Dans ce climat, la violence contre les événements de fierté gay-lesbienne en Europe de l’Est a été en partie organisée par des groupes néo-fascistes qui croient que l’Union Européenne est ’dirigée par des ’ tapettes ’ (« run by fags »). Le parti grec fasciste Aube Doré a une dynamique similaire, voyant les droits des personnes LGBTIQ comme faisant partie de l’agenda de l’Union européenne qui appauvrit le peuple grec. (7).


L’extrême-droite et l’homonationalisme

J’ai maintenant besoin de complexifier la discussion en parlant de l’aspect moins homophobique de l’extrême-droite. Ce qui signifie parler de l’homonationalisme, un terme inventé par l’intellectuel Jasbir Puar, et qui signifie : l’instrumentalisation des LGBTIQ au service de l’impérialisme et du nationalisme.

Bien que l’extrême-droite soit habituellement anti-LGBTIQ, je pense que l’homonationalisme de l’extrême-droite est aussi un sérieux problème. Tout d’abord, l’extrême-droite contemporaine manque parfois de consistance concernant la question du genre et de la sexualité. Si on prend comme référence l’hostilité des nazis face à l’homosexualité il y a 80 ans, l’extrême-droite contemporaine n’est pas toujours en continuité avec les traditions fascistes d’hier.

Et un phénomène qui peut sembler marginal lorsqu’on analyse l’extrême-droite européenne dans son ensemble peut parfois être loin d’être marginal dans d’autres communautés LGBTIQ d’autres pays. L’extrême-droite gay est un courant à l’intérieur de la droite gay plus large et les deux sont en croissance. Les leaders LGBTIQ actuels peuvent ne pas appuyer l’extrême-droite, mais leur échec à combattre le néolibéralisme et le racisme a laissé plusieurs personnes LGBTIQ ordinaires s’ouvrir à l’appel de l’extrême-droite. Un sondage brésilien, 1 semaine avant le 2e tour de l’élection présidentielle, a montré que 29% des votants non-straights planifiaient de voter pour Bolsonaro, qui est ouvertement homophobe. Et les sondages ont montré des niveaux comparables d’appui, particulièrement chez les hommes gays blancs cisgender (non transgenre), pour Le Pen en France et pour l’extrême-droite aux Pays-Bas.

L’hostilité de l’extrême-droite européenne à l’égard des musulman.e.s semble quelquefois l’emporter sur son hostilité à l’égard des personnes LGBTIQ. En Europe de l’Est, la droite fait appel à l’héritage chrétien européen pour justifier son refus d’accueillir les réfugié.e.s musulman.e.s. En Europe de l’Ouest, l’extrême-droite signale que ce qu’elle nomme ’Eurabia’ représente un danger et s’en sert pour justifier une ligne dure contre l’immigration, contre quelques avantages sociaux dont les personnes des communautés immigrées bénéficient et contre quelques pratiques musulmanes (comme les foulards et la nourriture halal).

La féministe marxiste Sara Farris a montré comment l’extrême-droite française, italienne et hollandaise a adopté une sorte de ’fémonationalisme’ (8) qui prétend défendre les femmes européennes, et même des femmes issues de l’immigration, contre les hommes musulmans et d’autres hommes d’origine non-européenne. Dans certains cas une dynamique semblable a conduit certains partis d’extrême-droite de l’Europe du nord-ouest à adopter un certain degré d’homonationalisme, en défendant ’leurs’ personnes lesbiennes et gays contre une présumée menace musulmane.

Le chroniqueur hollandais Bas Heijne a décrit comment on a utilisé la menace que représenterait les musulmans pour justifier un virage droitier en instrumentalisant les personnes LGBTIQ. En 1998, le chroniqueur de droite hollandais Gerry van der List a exprimé du dégoût face à ce qu’il considérait comme de l’exhibitionnisme sexuel à la vue d’hommes gays aux Jeux Gays d’Amsterdam. Pourtant quelques années plus tard, ce même Van der List exprimait son enthousiasme à la vue du comportement exubérant d’hommes gays à la Fierté gay d’Amsterdam (Amsterdam Canal Pride). Cette fois-ci, il croyait que ces hommes gays s’opposaient héroïquement à l’Islam. ’Ils sont toujours les mêmes types nus’, a résumé Heijne, ’mais maintenant ils représentent autre chose.’

Il y a quelques changements similaires chez l’extrême-droite de l’Europe du Nord-Ouest lors de ses prises de position publiques. Le leader flamand d’extrême-droite, Dewinter de Chiquenaude, a voté en 2003, au parlement belge, contre le mariage entre personnes de même sexe, mais en 2014, il a déclaré que son parti était maintenant en faveur. Brisant la tradition d’avec son père Jean-Marie Le Pen, la cheffe de l’extrême-droite française Marine Le Pen a déclaré aux ’électeurs gays’ en 2010 : ’Je sais que vous souffrez de discrimination. Et qui fait cette discrimination contre vous ? Les immigrants et les musulmans’. Aux Pays-Bas, Martin Bosma, un député du Parti Liberté d’extrême-droite a dit, lors d’une discussion au parlement sur les droits des homosexuels, que ’l’hostilité à l’égard des gays pénètre la culture musulmane’. Les membres du parti d’extrême-droite de Suède a organisé une soit-disant ’marche de la Fierté’ dans une banlieue de Stockholm principalement immigrée en scandant ’Pas de gens qui haissent les gays dans nos rues !’

Cette sorte d’homonationalisme de l’extrême-droite est non seulement un façon opportuniste de s’attirer des votes des personnes LGBTIQ. Il s’inscrit dans un discours plus large en ’défense de la famille’. L’homonationalisme a besoin d’être compris plus largement comme une dimension de ’l’homonormativité’ que Lisa Duggan (9) a définie comme une façon gay de penser qui ne ’conteste pas les hypothèses hétéronormatives dominantes et les institutions qui les soutiennent et les nourrissent.’

L’homonormativité aide des personnes gays et lesbiennes à s’intégrer dans les institutions de la famille existante, en s’y adaptant pour occuper une niche plus sécure dans l’ordre néolibéral. Dans une certaine mesure, certains partis d’extrême-droite ont adopté une perspective homonormative. Et il y a au moins une minorité ’d’électeurs gays’ qui aiment cette perspective.

Dans certains cas, on retrouve des gays et des lesbiennes au sommet des partis d’extrême-droite. En Allemagne, Alice Weidel, la présidente du parti d’extrême-droite l’Alternative, est une lesbienne qui s’affiche ouvertement. L’ancien secrétaire national du Front national français, Florent Philippot, est aussi un homme gay qui s’affiche ouvertement. En dépit des attaques de Donald Trump contre les personnes LGBTIQ, il y a aussi des gays qui le défendent. Trump a nommé un ambassadeur ouvertement gay en Allemagne, Richard Grenell, et cet homme a soutenu publiquement des partis d’extrême-droite partout en Europe. Même dans l’administration d’un fanatique avéré comme Bolsonaro au Brésil, on retrouve une lesbienne affichée au Ministère des femmes, de la famille et des droits de l’homme et on retrouve aussi des hauts fonctionnaires trans qui représentent le Brésil dans les réunions internationales des droits humains.

Soyons prudents ici : la plupart des partis d’extrême-droite parmi les plus homonationalistes constatent que leur soutien aux droits des personnes LGBTIQ les met en tension avec leur propre base. Une étude hollandaise officielle a conclu qu’en dépit des déclarations publiques pro-gay, leurs électeurs avaient plus d’attitudes anti-LGBTIQ que ceux d’autres partis importants. Et les partis d’extrême-droite qui s’éloignent trop de leur base peuvent perdre des votes, comme nous l’avons vu récemment avec le Parti de la Liberté hollandais et le Parti du peuple danois. Cette réalité nous indique qu’il faut prendre avec précaution le soutien des parti d’extrême-droite aux droits des gays. Quand, par exemple, le parlement hollandais a voté récemment pour interdire la soi-disant ’thérapie de conversion gaie’ (10), les deux partis d’extrême-droite ont donné initialement des signaux qu’ils voteraient en faveur ; mais ils ont finalement voté contre.

C’est le Rassemblement national français (autrefois le Front national) qui a du se débattre le plus avec cette contradiction. Comme je l’ai mentionné auparavant, Marine Le Pen commençait à lancer un appel aux votes gays il y a une décennie. Alors en 2012, quand le projet du gouvernement du PS (Parti Socialiste) pour permettre le mariage entre personnes de même sexe s’est heurté à une résistance de masse, le parti de Le Pen n’a pas pu résister à la tentation de réclamer le leadership de la croisade contre l’égalité face au mariage. Il ne pouvait pas non plus renoncer à ses appels aux électeurs gays. Le Pen elle-même a surtout gardé le silence sur la question du mariage, laissant ce sale travail à sa nièce Marion Maréchal Le Pen. Dans son programme pour les élections de 2017, le parti a essayé de réconcilier à la fois ses partisans gays et anti-gays en promettant de convertir les mariages entre personnes de même sexe en de fortes unions civiles.

Sous le vernis de toutes ces contradictions se cache cependant un objectif bien clair. Il y a une analogie. En dernière analyse, l’extrême-droite défend l’ordre capitaliste, même si elle adopte parfois des politiques sociales populistes. En dernière analyse aussi, elle défend les familles patriarcales et les rôles genrés, même si elle fait parfois preuve d’un peu de tolérance à l’égard de quelques personnes lesbiennes et gays et aux rapports qu’elles peuvent avoir entre elles.

Et malgré cela, des gays et des lesbiennes sont toujours attiré.e.s par la vision de l’extrême-droite. Cela suggère que les communautés LGBTIQ, comme l’extrême-droite elle-même, sont traversées de contradictions.

Stratégies et perspectives pour la résistance LGBTIQ internationale

Compte tenu de toutes ces tensions et contradictions, comment la gauche radicale et révolutionnaire peut-elle mobiliser les personnes LGBTIQ contre l’extrême-droite ? La clé c’est la solidarité, articulée avec la tactique du front uni flexible et créatif. Nous avons besoin d’être prêts à nous unir dans l’action avec tous les groupes LGBTIQ et les personnes qui sont disposés à se mobiliser contre l’extrême-droite. Cela veut dire particulièrement : défendre et construire des alliances avec les musulman.e.s et d’autres groupes racialisés menacés par l’extrême-droite, en montrant comment le racisme et l’hétéronationalisme sont reliés. Quand l’extrême-droite prétend protéger les personnes LGBTIQ contre les musulman.e.s et les Africain.e.s, les personnes LGBTIQ doivent répondre clairement en le criant bien fort : Pas en notre nom !

En même temps, nous ne devons pas garder le silence sur la responsabilité que les groupes LBGTIQ dominants actuels portent pour la perte d’une partie de leur base au profit du populisme réactionnaire. Il nous faut revenir à l’esprit de 1968. Cette année, c’est le 50e anniversaire de la révolte de Stonewall. Toutes les célébrations de la Fierté se réclament de l’héritage de Stonewall, alors qu’on ne comprend à peu près rien ou si peu des politiques de la gauche radicale qui ont donné forme à cette révolte et des fronts de libération gay qui en ont émergé. Dans certains cas, des contingents d’extrême-droite ont réussi à marcher derrière des bannières rappelant Stonewall, ce qui est un travestissement absolu. Nous avons besoin de reconquérir le véritable héritage de Stonewall au complet. Cela veut dire : ne pas parler de tolérance, pas même de juste se faire accepter, mais bien de libération sexuelle. Et la libération sexuelle nécessite de remettre en question les rôles sexuels, exige de transformer la famille au lieu de simplement s’y intégrer et exige aussi la transformation de la société.

Nous avons surtout besoin de mobiliser contre l’extrême-droite et contre le néolibéralisme, les travailleurs et les travailleuses LGBTIQ, le jeune bizarre (queer) sans foyer, les femmes, les personnes racialisées et les gens opprimés qui sont après tout la majorité trop invisible des communautés LGBTIQ. Nous avons besoin d’expliquer que les politiques de nos gouvernements contre les pauvres sont par nature homo-trans-et-bi-phobiques. En mobilisant la classe ouvrière et la majorité opprimée de nos communautés, nous pouvons rejoindre des masses de personnes LGBTIQ qui ont souffert des politiques néolibérales et qui sont remplies d’amertume à cause de ces politiques – et dans certains cas, malheureusement, qui se sont tournées vers la droite réactionnaire pour exprimer leur colère. Construire des alliances progressistes qui incluent des personnes LGBTIQ qui s’affichent ouvertement contre le néolibéralisme et la réaction peut être un moyen efficace de combattre les préjugés anti-LGBTIQ. Et où des personnes gays et lesbiennes se sont engagé.e.s de façon durable dans l’extrême-droite, soit pour des motifs racistes ou percevant dans l’extrême-droite leur intérêt de classe, il est possible, en mobilisant la majorité LGBTIQ autour d’une vision de solidarité, de sortir l’extrême-droite de notre mouvement et de faire en sorte qu’elle n’y entre plus.

Nous avons besoin d’envoyer ce message aux événements de Fierté en particulier, en utilisant n’importe quel travail tactique qui soit le mieux adapté à une situation spécifique : la construction de larges blocs antiracistes ou l’organisation de contingents queer (11) radicaux, ou s’il y a trop peu d’espace pour cela, organiser des événements de Fierté alternatifs (12). Il faudra beaucoup de créativité et de discussions, procéder par essai et erreur. Donc commençons la discussion ici !

Peter Drucker

Notes

1. Peter Drucker a un doctorat en sciences politiques à l’Université Columbia ; il est aussi membre de l’Institut international pour la recherche et l’éducation à Amsterdam. Queer et militant, il a à son actif de nombreuses publications sur la théorie socialiste, l’histoire et les études LGBT. Il a publié en 2014, en Hollande, le livre « Warped, Gay Normality and Queer anticapitalist », Haymarket Books, Chicago, 446 pages. Cet important livre pour les militants et militantes LGBTIQ (malheureusement disponible seulement en anglais) montre comment se sont formées depuis 150 ans les identités homosexuelles successives correspondant aux différentes phases du développement historique du capitalisme. Félix DB a traduit les extraits de "Warped..." contenus dans cet article. À la page 242, on lit : « Dans le système capitaliste mondial, l’identité gay/lesbienne a pris de nouvelles formes depuis les années 80, acquérant une position hégémonique dans la formation de l’identité des personnes de même sexe qui s’adapte de mieux en mieux à l’ordre néolibéral émergeant. Cinq caractéristiques homonormatives ont défini ce nouveau pattern hégémonique : 1. l’auto-définition de la communauté gay/lesbienne comme une minorité stable ; 2 une tendance croissante à se conformer au genre ; 3. la démarcation d’avec les personnes trans et des autres minorités (à l’intérieur de la minorité) et leur marginalisation ; 4. l’intégration croissante dans la nation ; 5. la formation de nouvelles familles normales gay /lesbienne. »

2. Ce texte est la traduction d’un exposé donné au camp de jeunesse de la Quatrième Internationale le 24 juillet 2019 ; la discussion qui a suivi a permis d’enrichir la section sur la résistance. « A Central issue : The far right , LGBTIQ people and a strategy for resistance », by Peter Drucker, paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, le 2 août 2019.

3. a) Lors de son adresse à la nation, le 4 février 2020, Donald Trump a donné la médaille présidentielle de la liberté à Rush Limbaugh qui s’oppose aux droits des LGBTIQ depuis des années. Cette médaille est considérée comme la plus grande distinction civile qu’une personne peut recevoir ;

b) Le 12 juin 2020, le gouvernement Trump a cassé les dispositions anti-discrimination dans les soins de santé et dans l’assurance-santé pour les personnes LGBTQ.

c) « La cour suprême américaine a accordé le 15 juin le bénéfice des mécanismes de lutte contre les discriminations au travail à des millions de salariés homosexuels et transgenres. Avec une décision prise à 6 contre 3, la Cour suprême vient d’offrir une victoire cinglante à la communauté LGBTQ » ; Référence : « Si les victoires LGBTQ existent aux États-Unis, c’est grâce aux émeutes des années 60 », Boyle Brian A., paru le 20 juin 2020 sur le site Europe Solidaire Sans Frontières.

4. Dans « Homonationalism, Heteronationalism and LGBTI Rights in the European Union », par Peter Drucker, article paru le 31 août 2016 sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, on peut lire : « On peut parler ’d’hétéronationalisme’ de la manière suivante : le phénomène des personnes révoltées qui ont des attitudes anti-LGBTQI qui sont des expressions de l’identité nationale, ethnique et/ou religieuse. » « Il y a un cercle vicieux d’antagonisme croissant entre le nouvel homonationalisme des communautés LGBTQI et ce qu’on peut appeler par analogie l’hétéronationalisme’ ». L’homonationalisme sera décrit un peu plus loin au cours de cet article.

5. On peut définir une orientation néolibérale comme le mode actuel de régulation du capitalisme. Dans son livre « Warped, Gay Normality and Queer Anticapitalism » (page 220-221), voici comment Peter Drucker parle du néolibéralisme : « La longue vague dépressive qui a commencé en 1974-75 a rencontré, à la fin des années 1970, l’offensive néolibérale, et cette offensive continue encore aujourd’hui. Cette offensive a inclus (pour être très schématique) : un tournant ’toyotiste’ vers les techniques de production ’juste à temps’ et la globalisation économique, la libéralisation et la dérégulation, qui utilise l’avantage qu’offre les nouvelles technologies, qui accélère la vitesse et la production et sa dispersion dans l’espace, la privatisation de plusieurs compagnies détenues par l’État et de plusieurs services sociaux ; une augmentation de la richesse et du pouvoir du capital au détriment du pouvoir du travail ; une augmentation de l’inégalité entre les pays (au moyen des crises de la dette et des politiques d’ajustement structurel) et au sein des pays (par la taxation régressive et des ’réformes’ de l’aide sociale et des attaques contre les syndicats) ; et la consommation de luxe qui a de façon constante remplacé la consommation de masse comme moteur de la croissance économique."

6. Extrait de l’article « Homonationalism, Heteronationalism and LGBTI Rights In the European Union », déjà cité à la note 4. « Il est particulièrement contre-productif de présenter l’Islam comme étant de façon inhérente plus homophobique que la Chrétienté, une notion qui est catégoriquement contredite par l’évidence historique. Les arguments peuvent devenir empoisonnés quand on les généralise à toutes les personnes d’origine musulmane, indépendamment des positions individuelles qu’on peut prendre sur les questions LGBTIQ. Ce prisme idéologique introduit de sérieuses distorsions dans l’interprétation, comme Will Roscoe et Stephen Murray l’ont souligné, et ne rend pas justice à ’la variété, la distribution et la longévité des patterns des relations entre personnes de même sexe dans les sociétés islamiques. » Voir Will Roscoe and Stephen O. Murray, ’Introduction’ in Murray and Roscoe (eds.), Islamic Homosexualities : Culture, History and Literature (NewYork : New York University Press, 1997, pp.4-6.Traduction par FDB.

7. Le gouvernement grec a voté contre les droits des LGBTIQ+, par Giannos Nikolaou, article paru le 11 février 2020 sur le site PTAG.

8. a) Un autre terme employé pour dénoncer l’utilisation du féminisme par les sectes pour soutenir des discours ou politiques xénophobes, et la promotion de l’islamophobie, est celui de fémonationalisme. Ce terme proposé originellement par Sarra R. Farris décrit les processus par lesquels différents pouvoirs s’alignent sur certaines revendications du mouvement féministe pour justifier des positions racistes, xénophobes, anti-pauvres ou islamophobes, en s’appuyant sur les préjugés selon lesquels les migrants sont forcément machistes et la société occidentale parfaitement égalitaire. Ainsi, les femmes et les droits qu’elles ont obtenus sont utilisés pour faire de l’immigration le bouc émissaire d’une supposée déperdition socio-économique et culturelle (Pérez, 2019). Extrait d’un article paru dans Inprecor no 670-671 janvier-février 2020 : « Féminisme et extrême-droite. Nouvelles droites et antiféminisme », par Judith Carreras.

b) « Une importante partie du mouvement national-populiste adhère à un discours ’homonationaliste’ ou ’féminonationaliste’, et prône ainsi un idéal du Québec que rejettent d’emblée d’autres segments de l’extrême-droite. L’opposition à ’l’islam radical’ et à ’l’immigration illégale’ est souvent formulée sous l’angle des droits des femmes et des personnes LGB (en excluant la plupart du temps les droits des personnes trans), et même parfois dans un cadre ’féministe’ ». Cité dans : Nouveaux Cahiers du Socialisme, « La Droite : Quelles droites ? », hiver 2020 ; « Entre national-populiste et néofascisme. État des lieux de l’extrême-droite au Québec en 2019 », page 157.

9. a) Cité dans "Warped...", page 20 : Peter Drucker cite en référence : Lisa Duggan, ’ The New Homonormativity : The Sexual Politics of Neoliberalism’, in Materializing Democracy : Toward a Revitalized Cultural Politics, edited by Russ Castronovo and Dana D.Nelson, Durham, nc : Duke University Press. 2002, page 179.

b) Ibidem : « L’homonormativité accouche d’une circonscription gay démobilisée et d’une culture gay privatisée, dépolitisée, ancrée dans la vie au foyer et la consommation. Ces politiques fondées sur l’identité non seulement évacue la question de classe, mais... naturalise le capitalisme. » Peter Drucker cite en référence : Lisa Duggan, « The Twilight of Equality ? Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy, Boston : Beacon Press, 2003, page 50.

c) Ibidem : « L’hétéronormativité est l’institutionnalisation de l’hétérosexualité avec le supposé implicite que les gens sont straights à moins qu’ils ne soient étiquetés autrement. » (Lisa Duggan, 2002, p. 179.)

d) Lisa Duggan ajoute que « l’hétéronormativité et l’homonormativité ne sont pas équivalents : il n’y a pas de structure pour faire la promotion de la vie gay, peu importe qu’elle soit conservatrice ou normalisante, qui pourrait se comparer aux institutions qui font la promotion de l’accouplement hétérosexuel. » (Duggan 2003, p. 95, n.14)

10. a) Voir : « Les pratiques de ’guérison’ de l’homosexualité se sont répandues dans le monde », électrochocs, exorcismes, psychothérapies, par Marta Borraz, paru sur le site PTAG, le 3 mars 2020. Voir aussi le film « Garçon Effacé », 2018.

b) Cité dans « Warped... », page 199 : « Quelque semaines suite à la rébellion de Stonewall, le Gay Liberation Front se formait à New-York et se proclamait comme un groupe révolutionnaire ; en 1970, des militants de la libération envahissaient la réunion de l’Association américaine de psychiatrie et interrompaient un exposé sur la thérapie aversive (...) en criant ’Génocide ! Et ’Torture’ » ; la référence dans « Warped... » est la suivante : D’Emilio, John, 1983b, pp.232-5 : « Sexual Politics, Sexual Communities ; The making of homosexual minority in the United States », 1940-1970, Chicago ; University of Chicago Press.

c) « Le gouvernement minoritaire du Parti Libéral du Canada vient de déposer un projet de loi (C-8) à la Chambre des communes instaurant 5 nouvelles infractions au Code criminel. Il sera désormais interdit de soumettre un mineur à une thérapie de conversion au Canada ou de ’l’extirper à l’étranger’ pour ce faire. Il devient aussi criminel de faire subir contre son gré une telle thérapie à un adulte. Les 3 infractions sont punissables d’une peine maximale de cinq ans de prison. Quant aux thérapies destinées aux adultes, elles ne peuvent faire l’objet d’aucune rémunération ni publicité. » Le Devoir, 10 mars, 2020.

d) Le 7 mai 2020, le Bundestag a voté l’interdiction des prétendues ’thérapies de conversion’ destinées aux personnes de 18 ans et moins. « Toute personne faisant la publicité ou proposant ces programmes de ’guérison’ s’expose désormais à 30,000 euros d’amendes ou à un an de prison. » « Homosexualité : L’Allemagne interdit les ’thérapies de conversion’ pour mineurs », courrier international, 8 mai 2020.

11. Cité dans « Warped... », page 220 : « Alors que le néolibéralisme créait les conditions sociales permettant de définir et de consolider une nouvelle et spécifique constellation de la normalité gay, l’impact anti-social du néolibéralisme a donné à plusieurs personnes LGBT une grande variété de raisons pour questionner la normalité gay telle qu’elle a pris forme dans les années 90. En analysant les bases matérielles de la dissidence queer, on peut fournir une base plus solide pour répondre à des question préoccupantes et centrales de la récente thèse queer – défendre les LGBT non-conformistes et moins privilégié.e.s contre l’homonormativité – que la théorie queer elle-même offre. Cette approche peut même aider à répondre au défi que pose la réification du désir qui se manifeste dans la commercialisation de la sexualité, la ’désublimation répressive’, le binôme gay/straight, et aider à jeter les fondations de l’anti-capitalisme queer ».

12. a) 1. « États-Unis. Tout au long du mois de juin, des centaines de milliers de personnes ont manifesté, dans des centaines de villes et villages, contre le meurtre de George Floyd assassiné par la police de Minneapolis. (Le New York Times du 9 juillet 2020 évaluait entre 15 et 26 millions les personnes qui ont participé aux récentes manifestations contre le racisme et les violences policières dans tout le pays, note du traducteur). Ont aussi eu lieu des marches de fiertés LGBTQ qui ont soutenu les manifestations contre le racisme. De grandes marches des Fiertés noire se sont déroulées à New York, Los Angeles et dans d’autres villes ; certaines pour les personnes trans noires qui sont souvent victimes de violences policières. De nombreux membres du mouvement LGBTQ ont souligné les origines communes des deux mouvements de défense des droits civiques – des Noirs et des LGBTQ- dans la résistance à la discrimination et aux violences policières....Les marches des Fiertés ont commencé en juin 1970, mais au fil des ans, à mesure que le mouvement LGBTQ gagnait en succès, les entreprises ont commencé à parrainer les marches, qui coopéraient souvent avec la police. Cette année, des porte-parole LGBTQ ont parlé de rompre avec le parrainage d’entreprises et de revenir aux racines d’un mouvement qui a commencé avec une série d’émeutes spontanées contre un raid de la police qui a eu lieu dans la nuit du 28 juin 1969 à New York, au Stonewall Inn, un bar qui accueillait les personnes LGBT. » Référence : USA protests against racism ; LGBTQ Pride ; Continuing crises ; Trump’s decline, 28 juin 2020, par La BOTZ Dan, paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, et traduit par Henri Wilno.

12. a) 2. Aux États-Unis : « Il y a clairement un processus générationnel, des jeunes beaucoup plus ouverts à la diversité sexuelle, qui sont contre le racisme et qui acceptent les minorités ethniques. Les manifestations sont multiraciales, et ce sont des adolescent.e.s, parfois âgé.e.s de seulement 12 ans, qui mobilisent. Les leaders ont entre 19 et 20 ans. C’est une génération très consciente que son futur est en danger. La solidarité est une question presque naturelle pour ces jeunes, la solidarité avec leurs ami.e.s et avec leurs communautés. De plus en plus, ces manifestations sont intergénérationnelles et elles prennent de l’ampleur. » Référence : « The Movement against racism and police violence – an initial assessment », paru sur le site International Viewpoint, 27 juin 2020, par Alex Guerin, Hector A. Rivera, Marine Benjelloun. Traduction : Félix DB.

12. b) France. « Depuis 50 ans, nous célébrons chaque année les émeutes de Stonewall, autour de la date anniversaire du 28 juin. Ces manifestations se sont au fil des années transformées en parades, défilés et nos luttes ont été instrumentalisées à des fins capitalistes. En France, à Paris, une inter-asso porte chaque année le projet mais rate de plus en plus le coche politique, laissant la place à une fête annuelle commerciale pailletée. Face aux besoins grandissants d’une autre politisation pour cet évènement, des manifs alternatives ont déjà été organisées de 2015 à 2017, appelées Pride de nuit et, à plusieurs reprises, des cortèges radicaux se sont mis en place pour prendre la tête du défilé....Ce 4 juillet dans les rues de Paris, nous étions (collectifs, assos queer et individuEs) 7000 à manifester, queers racisées en tête de cortège scandant des slogans antiracistes et pro LGBT. » Référence : « PRIDE 2020, nos fiertés sont politiques ! », 8 juillet 2020, par Drass Tecles, et paru sur le site du NPA.

12. c) Angleterre. « Le mouvement Black Lives Matter est dirigé par la jeunesse Noire, mais ielles dirigent un mouvement social multi-racial. Les opprimé.e.s s’organisent et se battent contre la racisme de la police, mais ielles ont l’appui dans les rues de dizaines de milliers de personnes de la jeunesse blanche. C’est le premier mouvement social de masse à l’ère du coronavirus. Nous savons que l’économie s’effondre et qu’elle se dirige vers une nouvelle dépression. Nous faisons face à une vague de licenciements, de coupures dans les salaires, et des évictions de logements.Nous savons que des millions de jeunes font particulièrement face à un futur sombre. » Référence : « Britain anti-racist mobilisation », par Federica Dadone, Namaa AL-Mahdi, Neil Faulkner, paru sur le site International Viewpoint, le 24 juin 2020. Traduction Félix DB.

ADDENDUM

Extrait de « Warped... », page 164 à 168 : « Émergeant graduellement, suite à une période de répression de 1930 à 1950, l’identité gay à une échelle de masse a bénéficié de la prospérité croissante des classes moyennes et ouvrières. Ce sont des changements culturels profonds de 1940 à 1970 qui ont servi de catalyseurs à l’identité gay que la prospérité a contribué à rendre possible. Cela signifie que l’identité gay a été façonnée de plusieurs manières par le mode d’accumulation du capitalisme que certains économistes ont qualifié de ’Fordisme’ : spécifiquement les sociétés de consommation de masse et les États providence.

Après 1945, la qualité de vie s’est améliorée rapidement dans les pays capitalistes sous le régime fordiste, régime sous lequel le modèle de Henry Ford de production d’automobiles (la ligne d’assemblage) s’est étendu à plusieurs autres industries et à plusieurs autres endroits du monde. Les augmentations conséquentes de productivité du travail ont été accompagnées dans une large mesure d’une augmentation des salaires réels qui ont soutenu la demande croissante effective. Différentes formes d’assurances sociales ont servi de coussin lorsque les travailleurs et les travailleuses ont dû encaisser des coups durs lors des creux du cycle d’affaires. Conséquemment et pour la 1ère fois, la masse des travailleurs et des travailleuses ainsi que les étudiants et les étudiantes ont eu la possibilité de vivre indépendamment de leur famille et de pouvoir donner une plus grande place à leur quête d’un objet sexuel et à leur quête d’identité.

...Si la sexualisation des relations humaines et de la société avaient signifié une réelle érotisation de la vie quotidienne, nous l’aurions accueilli avec plaisir. En réalité cependant, la sexualisation de la vie sous le régime Fordisme a entraîné ce que Herbert Marcuse a analysé comme de la ’désublimation répressive’ soit l’intégration du sexe dans le ’travail et dans les relations publiques’ faisant en sorte que le sexe trouvât une issue plus susceptible d’être satisfaite (mais une satisfaction contrôlée)....

...’Désublimation répressive’ : une combinaison difficile entre la liberté sexuelle et une canalisation de la sexualité dans des formes compatibles avec l’ordre productif et reproductif. Une des formes que cette canalisation a prise fut la formation des identités sexuelles fixes : quelque chose de plus restrictif que l’énergie érotique flottant librement, mais quelque chose de moins strict que le désir pour une personne spécifique. »

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