Le STTP au cœur des luttes
Le STTP a mené des batailles importantes pour la défense des services publics et a eu un impact important dans le mouvement ouvrier et populaire en ce qui concerne l’élargissement de la lutte revendicative vers une lutte de changement social. Pas étonnant qu’il ait été la cible du patronat et des gouvernements. Il a, depuis longtemps, eu à faire face à de nombreux écueils. Le gouvernement fédéral a imposé des lois spéciales de retour au travail à six reprises, notamment en 1978, 1987, 1991, 1997, 2011 et 2018, pour mettre fin à des arrêts de travail. Il a été parmi les principaux instigateurs du caucus de gauche au sein du CTC afin de raffermir ses positions et permettre de mener un combat unitaire contre le néolibéralisme.
Le syndicat avait développé différentes stratégies. Il avait utilisé des grèves tournantes (plutôt qu’une grève générale immédiate). Il s’assurait ainsi de maintenir la pression sans déclencher instantanément une intervention législative, tout en sensibilisant le public aux enjeux du service postal public. La section locale de Montréal avait aussi occupé des bureaux de ministres dont celui d’Alfonso Gagliano à plusieurs reprises. Nous avions aussi occupé les bureaux de Postes Canada dans l’édifice de la rue La Gauchetière à Montréal. Ces actions avaient fait sensation et nous avaient apporté beaucoup d’appui.
Le gouvernement fédéral a toujours été complice des compagnies privées et tente depuis longtemps de réduire la portée du service postal public. Cet objectif repose aussi sur une lutte contre le STTP, syndicat avant-gardiste dans le mouvement ouvrier. Les récents gestes posés par le gouvernement Carney le démontrent clairement.
Une offensive sans précédent contre le STTP
Dans un geste sans précédent dans l’histoire du mouvement ouvrier au Canada, la ministre de l’emploi et des familles, Patty Hajdu, a annoncé le 12 juin 2025 qu’elle exercerait son pouvoir en vertu du paragraphe 108.1(1) du Code canadien du travail afin d’ordonner un vote sur les offres finales que Postes Canada a soumises au Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) le 28 mai 2025. Le Conseil canadien des relations industrielles avait été chargé de tenir ce vote. Si une majorité simple des travailleurs et travailleuses votaient en faveur de l’offre de Postes Canada, une nouvelle convention collective aurait été imposée, mettant fin à la capacité du syndicat de négocier. Le syndicat a déployé d’énormes énergies afin de rencontrer les membres d’un bout à l’autre du Canada et a réussi à gagner le vote, 70% des membres ont refusé la proposition patronale. Au total 80% des membres ont voté, soit environ 40 000 membres. Cela a confirmé la détermination des membres du syndicat à poursuivre la lutte. On n’avait jamais rien vu de tel dans le mouvement syndical auparavant. Le gouvernement a enlevé le droit au syndicat de s’adresser aux membres afin de donner son avis concernant les offres patronales. Mais les efforts du syndicat ont porté fruit et les offres patronales ont été rejetées.
En décembre 2025, Steven MacKinnon, alors ministre du Travail, a utilisé l’article 107 du Code canadien du travail pour mettre la grève légale sur « pause », évitant ainsi de soumettre cette question au parlement.
Il a également utilisé l’article 108 pour créer une Commission d’enquête sur les relations de travail. Chaque fois qu’il est intervenu, le gouvernement l’a fait en faveur de la direction de Postes Canada : suspension de notre grève légale ; création d’une Commission d’enquête dotée d’un mandat qui favorise les positions patronales ; et maintenant, imposition d’un vote malgré la forte opposition du Syndicat. Comme si ce n’était pas suffisant, le premier ministre Mark Carney a fait disparaitre le titre de ministre du travail en créant une nouvelle fonction de ministre de l’Emploi et de la Famille, et nommé Patty Hajdu à ce poste. Il n’y a donc plus de poste dédié au travail au gouvernement fédéral.
Le syndicat des travailleurs et travailleuses des postes faisait face à un vent contraire venant de deux sources qui se combinent. Le refus de négocier de Poste Canada qui s’appuyait sur l’offensive antisyndicale du gouvernement Carney.
Quelles perspectives ?
Voici le commentaire d’une militante, Roxanne Gale déléguée syndicale et membre du comité de mobilisation de la section locale de Montréal du STTP, concernant l’article d’Alex Passey :
« Alex Passey critique la décision de se conformer aux ordres gouvernementaux, estimant qu’elle rompt avec l’histoire du mouvement ouvrier, fondée sur la désobéissance civile et la mobilisation directe. Il appelle les syndicats à renouer avec ces pratiques et à faire preuve de courage face aux pressions étatiques et corporatives. Son texte est mobilisateur et percutant, car il interpelle sur le rôle des syndicats et la nécessité de défendre les travailleurs dans un contexte néolibéral.
Cependant, son analyse reste partielle. Elle simplifie la réalité des conflits contemporains en passant sous silence les contraintes humaines, juridiques et stratégiques auxquelles les syndicats doivent faire face. La comparaison avec Air Canada ignore les contextes spécifiques et le soutien variable du public. De plus, l’auteur ne prend pas en compte la complexité des luttes actuelles, qui se jouent autant dans les rues que dans les recours juridiques et l’arbitrage, ni les risques réels encourus par les travailleurs en cas de désobéissance civile prolongée.
À mon avis, l’article soulève des enjeux pertinents et relance un débat nécessaire sur la combativité syndicale. Néanmoins, il gagnerait à intégrer une vision plus nuancée des réalités contemporaines et des stratégies efficaces pour défendre durablement les travailleurs. Sa portée analytique reste limitée par un focus trop centré sur la critique des choix syndicaux. »
Alex Passey explique qu’en décembre 2024, « le STTP a eu l’occasion de faire quelque chose d’historique et que les membres du syndicat étaient prêts à défier l’ordre de retour au travail et l’ont dénoncé comme une subversion inconstitutionnelle de notre droit de négocier avec notre employeur. De nombreuses voix ont appelé le STTP à rester sur la ligne de piquetage et à montrer que notre droit de négocier un contrat équitable selon nos propres conditions ne devait pas être compromis par les caprices du gouvernement »
« Au lieu de cela le STTP a docilement suivi l’ordre de retour au travail acceptant tacitement que nous ne pouvons mener des négociations collectives qu’à la convenance et selon les conditions des pouvoirs institutionnels mêmes contre lesquels nous négocions. »
Ce sont à mon avis des qualificatifs qui n’aident pas à faire avancer le débat. Défier les lois de retour au travail est une possibilité mais il faut considérer le rapport de force nécessaire pour arriver dans un contexte où le STTP était la cible principale du gouvernement.
Pour une grève générale du mouvement ouvrier
On ne peut laisser les syndicats aller à l’offensive isolément un à la fois. Dans cette mesure, je comprends le questionnement d’Alex Passey. Notre défi est de trouver les voies de passage qui permettent d’unifier nos luttes. C’est ce sur quoi nous devons travailler.
La lutte du STTP et des syndicats du secteur public et para public, dépendent pour beaucoup de l’appui de la population. Les stratégies doivent aussi en tenir compte et trouver des moyens de pression innovateurs qui vont mettre le gouvernement sur la défensive. Le STTP a été plus souvent qu’à son tour la cible de l’offensive des différents gouvernements parce qu’il a été à l’avant-garde des luttes sociales, il a été un des premiers à gagner des congés parentaux substantiels. Il a su élargir sa perspective pour en faire un combat politique à laquelle les autres secteurs de la population peuvent se reconnaître.
Devant une offensive antisyndicale de grande ampleur, les syndicats ont dû combattre en ordre dispersé et le CTC n’a pas joué le rôle qu’on attend de lui. Il est urgent qu’il mette en place des États généraux du syndicalisme afin que les syndicats puissent se doter d’une stratégie commune. Les luttes sectorielles deviendront de plus en plus intenses et les gains difficiles à obtenir dans le contexte de cette offensive anti ouvrière. Notre défi est de travailler à unifier nos luttes contre les politiques anti ouvrières des gouvernements.
Le 14 octobre 1976, plus d’un million de travailleuses et de travailleurs à travers le Canada s’étaient joints à une grève générale à l’appel du Congrès du travail du Canada afin de dénoncer le projet du gouvernement fédéral d’imposer une loi sur le contrôle des prix et des salaires. Il est temps de reprendre ce flambeau !
André Frappier
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