tiré du site rabble.ca
Avi Lewis : C’est fantastique d’être de retour à Winnipeg, d ‘être ensemble avec des travailleurs et travailleuses de partout au pays. Il y a seulement six semaines, j’étais ici même à Winnipeg avec des milliers de néo-démocrates travaillant ensemble pour renouveler notre parti et raviver notre mouvement. Présentes dans la foule, comme toujours lors d’un congrès du NPD, des centaines de personnes du mouvement syndical — des représentant·es régionaux, des délégué·es syndicaux, des travailleurs tout juste sortis d’une campagne de syndicalisation ou d’une lutte pour leurs droits. Ce type de solidarité est toujours inspirant à voir. Regarder dans une salle et voir ce que notre parti peut être à son meilleur, le parti des travailleurs·euses et du travail. Et après l’annonce des résultats, une fois que j’ai arrêté de fêter et que je suis remonté sur scène, j’étais entouré d’une grande foule de partisan·es et de membres, dont des dirigeants syndicaux et des membres de la base, debout ensemble pour réaffirmer l’objectif fondamental du NPD : améliorer la vie des travailleurs, épaule contre épaule avec le mouvement syndical, comme toujours.
Maintenant, je ne sais pas si vous l’avez aussi ressenti, mais tout cela semblait assez poignant quelques semaines plus tard, quand un autre congrès se tenait pour un autre parti fédéral. Je suis sûr que vous avez tous vu à quel point celui-là avait l’air différent, quand un ministre du gouvernement fédéral de cet autre parti a demandé s’il y avait des représentants syndicaux dans la salle. Et d’un coin éloigné s’est élevée une seule voix solitaire, un pauvre petit « wouhoo ! ». C’était un peu crispant, bien sûr — un moment parfait à partager avec sarcasme sur les réseaux sociaux — mais je n’évoque pas ça pour rire ou pour lancer des flèches partisanes. Je l’évoque parce que c’est un signe préoccupant de l’état de la politique dans ce pays. Aux commandes de cette nation, nous avons un gouvernement qui parle beaucoup de construction, construire, construire, construire — grands projets, accélération des investissements majeurs, guichet unique pour des approbations accélérées. Mais ce qui manque dans tout ces grands discours, ce qui est absent du message, c’est vous. Ils oublient constamment de mentionner que tout ce travail ne peut se faire qu’en partenariat avec le travail. Tout comme les travailleurs et le mouvement syndical sont absents des mises à jour économiques et des budgets, absents des projections qui informent le gouvernement sur ce qui se passe dans notre économie.
J’étais à la télévision de CBC le jour de la mise à jour économique de printemps, et j’ai mentionné à David Cochrane l’absence notable d’économistes syndicaux dans les premières pages de ce document — là où sont listés les prévisionnistes du secteur privé, autrement dit les banquiers. Et il m’a dit : « Vous dites que les syndicats devraient participer aux prévisions économiques ? » Et moi : j’ai répondu : les économistes syndicaux. Ce gouvernement a clairement du mal à se souvenir des travailleurs et des syndicats. Quand Mark Carney a formé son premier cabinet, il a oublié de nommer un ministre du Travail. Ce gouvernement a mené une consultation de 30 jours sur l’intelligence artificielle. Il l’a appelée un « sprint » — pour reprendre les termes des « tech bros » dont ils sont si épris. Et ils ont oublié de consulter les syndicats. Heureusement, certains des leaders visionnaires présents dans cette salle ont fait irruption dans cette réunion sur l’IA la semaine dernière et ont mis les préoccupations des travailleurs devant le ministre responsable. Ils ont exigé — nous avons exigé — que les employeurs dans ce pays s’arrêtent et parlent aux travailleurs et aux syndicats avant de déployer l’IA en milieu de travail.
La vérité, c’est que ce gouvernement ne peut livrer les grands projets qu’à la table de négociation. Tout comme il ne peut remédier aux pénuries critiques de nos services publics brisés qu’en investissant dans les travailleurs, les travailleuses, dans les gens. Pas en sous-traitant et en privatisant les hôpitaux et les aéroports, mais en injectant de vraies ressources dans les systèmes sur lesquels des millions d’entre nous comptent, dans l’économie des soins qui tient ce pays ensemble. En fait, si ce gouvernement veut vraiment tracer une voie d’avenir pour notre pays, il doit le faire main dans la main avec les travailleurs et ls travailleuses du Canada.
Je suis ici pour vous dire que le NPD se bat pour cela chaque jour sur la Colline. Même si notre vaillant caucus ne compte que cinq membres, nos député·es travaillent d’arrache-pied. Et je veux vous donner un aperçu des prochaines semaines, pendant lesquelles nous allons nous démener jusqu’à la fin de cette session du Parlement pour décrocher des gains dont les travailleurs ont grandement besoin.
Premièrement, nous devons supprimer définitivement l’article 107 du Code canadien du travail. Il faut l’éliminer. Nous l’ouvrons et nous le retirons. Leah Gazan — comme vous le savez, la grande députée d’ici même, de Winnipeg, le centre de l’univers, comme elle ne cessera jamais de le dire — a un projet de loi qui plante fermement ce drapeau en terre. Aucun travailleur ne devrait être forcé de retourner au travail quand il défend ses droits sur une ligne de piquetage. Il faut en finir avec ça dans ce pays.
Notre leader parlementaire, Heather McPherson, que vous avez vue sur le plancher cette semaine, fera avancer un projet de loi pour mettre fin aux syndicats de boutique comme le CLAC et redonner le pouvoir aux travailleurs et à nos vrais syndicats.
Notre chef parlementaire et critique en matière de travail, vous le connaissez bien, Don Davies, qui a travaillé sans relâche avec vous sur la loi anti-briseurs de grève, s’emploie maintenant à fermer les honteuses lacunes de cette législation qui permettent à des entreprises comme Rogers de faire venir des briseurs de grève par avion. Pas de briseurs de grève signifie pas de briseurs de grève.
Et en tant que nouveau venu — pas encore assermenté à la Chambre des communes — je serai là avec eux, pour rappeler au gouvernement qui a bâti ce pays et qui ce pays devrait servir, parce que le Canada n’est fort que par ses travailleurs.
Et bien sûr, nous ne nous arrêtons pas à la législation. C’est le travail à la Chambre. Il reste le travail à faire pour changer la société. Nous avons défendu la place du Canada dans le monde, nous nous sommes battus pour une économie indépendante et une politique étrangère indépendante de celle des États-Unis — un Canada qui se dresse contre le génocide à Gaza, un Canada qui s’oppose à la guerre chaotique, illégale, immorale et insensée contre l’Iran, déclenchée unilatéralement par les États-Unis et Israël. J’ai été fier d’être invité par Labour for Palestine à prendre la parole à leur événement parallèle hier, et je salue le travail de Labour for Palestine dans cette salle. Nous avons besoin d’un Canada qui défende les droits humains fondamentaux, pour qui chaque être humain est précieux sur cette planète. C’est le combat plus large, et il n’a jamais été plus urgent dans notre pays.
C’est pourquoi nous avons sans relâche souligné l’urgence quotidienne à laquelle les Canadiens font face aujourd’hui. L’injustice criante du coût de la vie et d’un système qui rend la vie de plus en plus difficile pour les travailleurs et les travailleues. Le NPD est aujourd’hui entièrement concentré sur des solutions qui s’attaquent de front à la crise du coût de la vie. Dès mon arrivée à Ottawa après mon élection (comme chef du NPD) ici à Winnipeg, j’ai demandé au gouvernement fédéral d’interdire une nouvelle pratique déjà largement répandue aux États-Unis et qui menace de s’implanter ici au Canada : la tarification de surveillance. C’est exactement ce que ça semble être. Les grandes épiceries et autres détaillants s’allient avec les grandes technologies — les « broligarchs » qui contrôlent notre économie mondiale — pour faire grimper les prix que vous payez pour la nourriture, les couches, tous les produits essentiels dont vous avez besoin pour vous en sortir. Et quand je dis « vous » ici, je veux dire vous, personnellement — en utilisant vos données personnelles comme votre historique de recherche, votre carte de points fidélité, ou même une IA qui lit vos courriels — ils utilisent tout ce qu’ils peuvent pour maximiser les profits qu’ils tirent de votre panier d’achats. Ça se passe dans tout le secteur du commerce de détail, surtout sur les sites où vous magasinez, mais même dans les commerces physiques grâce à ces nouvelles petites étiquettes de prix numériques qui apparaissent sur les rayons partout où vous allez. Cela signifie que deux personnes peuvent voir deux prix complètement différents pour le même article sur le même site ou dans le même magasin en même temps. C’est injuste. Ce n’est pas canadien. Et c’est franchement inquiétant. C’est pourquoi le premier ministre Wab Kinew, dont le gouvernement NPD du Manitoba, interdit déjà cette pratique prédatrice — comme les gouvernements NPD l’ont toujours fait. Et c’est pourquoi les premiers ministres NPD en attente partout au pays, de Marit Stiles en Ontario à Carla Beck en Saskatchewan, poussent pour la même chose dans leurs provinces et territoires.
Et sur la scène nationale, le NPD — comme vous pouvez l’imaginer — ne s’arrête pas à l’épicerie. Nous nous en prenons à tous ces petits clubs de grandes entreprises qui dominent chaque secteur de notre économie. Nous dénonçons le contrôle monopolistique, la majoration abusive des prix, la collusion et l’accumulation de mégaprofits, secteur après secteur. La crise du coût de la vie n’est rien de moins qu’une attaque contre la vie quotidienne de la classe ouvrière de ce pays. Aujourd’hui, le marché ne parvient pas à fournir les produits essentiels — le logement, la nourriture, les communications, le transport et les soins de santé — dont nous avons besoin pour survivre à un prix abordable avec les salaires que nous gagnons. On appelle ça une défaillance du marché. Et fournir des solutions aux Canadiens en période de défaillance du marché, c’est littéralement la raison d’être du gouvernement.
Alors nous réclamons une option publique pour les épiceries qui pourrait réduire le coût des aliments de 30 à 45 %, une option publique pour les téléphones intelligents et l’accès à Internet, pour enfin briser le monopole des télécommunications qui fait payer aux Canadiens les prix les plus élevés au monde pour un service essentiel du 21e siècle, tout en ne payant pas suffisamment ses travailleurs. Et nous nous battons pour concrétiser ce que nos frères, sœurs et camarades de la STTP réclament depuis des années : une banque postale publique. Merci.
La Colombie-Britannique et le Manitoba ont encore une assurance automobile publique. La Saskatchewan a une entreprise de télécommunications publique. Vive SaskTel — puisse-t-elle retrouver ses heures de gloire, après avoir été dégradée par le gouvernement actuel de la Saskatchewan. L’Alberta a une banque publique, et les coopératives d’alimentation des forces armées américaines vendent déjà des épiceries publiques à 8 millions de militaires et leurs familles. Mes amis, ce n’est pas un ensemble de propositions radicales. Il est temps d’avoir un gouvernement fédéral canadien qui assume ses responsabilités et gouverne franchement en période de crise pour les travailleurs et les travailleuses. C’est ce pour quoi nous nous battons jour après jour.
Mes amis, je ne vais pas vous mentir. Notre parti est à un moment charnière. Notre meilleur score électoral remonte à 15 ans maintenant, avec Jack et la vague orange. Malgré un caucus plus petit, nous avons remporté de grandes victoires ces dernières années sous Jagmeet Singh : les soins dentaires pour 9 millions de Canadiens, cette loi anti-briseurs de grève historique, les prémices d’un vrai régime d’assurance-médicaments ici au Canada — que nous défendons jour après jour pour étendre cette promesse que le gouvernement Carney a faite et dont il se défile clairement, pour conclure ces ententes sur les médicaments avec toutes les provinces.
Mais au fil des années, le NPD a trop perdu le contact avec la classe ouvrière de ce pays. Et maintenant, nous devons faire preuve d’humilité et d’autocritique — écouter les gens qui travaillent dans les ateliers, en première ligne dans les soins de santé, et dans les innombrables emplois qui font tourner notre pays. Cela signifie s’engager, se réengager auprès des travailleurs·euses racialisé·es, des communautés immigrantes, des travailleurs queer et trans, de toutes les communautés qui sont systématiquement marginalisées et opprimées dans notre société. Cela signifie approfondir les relations avec la communauté pour la justice pour les personnes handicapées, avec tant de Canadiens qui ne peuvent pas travailler ou qui ont besoin d’aménagements pour travailler et qui ont tant de sagesse et de créativité à apporter à notre lutte collective.
Alors je veux vous entendre. Ne soyez pas timides. C’est mon travail et mon privilège d’avoir les conversations difficiles. Je les accueille afin que nous puissions ensemble reconstruire un parti qui serve à nouveau les espoirs et les aspirations de millions de travailleurs dans ce pays. Ce sont les espaces où les organisateurs syndicaux se rassemblent et renforcent notre cause. C’est dans ces espaces — vos espaces — que notre parti peut retrouver son chemin, épaule contre épaule avec les travailleurs. Le Canada a besoin de ce parti : un parti qui se présente sur chaque ligne de piquetage, un parti qui se bat de toutes ses forces contre l’injustice criante qui force des parents à sauter des repas pour que leurs enfants puissent manger, et un parti qui comprend que le plus grand cadeau que nous puissions transmettre d’une génération à l’autre, c’est une carte syndicale — un passeport vers la prospérité, la dignité et une vie meilleure pour tous et toutes. Thank you. Merci.
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