Édition du 4 octobre 2022

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Monde du travail et syndicalisme

UPS risque une grève majeure pour l’obliger à protéger la santé et la sécurité des chauffeur.e.s

Fin août, alors que les températures montaient en flèche aux États-Unis, un chauffeur de United Parcel Service (UPS) a pris des photos avant-et-après de biscuits aux pépites de chocolat sur une plaque à pâtisserie. Les délicieuses confiseries ont été cuites - pas dans un four, mais sur le tableau de bord d’un camion UPS où les températures internes ont atteint des niveaux dangereux. C’était une façon ingénieuse de montrer l’horreur moderne de la crise climatique qui se croise avec la cupidité des entreprises.

6 septembre 2022 | Independent Media Institute
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La publication Business Insider, qui a republié les photos, a expliqué que « les conducteurs et conductrices documentent les conditions de chaleur extrême dans leurs véhicules en partageant des photos de thermomètres qui montrent jusqu’à 150 degrés et en cuisinant des steaks et en cuisant des biscuits sur leurs tableaux de bord. »

Mais ce n’est pas que les biscuits et la viande qui cuisent dans les camions. Les conducteurs et conductrices s’effondrent et meurent des températures extrêmes.

Mort de chaleur

Esteban Chavez Jr., 24 ans, qui travaillait pour UPS depuis quatre ans, est décédé par une chaude journée de juin à Pasadena en Californie, après s’être évanoui dans son camion, alors qu’il livrait des colis. Environ 20 minutes après être tombé du siège du conducteur, un habitant à proximité l’a remarqué et a appelé les autorités. Mais il était trop tard. La famille de Chavez considère qu’il est mort d’un coup de chaleur.

Fin août, un autre chauffeur d’UPS à Paso Robles, en Californie, a eu un coup de chaleur au volant et s’est écrasé dans un restaurant, causant de graves dommages à l’ensemble du bâtiment.

En juillet, un autre chauffeur d’UPS en Arizona a été filmé par une caméra vidéo trébuchant vers l’entrée d’une maison et tombant d’épuisement quand il livrait un colis. Il a finalement réussi à se relever et à regagner son camion. Le propriétaire de la maison était tellement inquiet qu’il a appelé la police. Un autre chauffeur d’UPS basé à Las Vegas, Moe Nouhaili, a déclaré au Guardian que l’incident n’était que la partie émergée de l’iceberg : « Les gens tombent chaque semaine. C’est juste que le vidéo est devenu viral. »

En réponse à la vidéo UPS a publié une déclaration disant que les chauffeur.e.s « sont formé.e.s pour travailler à l’extérieur et pour les effets du temps chaud, » comme si l’entreprise avait découvert un secret physiologique et a enseigné à ses chauffeur.e.s comment devenir invulnérables à la chaleur extrême. En réalité, l’entreprise a simplement demandé aux chauffeur.e.s d’arrêter de travailler et de consulter un médecin en cas de malaise.

UPS a également déclaré à Business Insider en réponse aux photos des biscuits cuits sur le tableau de bord : « Nous ne voulons jamais que nos employé.e.s continuent à travailler au point de risquer leur santé ou de travailler de manière dangereuse. » Cette réponse est insultante et équivaut à dire : « Nous voulons qu’ils et elles travaillent jusqu’à ce qu’ils et elles ne puissent plus travailler ».

En réponse aux conditions de travail insoutenables par forte chaleur sans climatisation, les chauffeur.e.s demandent que l’employeur équipe les camions de livraison de climatisation, protection directe et facile contre les coups de chaleur. UPS peut se le permettre : en juillet cette plus grande entreprise de transport du monde a déclaré un chiffre d’affaires de près de $25 milliards, en hausse significative par rapport à l’année dernière.

La PDG d’UPS, Carol Tomé, a attribué à juste titre les énormes bénéfices de son entreprise au travail acharné des employé.e.s, en disant : « Je tiens à remercier nos employé.e.s à travers le monde entier pour avoir fourni un service exceptionnel à nos client.e.s. » Et elle a ajouté : « Alors que l’environnement externe est en constante évolution, notre cadre stratégique - meilleur, mais non plus grand - a amélioré fondamentalement presque chaque aspect de notre activité, permettant une plus grande agilité et de solides performances financières. »

« Chaque aspect de notre entreprise » n’inclut pas apparemment celui qui devrait être le plus fondamental : des conditions de travail sécuritaires et confortables pour les travailleurs et les travailleuses qui gagnent ces énormes profits pour l’entreprise.

La formation pour rester au frais

Au lieu d’équiper les camions de la climatisation, l’entreprise a utilisé une petite partie de ses profits pour faire une vidéo éducative élégante et condescendante, intitulée « Des solutions fraîches. » La vidéo dure à peine plus d’une minute et offre des conseils, tels que « se reposer », « manger bien », « rester hydraté », et – sans aucun sens de l’ironie – « rester à l’abri et au frais de la chaleur. »

La vidéo suggère aussi aux conducteurs et conductrices de rechercher des espaces frais comme les épiceries, les dépanneurs, les bureaux et les bâtiments gouvernementaux climatisés pour faire baisser leur température. « La clé est de connaître les endroits où vous pouvez vous refroidir ; ils auront de l’air climatisé où vous pourrez faire une pause pour vous rafraîchir. »

Pas question apparemment que cette société multimilliardaire transforme les camions eux-mêmes en espaces frais.

Mais la bonne nouvelle est que les chauffeur.e.s d’UPS se sont organisé.e.s dans le syndicat Teamsters depuis de nombreuses décennies, et les conditions de travail dangereuses des livraisons estivales deviendront un enjeu central de négociation l’année prochaine. En août, UPS Teamsters a lancé une campagne à l’occasion du 25e anniversaire de la grève historique de 1997, lorsque près de 200 000 chauffeur.e.s ont débrayé.

Le coup d’envoi de la présente campagne a eu lieu exactement un an avant l’expiration de l’actuelle convention collective. Un travailleur, Andrew Hancock, a déclaré lors du lancement de la campagne : « UPS a réalisé d’énormes profits sur notre dos, et nous allons obtenir ce que l’entreprise nous doit. »

Ce coup de semonce aux dirigeant.e.s d’UPS vient à un moment où plusieurs éléments critiques susceptibles de favoriser les droits des chauffeur.e.s se sont alignés. Non seulement vivons-nous aux E-U une période d’activité syndicale historiquement élevée, en particulier parmi les entreprises de marque bien connues, comme Starbucks, Amazon et Trader Joe’s, mais l’administration Biden a finalement veillé à ce que le Conseil national des relations de travail se mette du côté des syndicats – comme il est censé l’être. Et, un nouveau sondage Gallup a révélé que plus de 70 % des Américain.e.s soutiennent les syndicats – c’est une hausse de plusieurs points par rapport à il y a un an, et le soutien le plus élevé depuis 1965.

Plus important encore, après plus de deux décennies, les membres du syndicat ont élu un nouveau président, Sean O’Brien, qui est prêt à affronter le patronat américain. O’Brien a déclaré dans un discours de mai 2022 : « Nous allons frapper fort ; nous allons frapper vite… Nous allons revendiquer ce que nous valons. »

Comme d’autres entreprises confrontées à une syndicalisation agressive, UPS semble se livrer déjà à des actions antisyndicales. L’entreprise est accusée d’avoir licencié deux chauffeurs basés à New York en raison de leur activité syndicale.

O’Brien a déclaré que, même si personne ne souhaite une grève, UPS doit « comprendre que nous n’allons pas avoir peur d’appuyer sur la gâchette s’il le faut. ».

Difficile d’exagérer la signification de tels mots de combat. Selon CNN : « Une grève d’UPS serait maintenant la plus importante depuis des décennies - et peut-être la plus grande grève américaine jamais menée contre une seule entreprise."

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