Édition du 16 juin 2026

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La guerre en Ukraine - Les enjeux

Ukraine : pourquoi LFI ment ?

La France insoumise martèle contre toute évidence que partis et syndicats sont interdits en Ukraine. Tout observateur même distrait ou tout visiteur de l’Ukraine constate facilement que ce n’est pas le cas.

Ukraine : pourquoi LFI ment ?
Un article de Patrick Le Tréhondat

Du 4 au 8 août le syndicat étudiant Priama Diia a tenu librement et démocratiquement son troisième congrès en présence d’une soixantaine de délégués. Quelques jours plus tard le syndicat du personnel soignant « Soyez comme nous sommes » a organisé une conférence syndicale à Odessa. A Lviv, le groupe féministe » l’Atelier féministe » a tenu une réunion publique le 4 août sur le thème « Qui sont les féministes ? Contre qui et pourquoi se battent-elles ? ». Le 20 août 2025, à Kharkiv, des syndicalistes de la confédération syndicale FPU (3 millions de membres) se sont réunis. Et le 20 août, l’organisation socialiste Sotsialnyi Rukh a tenu à Kyiv, rue Yaroslavska, 35a, une réunion sur la situation des travailleurs dans les infrastructures critiques, notamment en présence de Kateryna Izmaylova du Syndicat des cheminots et des constructeurs de transports d’Ukraine. La tenue du registre des activités quotidiennes des syndicats et partis (et surtout de gauche) en Ukraine serait un travail fastidieux qui rempliraient des centaines de pages.

Mais alors pourquoi LFI ment-elle sur la réalité sociale et politique de l’Ukraine. Pourquoi méprise-t-elle à ce point le prolétariat ukrainien , ses organisations et les mouvements sociaux ?

1/ Pour LFI, la Fédération de Russie est un Etat anti-impérialiste politiquement « déformé » ou « dégénéré » avec des traits autoritaires. En conséquence elle peut à la fois la soutenir contre l’impérialisme américain et ses alliés européens et regretter la répression qui frappe certains de ses opposants (choisis par ses soins) et même leur apporter son soutien. Elle peut également déplorer, à l’occasion, l’absence de démocratie dans la Fédération. Mais en dernier ressort, puisqu’elle analyse la situation mondiale en termes d’affrontements entre Etats et non en termes de lutte de classes, la Fédération de Russie constitue d’abord et avant tout un point d’appui à défendre contre l’impérialisme américain, ennemi unique et principal. Il ne faut pas donc pas trop l’affaiblir par des critiques inconsidérées en regard des enjeux internationaux.

2/ Dans ce cadre, le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux ukrainiens ne peuvent pas exister. Car la reconnaissance de leur existence et de leurs activités, indépendantes de l’Etat ukrainien, parfois contre lui lorsqu’il s’agit de défendre des acquis et droits sociaux, obligerait à reconnaitre une démocratie sociale ukrainienne mille fois supérieure à la dictature poutinienne. Ce déni de réalité a, par ailleurs, l’insigne avantage de tirer un trait d’égalité entre le régime de Kyiv et celui de Moscou en termes de normes démocratiques. L’un et l’autre se valent à cette aune. A la différence près, et essentielle, que celui du Kremlin s’oppose aux Etats-Unis alors que celui de Zelensky en est le jouet. Il est par conséquent essentiel d’effacer dans l’équation tronquée le facteur X que constitue l’existence des organisations ouvrières et des mouvements sociaux ukrainiens. Effacement qui permet de choisir raisonnablement la Fédération de Russie contre l’Ukraine et de valider comme légitime ses ambitions coloniales comme forme de résistance anti-impérialiste. Même si dans un sanglot furtif, LFI peut regretter l’agression russe contre l’Ukraine, nécessité « anti-impérialiste » fait loi.

25 août 2025

Patrick Le Tréhondat

Ukraine : why is LFI lying ?

La France Insoumise insists, against all evidence, that parties and unions are banned in Ukraine. Any observer, even a casual one, or any visitor to Ukraine can easily see that this is not the case. From August 4 to 8, the student union Priama Diia held its third congress freely and democratically, attended by some 60 delegates. A few days later, the healthcare workers’ union “Be Like Us” organized a trade union conference in Odessa. In Lviv, the feminist group “The Feminist Workshop” held a public meeting on August 4 on the theme “Who are feminists ? Who are they fighting against and why ?” On August 20, 2025, trade unionists from the FPU trade union confederation (3 million members) met in Kharkiv. And on August 20, the socialist organization Sotsialnyi Rukh held a meeting in Kyiv, at 35a Yaroslavska Street, on the situation of workers in critical infrastructure, attended by Kateryna Izmaylova of the Trade Union of Railway Workers and Transport Builders of Ukraine. Keeping a record of the daily activities of trade unions and parties (especially left-wing ones) in Ukraine would be a tedious task that would fill hundreds of pages.

But then why is LFI lying about the social and political reality in Ukraine ? Why does it despise the Ukrainian proletariat, its organizations, and social movements to such an extent ?

1/ For LFI, the Russian Federation is a politically “deformed” or “degenerate” anti-imperialist state with authoritarian traits. As a result, it can both support it against US imperialism and its European allies and regret the repression of some of its opponents (chosen by LFI) and even support them. It may also occasionally deplore the lack of democracy in the Federation. But ultimately, since it analyzes the world situation in terms of clashes between states and not in terms of class struggle, the Russian Federation is first and foremost a point of support to be defended against US imperialism, its sole and main enemy. It should therefore not be weakened too much by ill-considered criticism in view of the international stakes.

2/ In this context, the Ukrainian labor movement and social movements cannot exist. For to recognize their existence and their activities, independent of the Ukrainian state and sometimes against it when it comes to defending social gains and rights, would mean recognizing a Ukrainian social democracy a thousand times superior to Putin’s dictatorship. This denial of reality also has the distinct advantage of drawing a line of equality between the regimes in Kyiv and Moscow in terms of democratic standards. The two are equal in this respect. The only difference, and it is an essential one, is that the Kremlin regime opposes the United States, while Zelensky’s regime is its puppet. It is therefore essential to remove from the truncated equation the X factor represented by the existence of Ukrainian workers’ organizations and social movements. This removal allows us to reasonably choose the Russian Federation over Ukraine and validate its colonial ambitions as a form of anti-imperialist resistance. Even if, in a fleeting moment of emotion, LFI may regret Russia’s aggression against Ukraine, “anti-imperialist” necessity prevails.

August 25, 2025

Patrick Le Tréhondat

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