Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Monde

Vers l’Internationale Brune de l’extrême-droite européenne et mondiale ?

Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, jamais autant qu’aujourd’hui ne s’est fait sentir la menace représentée par une extrême-droite revigorée, agressive et qui monte presque partout en flèche. Pourquoi ? Mais, parce qu’à l’opposé de ce qui se passait durant les dernières 6-7 décennies, maintenant cette menace ne provient plus de quelques groupuscules ou même petits partis de nostalgiques de l’entre deux-guerres, mais d’une nouvelle droite décomplexée qui gouverne ou s’apprête à gouverner même des pays catalogués parmi les plus grandes puissances de ce monde !

Tiré de Entre les lignes et les mots

L’Inde de Modi, la Russie de Poutine, le Brésil de Bolsonaro, la Hongrie de Orban, et bientôt l’Italie de Giorgia Meloni et peut être les États-Unis de Trump II, le tableau est loin d’être exhaustif mais il donne quand même une idée de la gravité de la menace qui plane désormais sur l’humanité. Loin d’être tous des nostalgiques avoués ou « héritiers » du fascisme et du nazisme de l’entre deux-guerres, ces dirigeants sont unis par leur racisme, leur xénophobie, leur autoritarisme, leur islamophobie et leur antisémitisme, leur rejet ouvert de la démocratie parlementaire (bourgeoise), leur misogynie, leur adoration des combustibles fossiles et leur climato-scepticisme, leur militarisme, leur mépris pour les droits et les libertés démocratiques, leur conception policière de l’histoire et leur complotisme, leur haine de la communauté LGBTQ, leur obscurantisme et leur attachement viscéral au triptyque « Famille-Patrie- Religion ».

Les appeler « populistes », comme le font systématiquement tous les médias européens, c’est un euphémisme totalement déplacé, d’autant plus que ces mêmes médias appellent également « populiste » la gauche qui ose contester le capitalisme néolibéral. Alors, si Bolsonaro, Meloni ou Abascal de Vox espagnol sont des « populistes », pourquoi pas …Mussolini, Hitler ou Franco aussi ? Pourquoi ne pas réécrire toute l’histoire des derniers 100 ans, effaçant toute référence à la Peste Brune réduite en un « populisme » presque anodin ? Manifestement, dans la nuit de la contre-révolution néolibérale, tous les racistes, misogynes, pogromistes, néofascistes et autres extrémistes de droite ne sont plus bruns mais plutôt… gris. En somme, des « populistes » quasi inoffensifs…

Mais, loin de nous l’idée de coller, à tout ce beau monde, sans distinction, l’étiquette du (néo)fasciste ou du (néo)nazi. En réalité, non seulement ils ne sont pas tous pareils, mais ils ont aussi des divergences, ce qui explique d’ailleurs, leurs rivalités et les luttes d’influence auxquelles ils s’adonnent traditionnellement. Bref, l’extrême-droite européenne (et mondiale) n’est pas homogène et bien qu’en progrès constant dans son ensemble, c’est son aile la plus dure et la plus violente qui monte actuellement le plus et a le vent en poupe.

C’est d’ailleurs de cette aile dure et violente que viennent les initiatives en vue de la structuration et de la coordination de cette extrême-droite au niveau international. Par exemple, VOX fort de sa percée spectaculaire en Espagne, lance avec un certain succès son « Forum de Madrid » pour rassembler en Amérique Latine tout ce qu’il y a d’aspirants putschistes fascisants ainsi que des partis et personnalités d’extrême-droite. Il est à noter que ce qui donne le ton à la « Charte de Madrid » que signent les adhérents de ce Forum ouvertement fascisant, est la haine viscérale pour les Indigènes dont le génocide (de loin le plus grand de l’histoire de l’humanité) par les conquistadors Espagnols est célébré comme un acte de… « libération du régime sanguinaire et de terreur des Aztèques » !

Ce qui, à première vue, est pour le moins curieux dans cette « Charte de Madrid » adressée aux hispanophones, est qu’elle est aussi co-signée par des partis et des personnalités d’extrême-droite qui n’ont rien à voir ni avec l’Amérique Latine ni avec le castillan. C’est ainsi qu’on trouve parmi ses adhérents des éminences trumpistes du parti Républicain nord-américain, le parti Solution Grecque (environ 5% aux dernières élections) de Kyriakos Velopoulos, cet escroc des télé-achats devenu célèbre quand il a vendu, pendant des mois, même des « manuscrits authentiques » de… Jésus Christ, ou le parti post-fasciste Fratelli d’Italia de la prochaine première ministre d’Italie Giorgia Meloni laquelle entretient d’ailleurs des rapports très privilégiés avec ses « camerati » de VOX.

Voici donc une première tentative de regroupement des forces d’extrême-droite dure, qui pourrait représenter un premier pas vers la constitution d’une véritable Internationale Brune que maints partis d’extrême-droite semblent souhaiter voir le jour. Toutefois, l’absence actuelle d’une telle Internationale ne signifie pas qu’il n’y a pas collaboration même étroite entre plusieurs de ces forces extrémistes. Leurs rencontres et autres « sommets » de leurs dirigeants sont désormais légion. Comme d’ailleurs, les manifestes et les déclarations communes qui les concluent. Leur entraide financière, dont la plus connue est celle des banques de la Russie de Poutine au parti de Marine Le Pen, n’est plus un secret. Et parfois, ce financement traverse même l’Atlantique quand il s’agit d’abattre un ennemi trop gênant.

Comme par exemple, quand cet ennemi à abattre s’appelle Greta Thunberg, l’inspiratrice du mouvement radical de la jeunesse mondiale contre la catastrophe climatique. Voici donc comment nous concluions, il y a trois ans, un texte au titre plus que éloquent «  La haine contre Greta : voici ceux, avec nom et adresse, qui la financent  ! » [1], dans lequel nous présentions ceux qui outre atlantique finançaient des partis européens d’extrême droite qui menaient campagne contre Greta :

«  Tout d’abord, l’extrême droite européenne ou tout au moins quelques-uns de ses poids lourds, entretiennent des liens étroits – s’ils ne sont pas dépendants – avec un centre/état-major politique et économique qui se trouve aux États-Unis, et plus précisément à la Maison Blanche et aux financeurs et autres soutiens du président Trump ! Ensuite, ce n’est pas aussi un hasard que cette « internationale brune » semble être arrivée à la conclusion que la question de la catastrophe climatique et plus précisément, le – plus en plus ample et radical – mouvement de jeunes qui luttent contre elle représente la plus grande menace pour ses intérêts et pour la domination du système capitaliste dans les années à venir. Et enfin, ce n’est pas également un hasard si cette « internationale brune » et plus précisément sa « section » européenne concentre aujourd’hui en toute priorité ses attaques sur la personne de Greta Thunberg, l’incontestable égérie, théoricienne et en même temps coordinatrice des mobilisations de jeunes presque partout en Europe et au-delà ».

En somme, les liens entre les formations d’extrême droite existent, sont puissants et se développent aussi vite que leur influence électorale. Alors, va-t-on voir l’extrême droite européenne et mondiale passer à la vitesse supérieure et transformer l’essai en fondant sa propre Internationale ambitieuse, bien structurée et autrement dangereuse ? Les envies ne manquent pas et s’expriment désormais publiquement à l’instar de Victor Orban qui reçoit, le 4 Août, une standing ovation de la part des milliers de Républicains trumpistes du CPAC, à Dallas (Texas) quand il déclare : « Nous devons coordonner le mouvement de nos troupes, parce que nous faisons face au même défi » … Je suis ici pour vous dire que nous devons unir nos forces » !

Sans doute, la plus que probable victoire de l’extrême droite aux élections italiennes du 25 septembre pourrait altérer sensiblement le paysage politique et les rapports de force politiques dans notre continent. Alors, il n’est pas du tout exclu qu’un tel événement accélère la montée en puissance des uns et la crise des autres. D’ailleurs, en prévision de cette victoire électorale de Fratelli d’Italia et des ses alliés, on voit déjà des dirigeants comme Orban ou Abascal – et même Poutine – adopter un langage beaucoup plus cru et offensif tandis que de l’autre coté, la Commission Européenne préfère se montrer « conciliante », envoyant, déjà en décembre 2021, même son vice-président, le grec Margaritis Schinas la représenter au rassemblement annuel des jeunes Italiens : d’extrême droite !

La conclusion est que le résultat des élections italiennes combiné au très probable succès des trumpistes aux élections américaines de mi-mandat de novembre prochain risque de créer une nouvelle situation marquée par un énorme bond en avant de cette extrême droite triomphante. Alors, la perspective, tout à fait réelle, que Poutine pourrait faire la jonction avec un Trump II ré-installé à la Maison Blanche dans deux ans, devrait être prise très au sérieux par les antifascistes et les démocrates de par le monde qui doivent préparer leur riposte au plus vite. Avec ou sans Internationale Brune, l’extrême droite représente désormais une menace existentielle pour nous tous.

[1] https://www.cadtm.org/La-haine-contre-Greta-voici-ceux-avec-nom-et-adresse-qui-la-financent

Yorgos Mitralias

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

http://www.contra-xreos.gr

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