Si l’indépendantisme provoque une si forte opposition de la part de certaines élites politiques du Québec et au sein du Canada anglais, c’est que, même sous sa forme atténuée de souveraineté association d’inspiration « lévesquiste », il mettrait en péril l’existence même de la fédération canadienne dans sa forme actuelle ; en effet, l’émergence du Québec comme comme pays à part entière briserait les arrangements politiques et constitutionnels fondamentaux du Canada. Il remodèlerait le paysage politique canadien en profondeur. En effet, une république du Québec contrôlerait alors le cours du Saint-Laurent de l’Ontario à l’ouest au golfe à l’est. Sa réalisation nécessiterait de longues et pénibles négociations entre le gouvernement du Québec et celui d’Ottawa, et ce pour un résultat bien incertain. En effet, l’importante faction fédéraliste de la classe politique québécoise et toute une partie de la population québécoise, non seulement tient à son identité canadienne-française,mais aussi à défendre ses intérêts économiques et financiers comme on peut s’y attendre.
Si on veut comprendre leur point de vue, imaginons la réaction qu’entraînerait au Québec l’émergence d’un puissant mouvement rattachionniste en Gaspésie qui militerait pour que la Gaspésie rejoigne le Nouveau-Brunswick. La perspective de perdre une part non négligeable de son territoire au profit de la province voisine serait alors considéré comme une insulte par les Québécois, sans oublier la perte de la maîtrise de la côte sud de l’embouchure du Saint-Laurent et d’une bonne partie des rives du golfe lui-même. Au sein de la population gaspésienne, on observerait de vigoureux débat entre tenants rattachionnistes et ceux du maintien de la Gaspésie au sein du Québec, tout attachés qu’ils sont à leur identité québécoise.
Cet exemple est très fantaisiste, mais il donne une idée des raisons de l’acuité des antagonismes qui divisent la société québécoise. L’éventuelle victoire du OUI en faveur de l’option souverainiste entraînerait de fortes tensions et la mise au point de toutes sortes de stratégies plus ou moins risquées tant à Ottawa qu’à Québec pour défendre des intérêts déjà bien établis ou qui espèrent le devenir. La question de l’identité nationale y ajouterait une touche de passion des deux côtés de la barricade.
Non, ce n’est pas verser dans le terrorisme intellectuel d’affirmer que le chemin menant à l’indépendance serait difficile et cahoteux. Il faut savoir que les risques de dérapage sont réels d’un côté comme de l’autre. La population doit en être consciente et la direction des partis souverainistes (le Parti québécois et Québec solidaire) devrait mettre cartes sur table là-dessus, sinon le réveil devant la réalité incontournable risque de s’avérer traumatisante tant pour l’électorat que pour les responsables indépendantistes. Dans ce contexte délicat, voire périlleux, la stratégie la plus valable consiste à dire la vérité au public. C’est une question d’honnêteté politique.
Le respect du peuple commence par là.
Jean-François Delisle
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