Malgré ce respect qui leur est dû, je me dois de souligner et démentir ici plusieurs des raccourcis et suppositions erronées qui semblent avoir assis leurs réponses à mon texte. Le lecteur attentifs aux trois textes pourra par ailleurs constater de lui-même que plusieurs des éléments tout à fait justes des propos Rioux-Rashi mais que ces derniers présentent comme étant en réaction aux miens se retrouvent bien au contraire presque tels quels dans mon texte.
Réduite à sa plus simple expression, ma thèse est la suivante : un parti qui ne décide pas clairement « si la poursuite du succès électoral et du pouvoir représente oui ou non pour lui un objectif stratégique (donc, un moyen) central » ne pourra avoir la cohérence d’action nécessaire à son succès puisqu’une partie de ses membres, militants et dirigeants se comporteront comme si la réponse était oui et une autre partie comme si la réponse était non. C’est ce qui arrive présentement chez QS. Je pose ensuite un certain nombre de conditions complémentaires pour fonctionnaliser une réponse « oui », si elle était retenue.
Par une interprétation que je ne saurais m’expliquer, les camarades Rioux et Rashi arrivent à transformer mon insistance sur le fait que l’important est de choisir clairement (pour retrouver une cohérence d’action) et ma « proclamation » que les deux choix sont totalement légitimes, qu’ils ont leurs potentialités et leur valeur propre, en la défense d’une option bien définie, à l’instar de GND.
Je tiens à rassurer mes camarades : si je puis avoir à mes heures une certaine inclinaison personnelle, je réitère que pour moi, l’important est un choix clair, quel qu’il soit.
Pour être plus limpide encore : Je ne suis pas sans appétit pour un baroud d’honneur tous azimuts qui dirait sans contraintes ses quatre vérités à notre société et à ceux qui la dirige actuellement D’autant plus que de vénérables camarades me disent qu’il s’agit de la voie vers la victoire. J’avoue ne pas partager leur certitude, mais je suis prêt à essayer si le parti en fait le choix clair, n’ayant pas non plus la certitude de l’inverse.
Mais ce dont j’ai acquis la certitude, c’est de ne pas souhaiter voir persister l’absurdité d’une situation où la main droite tire dans la jambe gauche, et la main gauche tire dans la jambe droite.
Pour le dire crûment : Christine Labrie ne peut pas faire du Christine Labrie en même temps que Haroun Bouazzi fait du Haroun Bouazzi et penser que le parti aura la cohérence d’action nécessaire pour progresser.
Un autre volet où mes propos sont malheureusement erronément représentés est lorsque Roger écrit (et Bernard similairement) « Guillaume Boivin s’arroge le droit de défier brutalement les critiques provenant de la gauche du parti : taisez-vous ou quittez le parti, nous somme-t-il, de façon bien peu subtile. ».
Premièrement, je ne souhaite le départ de personne. Je ne fais qu’affirmer que nous devons faire un choix démocratique clair face à la question que je pose, puisqu’il s’agit pour moi d’une condition sine qua non pour que le parti puisse avoir la cohérence d’action nécessaire pour cheminer vers ses objectifs. Évidemment, ce choix ayant été démocratiquement effectué, il appartiendrait à chacun de décider de quitter ou d’accepter s’y conformer dans la sphère publique, les débats pouvant se poursuivre à l’interne. Deuxièmement, d’où prend-il que cela devrait viser d’emblée la gauche du parti ? À nulle part je ne soutiens cela.
J’aimerais en terminant aborder un dernier élément qui me semble avoir été particulièrement mal représenté dans les textes des camarades. Il s’agit de celui où je parle, dans l’éventualité de l’adoption de « l’option A-Oui « , de la nécessité de reconnaître la difficulté pratique de mener sur tous les fronts des luttes en nous mettant en opposition frontale avec le sentiment général du moment.
Nul besoin d’être le plus grand analyste marxiste pour reconnaître que bien sûr, le sentiment général du moment est largement instillé par l’idéologie dominante. Que la tâche historique est de le faire évoluer et non de s’en satisfaire ou de le considérer comme une donne immuable.
Mais là où le bât blesse, c’est quand les camarades Rioux et Rashi confondent (pour mieux « attaquer ? ») « en prendre acte et composer avec » avec « accepter et renoncer ». Il faut bien voir que nous ne sommes pas ici dans un conflit de finalité mais bien de moyens.
Ma prétention, toute prosaïque, est la suivante : trop souvent, un concitoyen qui est attiré par notre position maximaliste sur le sujet A va être rebuté par notre position maximaliste sur le sujet B, celui qui est attiré par notre position maximaliste sur le sujet B va être rebuté par notre position maximaliste sur le sujet C etc…
Cela n’a pas grande importance si on pense que la poursuite du succès électoral et du pouvoir ne représente pas un objectif stratégique (donc un moyen) central à la réalisation de notre projet. Mais si on croit que oui, c’est évidemment un frein et un problème majeurs.
Alors que faire pour assembler autour d’un front électoral commun des gens qui n’en sont pas au point de pouvoir adhérer aux positions maximalistes sur tous les fronts ?
Oh bien sûr, comme le dit le camarade Rioux, on peut travailler « patiemment mais résolument » à faire en sorte qu’une population soumise à un embrigadement doctrinal pro-système constant et étouffé par les nécessités de la vie vienne nous rejoindre en dehors de la boîte et adhère aux positions maximalistes sur tous les fronts grâce à l’éclairage que nous pourrons lui apporter.
Mais il me semble qu’il y en a une autre : Prioriser.
Prioriser pour rassembler autour des nécessaires positions maximalistes sur les sujets les plus prioritaires (au premier chef la protection de la biosphère, sans laquelle rien ne fait sens) A-B-C un segment suffisamment large de nos concitoyens sans les rebuter par des positions maximalistes sur d’autres sujets auxquels ils sont rébarbatifs.
Moduler ce qui ne relève pas de superpriorités en fonction de ce qui précède ne signifie pas, comme je le disais dans mon texte, « que les autres sujets seront considérés comme sans importance, mais qu’ils ne seront (menés et) mis en avant dans la mesure où ils ne nuiront pas à l’atteinte des superpriorités ayant été déterminées ».
Et comme heureusement tout n’est pas toujours mal fait en ce bas monde, le plus souvent, ceux qui sont susceptibles d’être fédérés autour des nécessaires positions maximalistes sur les sujets A-B-C sont rarement réactionnaires sur les sujets D-E-F-G-H, à défaut d’être à l’aise avec les positions maximalistes. Il y a donc moyen de proposer malgré tout sur ces sujets des positions progressistes qui seront 100 mètres au-devant de la parade plutôt qu’à 100 kilomètres.
Voici donc ce qui me semblerait propre à rendre opérationnel un éventuel choix clair faisant de la poursuite du succès électoral et du pouvoir un objectif stratégique central, SI un tel choix était jugé le bon.
Il y aurait bien d’autres choses à rectifier quant à la réception de mon texte mais je crois que l’essentiel est maintenant dit.
Bien que j’aurais aimé être mieux compris dès le départ, ces échanges ont néanmoins le grand mérite de susciter le nécessaire débat sur les questions en jeu.
J’espère donc qu’une fois les termes du débat ainsi clarifiés, celui-ci pourra se poursuivre sur la base des positions réelles des protagonistes.
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