Édition du 15 octobre 2019

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Le mouvement des femmes dans le monde

100 féminicides depuis le début de l’année

100 femmes auraient été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon depuis le début de l’année en France. Un fléau qualifié par les spécialistes de « féminicide ». Jusque-là réservé aux cercles universitaires et militants, le terme commence à intégrer le vocabulaire courant.

photo et article tirés de NPA 29

Mais que signifie ce mot ?

100 femmes auraient été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon depuis le début de l’année en France. Un fléau qualifié par les spécialistes de « féminicide ». Jusque-là réservé aux cercles universitaires et militants, le terme commence à intégrer le vocabulaire courant.

Depuis le 1er janvier 2019, 100 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, selon le décompte provisoire tenu par le collectif « Féminicides par compagnon ou ex ». La dernière aurait été tuée le 31 août à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), à quelques jours de l’ouverture du Grenelle contre les violences conjugales, voulue par la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Plusieurs hommages ont été rendus à ces femmes la semaine passée. Mercredi, ce sont les actrices Eva Darlan, Aure Atika et Catherine Marchal qui ont énuméré sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris les noms de ces victimes de féminicide.

« Féminicide » ? Il ne s’agit pas simplement du meurtre d’une femme, mais du « meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme ». La nuance, de taille, a été introduite par la sociologue américaine Diana Russel dans son livre Feminicide The Politics of woman killing, publié en 1992.

Depuis, ce néologisme ou sa variante « fémicide » ont été repris par des organisations interna-tionales comme les Nations Unies ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs pays, d’Amérique latine notamment, l’ont inscrit dans leur droit, comme l’Argentine ou le Mexique. En France, seul le Robert fait figurer ce mot dans le dictionnaire, depuis 2015. La définition retenue est similaire : « le meurtre d’une femme, d’une fille, en raison de son sexe ».

Violences conjugales, crimes d’honneur ou tuerie misogyne sont des féminicides

Le massacre d’étudiantes de l’Ecole polytechnique de Montréal, en 1989, par un tueur misogyne ? C’est un féminicide. Les avortements sélectifs de fœtus féminins, en Chine notamment ? Des féminicides, aussi. Pour affiner cette définition très large, l’OMS distingue quatre catégories :

Le féminicide intime, « commis par un époux ou par un petit ami »
Le féminicide « lié à l’honneur », impliquant « une fille ou une femme qui est assassinée par un membre masculin ou féminin de sa famille parce qu’elle a ou est censée avoir commis une transgression sexuelle ou comportementale »
Le féminicide « lié à la dot », dans le sous-continent indien en particulier
Le féminicide non intime, « commis par une personne qui n’est pas en relation intime avec la victime ».

Autrement dit, les féminicides ne sont pas toujours revendiqués comme tels. Au contraire, le mécanisme est souvent inconscient. Mais tous ont un point commun : l’auteur du crime est imprégné de culture sexiste.

Un point commun : le sexisme

Pour les spécialistes de violences conjugales, les femmes mortes sous les coups de leur conjoint sont des féminicides. Pour Françoise Brié, porte-parole de Solidarité femmes (le numéro d’urgence 3919), « lorsque des femmes sont tuées dans le cadre de violences conjugales, elles le sont parce qu’elles sont des femmes, car ces violences s’inscrivent dans un système de domi-nation et d’inégalités à l’encontre des femmes. C’est pour cela que l’écrasante majorité des victimes de violences conjugales sont des femmes ».

Les auteurs ont souvent des idées extrêmement préconçues sur la femme et le couple

La femme, dans ces représentations sexistes, est un objet, que l’on peut donc posséder et détruire. C’est ce qui explique que ces meurtres ont souvent lieu au moment de la séparation, lorsque la compagne essaie de se libérer de l’emprise d’un homme violent. « Les auteurs ont souvent des idées extrêmement préconçues sur la femme et le couple », ajoute Françoise Brié. Ils sont aussi « favorisés par une société qui banalise la violence sexiste », complète Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme.

Sortir les violences conjugales de la sphère privée

Pour ces militantes, utiliser le mot « féminicide », c’est montrer que les inégalités, les discrimina-tions, les stéréotypes genrés, forment un continuum et nourrissent les violences contre les fem-mes. « Ce terme met en lumière que tous ces meurtres ont pour point commun la haine des femmes », estime Raphaëlle Rémy-Leleu. Et de citer la féministe Benoîte Groult : « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours. »

Il ne s’agit pas de problèmes de famille ou de couple, ni de ‘crime passionnel’, mais bien de sexisme

Pour Françoise Brié, il s’agit aussi de « sortir les violences conjugales de la sphère privée ». Plusieurs fois, elle répète : « Il ne s’agit pas de problèmes de famille ou de couple, ni de ‘crime passionnel’, mais bien de sexisme. » Mettre un mot sur ce fait social, c’est donc pouvoir mieux l’identifier, l’étudier, et en prendre conscience.

Le féminicide reconnu dans le Code pénal ?

C’est pourquoi des collectifs militants comme Osez le féminisme réclament la reconnaissance du terme « féminicide » dans le droit français. « Cela impliquerait plus de reconnaissance, de moyens, et une meilleure prise en charge », argumente Raphaëlle Rémy-Leleu.

La loi Egalité et citoyenneté, en effet, a introduit comme circonstance aggravante le fait de s’en prendre à quelqu’un « en raison de son sexe, son orientation sexuelle ou identité de genre vraie ou supposée » en 2017. Et le meurtre comme « par le conjoint ou le concubin de la victime » est également une circonstance aggravante. « Mais le sexisme est, dans les faits, rarement reconnu », déplore Raphaëlle Rémy-Leleu.

1er septembre 2019 Aude Le Gentil

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