Édition du 20 août 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

A. Ocasio-Cortez, I. Omar, A. Pressley et R. Tlaïb répondent au Président Trump

Juan Gazalez, dn : Le Président Trump en rajoute après avoir été largement condamné pour ses attaques racistes contre quatre représentantes de couleur au Congrès. Depuis dimanche, il a émis une série de « tweets » où il leur dit : « Retournez chez-vous et aidez vos pays complètement en panne et infestés de crimes ». Ces « tweets » s’adressaient aux membres du Congrès suivantes : Ayanna Pressley, Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaïb et Ilhan Omar connues sous le surnom « d’escadron ». Elles sont toutes citoyennes américaines. Ilhan Omar est née en Somalie, est entrée aux États-Unis à titre de réfugiée à l’âge de 12 ans et a obtenu sa citoyenneté à 18 ans.

democracynow.org, 16 juillet 2019
Traduction et organisation du texte : Alexandra Cyr

Lundi, le Président a ajouté une nouvelle insulte. Il a déclaré que Mme Omar était une sympathisante d’Al Quaïda, ce qui est faux. Elle a souligné que cela ne méritait pas de réponse. Durant l’événement Made in America à la Maison blanche, il a refusé de retirer ses déclarations quand les journalistes l’ont interrogé à propos de cette controverse.

(…)

Amy Goodman, dn : (…) Dans ses « Tweets », le Président s’adresse aussi à Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants. Il s’en prend à ses démêlés avec les quatre membres de la Chambre après l’adoption d’une loi controversée de financement (des services) à la frontière auquel ce groupe d’élues s’est opposée. Mme Pelosi a déclaré que la Chambre allait voter ce jour même une résolution : « condamnant avec vigueur les propos racistes du Président qui ont aussi légitimé un durcissement de la haine contre les Américains.es nouvellement arrivés.es et contre les gens de couleur et donc, renforcé leur peur ».

Ce matin, le Président a de nouveau rejeté par « Tweet » la résolution, disant que ces membres du Congrès ont vomi les choses les plus viles, haineuses et dégoutantes qui n’aient jamais été prononcées par un.e politicien.ne dans la Chambre ou le Sénat et (malgré cela), elles obtiennent du Parti démocrate un libre passage et son accord. Pourquoi la Chambre ne vote-t-elle pas pour rejeter les propos obscènes et haineux qu’elles ont prononcés ? »

Lundi, « l’escadron » a donné une conférence de presse collective en réponse aux attaques du Président. Voici donc, leurs commentaires au complet, en commençant par celui de Mme A. Pressley représentante du Massachusetts.

A. Pressley

Je veux envoyer un message de gratitude et de remerciements pour la solidarité qu’on nous a manifestée partout dans le pays. De la part de nos collègues et de nos voisins.es. Nous sommes reconnaissantes pour cette solidarité, pour vos encouragements et votre soutien devant les plus récentes remarques xénophobes et fanatiques de la part de celui qui occupe la Maison Blanche. Je le nomme toujours l’occupant parce qu’il ne fait qu’occuper l’espace. Il n’embrasse pas la grâce, l’empathie, la compassion et l’intégrité que sa fonction exige et que le peuple américain mérite.

Ceci dit, j’encourage ce peuple, chacun.e de nous dans cette salle et au-delà, à ne pas mordre à l’hameçon. Il ne s’agit que d’une distraction, une perturbation pour nous éloigner des enjeux que sont les soins de santé, pour lesquels nous avons été élues par le peuple américain préoccupé des conséquences (des services actuels). On nous a accordé un mandat clair pour nous attaquer à la réduction du prix des médicaments, à la crise du logement abordable et pour nous assurer que la population obtienne plus que des assurances maladies, des soins de santé.

Plus récemment, grâce à l’appui du président de l’Oversight comittee, Elijah Cummings, avec l’aide d’une coalition d’avocats.es avec qui j’ai travaillé pendant des dizaines d’années, nous avons pu tenir les premières audiences sur les traumatismes infligés aux enfants. Nous avons pu y entendre à répétition la description de plusieurs manifestations des traumatismes infantiles qui surviennent avec la crise des soins médicaux et l’épidémie de la violence par armes à feu. Ils accompagnent aussi la vague des syndromes post-traumatiques et surviennent chez ceux et celles qui ont vécu dans les abus de drogues et dans bien d’autres circonstances. (Entendant tout cela), il était impossible de ne pas penser aux traumatismes infligés tous les jours aux enfants à la frontière. En fin de compte, si nous améliorons les conditions de ces enfants incarcérés.es dans des parcs clôturés, ce ne seront toujours que des parcs clôturés. Et nous sommes viscéralement, vigoureusement et fondamentalement opposées à la criminalisation, (…) à la détention de masse et à l’expulsion des familles de migrants.es qui ne font qu’exercer leur droit humain fondamental, soit l’asile.

Dans la tradition de ce que nous déclarons être comme nation, un guide de lumière, d’espoir et de refuge, cette administration à la culture corrompue, chaotique et sans cœur, n’est qu’une simple rupture, une distraction depuis le début. Nous voulons revenir au service du peuple américain qui nous a envoyées ici pour réduire le prix des médicaments, travailler sur la crise de santé publique, sur l’épidémie de la violence par armes à feu, sur le fossé des revenus entre les gens de couleur et les autres et, oui, nous assurer que les familles restent unies.

Je voudrais aussi souligner le fait que, malgré les tentatives de la Maison Blanche pour nous marginaliser et nous réduire au silence, sachez, que nous sommes plus que quatre. Nous avons fait campagne pour obtenir un mandat de défense et de représentation de ceux et celles qui sont ignorés.es, mis.es de côté et même laissés.es derrière. Notre escadron est grand. Il inclut toutes les personnes résolues à construire un monde plus équitable et plus juste. C’est le travail auquel nous voulons retourner. Et, étant donné l’ampleur de notre escadron, dans cette grande nation, nous ne pouvons être et nous ne serons pas réduites au silence.

J’invite maintenant la représentante I. Omar à nous dire quelques mots.

Ilhan Omar 

Cette nation a été fondée avec l’idée radicale que nous sommes tous et toutes créés.es égaux.les et investis.es de droits inaliénables par notre créateur. Eh oui, nous sommes encore loin de vivre à la hauteur de ces valeurs. C’est précisément pour cette raison que nous devons agir quand un Président viole si ouvertement son serment à la Constitution des États-Unis et aux valeurs fondamentales auxquelles nous aspirons. Comme Martin Luther l’a dit : « Tout ce que nous disons aux États-Unis, c’est de respecter ce que vous avez dit par écrit ».

Je crois que nous sommes à un moment tournant dans notre pays. L’histoire nous observe. En ce moment même, le Président expulse en masse des gens de partout à travers le pays et dans chacun de nos districts. En ce moment même, le Président commet des abus des droits humains à la frontière en gardant les enfants dans des parcs et en obligeant des êtres humains à boire l’eau des toilettes.

Ce Président, accusé d’avoir commis de multiples crimes, dont celui de collusion avec un gouvernement étranger pour qu’il interfère dans nos élections, règne sur l’administration la plus corrompue de notre histoire, applique un programme permettant à des millions de citoyens.nes de mourir par manque de soins, alors qu’il fait bénéficier les entreprises de millions de baisses de taxes et d’impôt. C’est un Président qui a dit : « attrapez les femmes par leur sexe ». C’est un Président qui a appelé les athlètes noirs.es « fils et filles de …… ». C’est un Président qui a dit que les noirs.es venaient de « pays de …… ». C’est un Président qui a mis sur le même pied les néo-nazis et ceux et celles qui protestaient contre eux à Charlottesville. C’est un Président qui a ouvertement violé les valeurs fondamentales que notre pays aspire à maintenir : égalité de tous et toutes devant la loi, la liberté de religion, la protection égalitaire et la protection contre les persécutions. Et, pour nous distraire de tout ça, il lance effrontément une attaque contre quatre élues à la Chambre des représentants des États-Unis, toutes des femmes de couleur.

C’est le programme des nationalistes blancs qui se déroule dans lieux discrets de discussion ou à la télévision nationale. Ledit programme a même atteint les jardins de la Maison blanche et n’aimerait rien de mieux que diviser le pays par la race, la religion, l’orientation sexuelle, les statuts en immigration. C’est le seul moyen qu’il possède pour contrer notre solidarité quand nous travaillons ensemble au-delà de nos différences, le seul moyen de nous empêcher de faire face aux problèmes de notre pays, que ce soit les soins médicaux, les changements climatiques, les dettes des étudiants.es ou les guerres sans fin. C’est son plan pour que nous nous attaquions les uns.es les autres et c’est de cette manière qu’il peut continuer à enrichir ses amis.es et nous éloigner des politiques nuisibles que son administration met de l’avant.

Alors, nous ne pouvons permettre à ce Président de continuer sur sa lancée, et en même temps, nous contenter de décrire tout l’abomination qui sort de sa bouche et ne pas l’incriminer clairement. Nous pouvons continuer à fermer les yeux sur les multiples crimes dont il est accusé ou nous tenir debout quand il viole les droits humains les plus élémentaires et tenir son administration pour responsable de la mort d’enfants à la frontière. Nous pouvons aussi agir.

Je n’ai pas fait de la destitution un élément central de mon élection ni de mon mandat, mais depuis que j’ai été élue, j’ai dit aux gens qu’il ne s’agissait pas de savoir s’il allait être destitué, mais bien quand. Il est donc temps que nous cessions de permettre à ce Président de se moquer de nous et de notre Constitution. Il est temps de le destituer.

Voici maintenant, Alexandria Ocasio-Cortez membre du Congrès

Alexandria Ocasio-Cortez
 

Je vais essayer d’être aussi brève que possible. Je peux y arriver. (…)

Quand j’étais une petite fille, mon père m’a amenée au Reflecting Pool, ici. Nous étions en route depuis New-York vers la Floride pour visiter la famille. J’ai déjà raconté cette histoire, mais ce fut la seule fois où j’ai visité Washington D.C. pendant des années, sinon des décennies. On s’est arrêté pour que je me repose à côté du Reflecting Pool, mes orteils dans l’eau et mon père m’a fait voir le monument à Washington, le Capitol et la totalité de la capitale de notre grand pays. Il a tout regardé, tout pointé et il m’a dit : « Cela nous appartient à tous et toutes. Cela t’appartient et m’appartient aussi ». La première chose que je veux dire aux enfants du pays, c’est que peu importe ce que le Président dit, le pays vous appartient. Il nous appartient à nous tous et toutes.

Et aujourd’hui, ce concept, ce concept précis a été mis à mal. Cette fin de semaine, cette notion a été mise à mal. Je ne suis pas surprise que le Président ordonne à quatre élues au Congrès de : « retourner dans leur pays », alors qu’il a autorisé des descentes sans mandat chez des centaines de familles dans le pays. Je ne suis pas surprise qu’il justifie la séparation de milliers d’enfants d’avec leurs familles en disant qu’il ne viole pas les lois internationales protégeant les droits humains. Et je ne suis pas surprise qu’il ait donné à Betsy DeVos (Secrétaire à l’éducation. N.d.t.), le pouvoir de transformer le système public d’éducation en une vache à lait qui l’enrichit avec ses amis.es. Je ne suis pas surprise quand il mène la corruption à travers le Secrétaire aux transports. Je ne suis surprise de quoique ce soit qu’il fasse.

Mais, je sais aussi qu’il faut nous concentrer sur l’amélioration des choses parce que, nous ne laissons pas tomber ce que nous aimons. Et aimer ce pays, cela veut dire que nous proposons des solutions pour l’améliorer, le réparer. Nous aimons le peuple de ce pays et c’est pourquoi nous croyons que les soins médicaux sont un droit. Nous aimons les enfants de ce pays et c’est pour cela que nous nous battons pour leur éducation tout au long de leur enfance, et ce, jusqu’au collège. Nous allons donc rester centrées sur notre programme. Nous n’allons pas nous diviser parce que ce serait nous en détourner, nous détourner de ce qui est le plus important et qui réside au cœur des valeurs des citoyens.nes américains.es.

Maintenant, je passe la parole à Rashida Tlaïb


Rashida Tlaïb 
 

Merci beaucoup. Merci à mes sœurs en action. Merci beaucoup à vous tous et toutes qui êtes ici.

Comme nous le savons si bien, les récents « tweets » et les mots du Président ne sont que la poursuite de son manuel raciste et xénophobe. Nous ne pouvons permettre qu’il nous empêche, avec ses manifestations de haine, de nous attaquer aux tâches critiques que sont de tenir cette administration responsable des conditions inhumaines à la frontière, de la séparation des enfants de leurs proches aimants et de les enfermer dans des parcs dans des conditions horribles et illégales.

Je représente le 3e district électoral le plus pauvre de ce pays, au Congrès, où vivent des travailleurs.euses. Cette administration les a attaqués.es avec des gestes et des mots qui leur font mal aujourd’hui même. J’ai été élue pour me battre et défendre leurs intérêts. J’ai été élue pour me battre en faveur du 13e district électoral du Congrès. J’ai été envoyée ici, au Congrès, pour me battre contre les attaques des entreprises et la corruption dans notre pays.

Cela veut dire être en faveur d’une enquête en destitution de ce Président, des actions qu’il conduit à travers son administration et les personnes qu’il nomme. Malheureusement, ce n’est pas la première fois ni la dernière où nous entendrons ce Président prononcer des propos dégoutants et fanatiques. Nous savons qui il est. Et nous savons qu’il est, avec son administration, constamment engagé dans des entreprises qui font mal au peuple américain et à ceux et celles qui vivent sur notre sol.

Plusieurs membres du Congrès ont appelé à sa destitution face à son ignorance flagrante et son manque de respect envers la Constitution des États-Unis. Malgré tout cela et malgré toutes ses autres tentatives pour nous faire dévier, je demeure centrée sur la tâche de le tenir responsable devant les lois de ce pays et devant le peuple américain. Je presse la direction de la Chambre et plusieurs de mes collègues de faire le nécessaire aujourd’hui même pour destituer ce Président qui passe outre aux lois.

A.G. 

C’étaient les membres de Congrès, Rashida Tlaïb, Ayanna Pressley, Alexandria Ocasio-Cortez et Ilhan Omar répondant aux propos racistes de D. Trump

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