Édition du 17 septembre 2019

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Forum social mondial 2016 à Montréal

Après le Forum social mondial (FSM), à Montréal

A peine le Forum social mondial (FSM) de Montréal – le premier tenu dans un pays du « Nord développé » - est-il terminé que s’ouvre déjà le processus de réflexion et de débat sur son avenir. Les questionnements, apports et hypothèses sur ce qui est devenu le principal espace autoconvoqué de la société civile internationale sont riches. L’état de santé de l’altermondialisme y figure au premier plan, et particulièrement l’interrogation sur la force réelle des mouvements sociaux qui le soutiennent.

17 août par Sergio Ferrari

Montréal, une réalité

« On y a respiré une atmosphère différente des forums précédents. Certes, on n’y a pas vu la grande diversité culturelle de Mumbai en 2004 (Ndlr : plus de 80.000 participant-e-s), ni même l’urgence de la convocation à Tunis en 2013 (Ndlr : 60.000 participant-e-s), lorsque le FSM fut organisé dans un pays en plein printemps arabe », analyse Andrea Tognina, de l’équipe de communication d’UNIA, le principal syndicat suisse.

Néanmoins, poursuit-il, on ne peut nier qu’un FSM organisé dans un pays industrialisé permet de mettre à nu et de rendre visible le fait que les problèmes résultant du système économique hégémonique ne touchent pas seulement le Sud et sont globaux. Sans oublier, ajoute Tognina – membre d’une délégation de 12 membres d’UNIA -, la richesse de la présence de Canadiens et de Nord-Américains, dont beaucoup de jeunes, ainsi que l’intense engagement de centaines de bénévoles qui rendirent possible la tenue d’un FSM avec une organisation quasi-parfaite.

Pour Markus Brun, responsable du Programme sud de l’Action
de Carême des catholiques suisses, « c’est, sans doute, la première session qui n’a pas connu de problèmes organisationnels. Le programme des activités circulait une semaine avant le début du FSM. Un énorme succès logistique et de fonctionnement », souligne-t-il.

Brun relève non seulement « le bon fonctionnement de l’événement », mais aussi sa méthodologie : des ateliers, des assemblées de convergence, et aussi une Agora des initiatives pour un monde meilleur – un espace innovant, par rapport aux rencontres antérieures – le samedi 13 août, qui a permis de synthétiser des propositions et des calendriers de mobilisations futures. Sans oublier le retour à des conférences centrales thématiques, une formule à succès lors des premières sessions du FSM qui fut ensuite abandonnée. « Par exemple, la conférence sur les paradis fiscaux a connu une grande affluence », souligne-t-il.

Une excellente organisation au détriment d’une participation massive, lui avons-nous demandé ? « C’est une question clé. Le Canada a maintenu une politique d’octrois de visas très restrictive, notamment pour les représentant-e-s de pays africains et latino-américains. Ceci a évidemment empêché une meilleure participation », regrette le militant associatif suisse, présent à quasiment tous les forums depuis ses premières éditions.

Selon plusieurs sources, à peine 1.000 participants venaient de pays du Sud. Une proportion minime sur un total de 35.000. Cette réalité a donné des maux de tête au collectif d’organisation local, qui fit tout son possible pour contrecarrer cette politique migratoire prohibitive sans y parvenir. De nombreuses délégations, notamment latino-américaines et africaines, ont manifesté leur indignation. Plusieurs voix, notamment des délégué-e-s africain-e-s |1|, ont d’ailleurs fait leur autocritique pour n’avoir pas ouvertement appelé à boycotter le voyage au Canada, en solidarité avec les absents frappés par les entraves migratoires.

« Ce fut positif. Il faut continuer à rêver… »

« Ce fut un Forum social mondial très positif et important », estime dans un entretien téléphonique Carminda MacLorin, du Collectif d’organisation et l’une des figures les plus médiatiques de cette édition canadienne. « Même si nous avons eu le grand problème des visas. Bien que ce fut une réalité triste et pénible, elle a permis de rendre ce thème visible, et beaucoup l’ont mieux compris ».

« Nous avons réussi à introduire dans le débat public et international les restrictions dramatiques à la circulation des personnes et la crise des déplacements, qui sont une atteinte à une liberté fondamentale de l’être humain », explique Carminda MacLorin.

Celle-ci revendique comme succès la présence de plus de 35.000 participant-e-s en provenance de 125 pays. « Il faut rappeler que le Canada ne compte que 36 millions d’habitants. On ne peut pas faire la comparaison avec les massifs forums brésiliens, un pays-continent de 200 millions d’habitants ».

Quant aux aspects les plus positifs du FSM 2016, « je pense que nous avons réussi à réaffirmer l’importance de la solidarité internationale Nord-Sud-Nord. Il fut évident que pour les gens présents ici cette solidarité est une valeur clé, très reconnue ».

Tout aussi important, quant aux événements concrets, fut l’ampleur de la participation d’ouverture du mardi 9 août. « On y a vu non seulement une excellente participation, mais aussi l’apport essentiel d’artistes ». Sans sous-estimer d’autres richesses politiques et sociologiques qui ont marquées la session canadienne : la participation de différentes cultures politiques, le mélange de diverses générations et la réunion d’une grande variété d’acteurs du mouvement citoyen.

La qualité des contenus débattus et l’ouverture pour les traiter a également été remarquable. « Des thèmes d’une grande actualité et d’importance pour nos pratiques », comme les migrations et la militarisation, l’écologie, les traités de libre commerce, la déconstruction des marchés financiers
, le commerce équitable, le droit au logement, la coopération et la solidarité, la participation citoyenne, ou encore le droit à la communication et à des médias libres, pour n’en citer que quelques-uns.

Quant à l’avenir, « de nombreux défis subsistent pour le mouvement altermondialiste. Bien que j’aie l’impression que nous avons mis en œuvre quelque chose de très neuf et frais. Pourvu que l’apport de Montréal puisse inspirer, rénover et renforcer cette dynamique internationale qui est fondamentale », souligne Carminda MacLorin.

C’est un défi mondial, estime-t-elle, « de compter sur des plateformes et des espaces où les gens, les mouvements, les réseaux, les campagnes puissent se rencontrer et dialoguer. Il nous reste la certitude que grâce à l’unité, la persévérance et la patience, il fut possible de réaliser ce FSM, au début improbable, pour lequel nous ne disposions que de très faibles ressources. Cela paraissait gigantesque et nous y sommes parvenus. Nous croyons dans le changement, dans l’implication active de tous. Il s’agit pour tous de continuer à s’approprier un pouvoir social qui appartient, sans aucun doute, à la société civile mondiale et à ses mouvements ».

Qu’en sera-t-il d’une prochaine édition du FSM, avons-nous demandé, comme synthèse, à la jeune militante altermondialiste canadienne, dont les racines sont aussi latino-américaines ? « On n’a pas traité ce sujet. Juste après le FSM, le Conseil international du FSM s’est réuni, mais pour évaluer sa propre restructuration. Pour l’instant, il n’existe aucune proposition ou candidature d’un pays pour organiser la prochaine édition », conclut Carminda MacLorin.

L’avenir du FSM ?

La distance et le temps indiqueront le véritable état de santé du FSM alors que nous sommes dans une étape de l’histoire mondiale – et plus particulièrement latino-américaine – très différente de 2001, l’année où naquit spontanément le Forum social mondial.

Le poids des gouvernements progressistes, dans la région qui vit naître le FSM, est loin de ce qu’il était alors. Le débat citoyen sur la guerre et les interventions militaires (Iraq, 2003) a laissé place à un thème tout aussi grave, mais d’une autre dimension, où s’insère le terrorisme décentralisé (par exemple, des phénomènes comme Daesh ou Al Qaida), avec des clés plus confuses d’interprétation. Les printemps arabes, une décennie plus tard, semblent aussi s’être évanouis.

Dans ce contexte, l’avenir du Forum social mondial est plein de questions. Certains ont prétendu le voir mort et enterré à Montréal. Les critiques furent frontales : pourquoi le FSM ne s’est-il pas prononcé contre le coup d’État parlementaire, au Brésil, perpétré contre la présidente Dilma Rousseff ?, ont demandé certains.

Un espace comme le FSM n’a pas une voix unique. Nul ne peut parler politiquement au nom de tous les acteurs qui y participent. Ce serait condamner le FSM que de l’obliger à prendre des positions politiques sur chaque thème essentiel de la réalité politique et institutionnelle. Ce n’est pas au FSM de le faire, mais à chacun des acteurs sociaux qui le composent, ont répondu d’autres voix.

En marge de cette polémique politique, historiquement existante au sein du FSM depuis sa naissance, parler de la santé du FSM implique, essentiellement, de diagnostiquer l’état de santé de chacun de ses acteurs. En particulier des grands mouvements sociaux, des réseaux et des plateformes internationales.
Ou peut-être le FSM porte-t-il plus de responsabilité de ne pas s’être prononcé contre le coup d’État parlementaire au Brésil que les mouvements sociaux brésiliens qui, en raison d’un rapport de forces défavorables n’ont pu l’empêcher ?

Traduction de l’espagnol : Hans-Peter Renk

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