Au-delà même des attaques contre les organisations syndicales, c’est la légitimité des changements majeurs mis en place par le gouvernement qui doit être sérieusement remise en question. Pour la CSQ, les Québécoises et les Québécois n’ont rien demandé de tel à François Legault. « Il n’a jamais eu le mandat de faire ces transformations et ce n’est d’ailleurs nulle part dans sa plateforme électorale. C’est donc particulièrement malaisant et inquiétant qu’il procède ainsi, à la va-vite, en fin de mandat, alors qu’il est au plus bas dans les sondages », ajoute Éric Gingras.
La Centrale s’inquiète de l’accroissement des pouvoirs de l’État au détriment des différents contre-pouvoirs ainsi que de la multiplication des dispositions législatives qui entravent significativement la capacité des citoyennes et des citoyens, de même que des organisations de la société civile, à faire valoir leurs droits et leurs opinions.
« Ce n’est certainement pas la direction à prendre. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire. Les voix s’élèvent de plus en plus contre cette stratégie politique utilisée à des fins électoralistes. Le Barreau du Québec a fait une rare sortie publique pour souligner à grands traits sa crainte quant à une érosion de l’État de droit au Québec. Une centaine de profs de droit à l’université ont aussi uni leurs voix dans une lettre ouverte pour mettre en évidence l’effritement qu’entraîne cet ensemble de changements législatifs. Alimenter les tensions sociales dans le contexte actuel, c’est irresponsable et indigne d’un gouvernement », poursuit le leader syndical.
Le gouvernement clame haut et fort que les syndicats ne devraient pas faire de politique, mais il néglige lui-même de consulter la population sur ses orientations et de prendre ses mandats correctement.
« S’il s’avérait que c’est vraiment ce que souhaite la population, nous respecterons évidemment ce choix. Encore faut-il expliquer clairement de quoi il s’agit, et appeler un chat un chat. Or, c’est précisément cette capacité à intervenir dans l’espace public dont cherche à nous priver ce gouvernement. Alors, avant d’être pris collectivement dans un engrenage, la chose honnête et responsable à faire, c’est de soumettre ces orientations au vote. Mais il ne le fera pas, notamment parce qu’il sait très bien que ce n’est pas une priorité pour personne. »
De la prévisibilité budgétaire pour nos réseaux publics
En amont des consultations prébudgétaires, la CSQ interpelle, une fois de plus, le gouvernement sur la question de la prévisibilité du financement des réseaux publics. À quand des investissements cohérents et prévisibles pour nos réseaux publics — en éducation, en enseignement supérieur, en petite enfance et en santé — qui ne se retrouvent pas, année après année, à la merci des budgets et des programmes politiques ?
« La prévisibilité budgétaire n’est pas un caprice administratif : c’est une condition de base pour garantir la continuité et la qualité des services. Ce que veulent les Québécoises et les Québécois, ce sont des services. On demande beaucoup aux différents réseaux, mais on joue continuellement avec les moyens qu’on leur donne. Les choix politiques des gouvernements successifs les contraignent depuis trop longtemps à fonctionner dans un climat d’incertitude budgétaire récurrent, ce qui fragilise tout le système. »
Il est pourtant possible de faire autrement et c’est ce que réclame la Centrale : de la prévisibilité budgétaire de même que des investissements cohérents et suffisants, à la hauteur de la croissance et des besoins.
Élections 2026 : la grande réflexion en éducation fait son chemin
L’éducation est un contrat social qui fait de l’égalité des chances un socle commun, un pilier fondamental de notre société. Où en sommes-nous en 2026 ? La question se pose sérieusement.
Depuis des mois, la CSQ réclame une grande réflexion collective en éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, dans le but de développer une vision claire et un plan à long terme pour le réseau. Déjà, les différents partis politiques sont à l’écoute et plusieurs comprennent l’importance d’une telle démarche pour l’avenir du Québec ainsi que l’intérêt d’intégrer cette grande réflexion à leur plateforme électorale.
La CSQ poursuivra donc son travail en ce sens, car, quoiqu’en pense le gouvernement, les enjeux qui secouent le réseau de l’éducation se situent au-delà des conventions collectives, des structures et de l’administration. Ils résident dans les fondements et dans la mission même du système d’éducation. Il faut parler notamment d’égalité des chances et des inégalités d’accès, des élèves à besoins particuliers, des enjeux de littératie, de violence, de la place du religieux et cesser de gérer à courte vue, en prévision de la prochaine rentrée.
« Les programmes, le taux de diplomation, le "déboulage", les buttes de neige dans les cours d’école, les interventions des parents, la violence, etc., ce sont des sujets qui mobilisent notre monde au quotidien dans les milieux. Chaque semaine amène un nouvel enjeu dans l’actualité. Le personnel le dit clairement : courir dans tous les sens et donner de la tête partout, c’est épuisant. La girouette est le symptôme de cette absence de vision et de plan structurants. Alors, prenons le temps de faire les choses comme il faut, de mettre les cartes sur table, d’écouter tout le monde et de prendre ensemble une seule et même direction. Pour la réussite de nos jeunes, et des moins jeunes aussi. Il ne manque que la volonté politique », soutient Éric Gingras.
Au cours des derniers mois, la CSQ a entamé un travail de consultation auprès de ses membres pour mettre sur pied une plateforme de travail, identifiant des enjeux et proposant des pistes de solutions basées sur la réalité du personnel au quotidien, ce qu’il vit, constate et espère. « À la CSQ, on se met en action. C’est ce que les membres veulent d’ailleurs : proposer, contribuer, agir. C’est aussi ça, l’action collective ! »
Du dialogue social à la cohésion sociale
Le dialogue social a été malmené au Québec ces derniers mois, bien qu’il soit plus important que jamais dans un contexte de polarisation des discours.
Le Québec a cette particularité, enviée ailleurs dans le monde, d’être capable de rassembler autour de la table les organisations syndicales, patronales et le gouvernement. Mais dernièrement, le vent a très clairement changé de direction. Pour accélérer les choses et imposer ses orientations coûte que coûte, le gouvernement fait court, passe Go et réclame 200 $.
« Chose certaine, la population québécoise n’en sort pas gagnante. Ce gouvernement pense avoir de bonnes idées, mais il ne tient pas compte des avis divergents et il fonce. Ce n’est pas ça, avoir du leadership, c’est de l’entêtement. Si ses politiques ne passent pas, ce n’est pas en raison de l’immobilisme ou de l’obstruction syndicale comme il se plaît à le dire, c’est qu’il refuse de faire ce pour quoi le dialogue social existe : se parler, s’adapter et trouver la voie de passage dans l’intérêt commun », conclut le président de la Centrale.


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