20 janvier 2026 | traduit de Canadian dimension
https://canadiandimension.com/articles/view/canadian-labour-movement-needs-a-wake-up-call
C’est pourquoi il est si décourageant de voir l’état actuel du mouvement syndical, où le gouvernement, les entreprises et, dans une certaine mesure, même les syndicats eux-mêmes, adhèrent à une philosophie néolibérale qui réduit de plus en plus la capacité des travailleurs à s’opposer aux pouvoirs en place.
Ma désillusion à l’égard de l’état du mouvement syndical a commencé avec mon propre syndicat. En décembre 2024, le STTP a eu l’occasion de faire quelque chose d’historique. Nous étions à près d’un an de nos dernières négociations contractuelles, et la société insistait pour réduire considérablement les conditions de travail des facteurs. Postes Canada affirmait subir des pertes importantes, bien que ces calculs aient fait l’objet de débats, et pour compenser ces pertes, nous devions adopter les méthodes de nos concurrents comme Amazon. En substance, cela revenait à alourdir la charge de travail des ouvriers, qui étaient déjà très exposés aux accidents du travail en raison de leurs journées de travail éprouvantes. Au Canada, les postiers représentent l’un des quatre secteurs qui enregistrent régulièrement le plus grand nombre d’accidents invalidants, selon les données fédérales les plus récentes d’Emploi et Développement social Canada.
À juste titre, le syndicat n’a pas accepté ces impositions. Lorsqu’il est devenu évident que l’entreprise ne céderait pas à leurs revendications, les membres du syndicat ont voté à une écrasante majorité en faveur de la grève. Pendant plusieurs semaines, nous avons tenu bon sur le piquet de grève, soutenus par un large soutien public. Le moral des grévistes était bon malgré l’arrivée du froid glacial de l’hiver canadien. Tout était comme il se doit lorsqu’un groupe de travailleurs décide de résister fermement à la détérioration de leurs conditions de travail.
Les cyniques parmi nous savaient ce qui allait se passer à l’approche du mois de décembre. Nous avions déjà vu cela la dernière fois que le STTP avait osé faire grève pendant la période de pointe de Noël, et nous avions également vu le gouvernement Trudeau l’imposer aux cheminots quelques mois avant notre grève. Une loi de retour au travail allait être adoptée, qui mettrait effectivement fin à notre mouvement de grève.
C’est exactement ce qu’ont fait les libéraux de Trudeau. Certains diront que dans ce cas particulier, cela n’a fait que suspendre la grève afin qu’une enquête industrielle puisse être menée pour déterminer la meilleure ligne de conduite à adopter pour assurer l’avenir de la poste. Mais de tels arguments sont naïfs, surtout si l’on considère le résultat sans surprise de l’enquête, qui n’a fait que donner à Postes Canada le mandat de réduire encore davantage les conditions de travail. Le fait est que la loi de retour au travail a brisé l’élan de la grève, diminuant le soutien du public et effaçant le pouvoir de négociation du syndicat.
Mais cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Les membres du syndicat étaient prêts à défier l’ordre de retour au travail et l’ont dénoncé comme une subversion inconstitutionnelle de notre droit de négocier avec notre employeur. De nombreuses voix ont appelé le STTP à rester sur la ligne de piquetage et à montrer que notre droit de négocier un contrat équitable selon nos propres conditions ne devait pas être compromis par les caprices du gouvernement. Nous ne saurons jamais exactement quel était le niveau de soutien pour une telle initiative, car le syndicat a négligé de mener un sondage officiel auprès de ses membres afin de déterminer leur intérêt pour une telle action.
Au lieu de cela, le STTP a docilement suivi l’ordre de retour au travail, acceptant tacitement que nous ne pouvons mener des négociations collectives qu’à la convenance et selon les conditions des pouvoirs institutionnels mêmes contre lesquels nous négocions.
Bon nombre des 55 000 membres du STTP ont été consternés par la décision de la direction du syndicat de se retirer.
Historiquement, le pouvoir du mouvement syndical a toujours découlé de sa volonté de recourir à la désobéissance civile. Mais si la direction du syndicat ne vous soutient pas, le mouvement se fracture, et quel espoir vous reste-t-il ?
Quelques mois plus tard, une lueur d’espoir semblait poindre pour ceux qui croyaient que les syndicats pouvaient encore mener des actions aussi révolutionnaires. Les agents de bord qui travaillaient pour Air Canada, représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique, ont également vu leur grève brisée par une loi de retour au travail, cette fois sous le mandat de l’actuel premier ministre libéral Mark Carney. Mais les agents de bord, apparemment avec le soutien du SCFP, ont fait ce que les postiers n’ont pas fait. Ils ont défié l’ordre de retour au travail et leur grève s’est poursuivie.
Pendant quelques jours, ce fut une scène inspirante. Les dirigeants syndicaux ont déclaré avec audace qu’ils ne se laisseraient pas intimider par les amendes qui pourraient leur être infligées et qu’ils étaient même prêts à aller en prison si nécessaire. Les piquets de grève ont tenu bon et le public s’est largement émerveillé de leur courage, non seulement pour obtenir un traitement équitable de la part de leurs employeurs, mais aussi de la part d’un gouvernement beaucoup trop zélé dans son ingérence dans les conflits du travail.
Il n’a toutefois pas fallu longtemps pour que les paroles héroïques des dirigeants du SCFP se révèlent largement rhétoriques. Un accord précipité a été conclu entre la direction du syndicat et l’employeur, qui prévoyait le retour immédiat des agents de bord au travail, même s’il ne garantissait pas les conditions de travail pour lesquelles la grande majorité des travailleurs faisaient grève. La grève portait sur la revendication de mettre fin à la politique consistant à ne rémunérer que le travail effectué pendant le vol, mais les dirigeants syndicaux ont cédé et ont accepté un accord qui prévoyait toujours une part importante de travail non rémunéré au terrain.
Pire encore, l’accord était structuré de telle manière que le syndicat n’aurait pas la possibilité de voter pour ratifier le contrat en ce qui concerne les conditions de travail. Il n’était autorisé à voter que sur l’échelle salariale proposée dans l’accord, qui a été rejetée par un pourcentage stupéfiant de 99 % des membres votants — un chiffre qui, selon toute vraisemblance, témoigne non seulement d’un mécontentement vis-à-vis de l’échelle salariale, mais aussi de l’ensemble du contrat qui leur était imposé.
Et après avoir manifesté leur mécontentement de la sorte, ils n’étaient toujours pas autorisés à reprendre leur grève en vertu de l’accord. Les dirigeants syndicaux ont accepté des conditions selon lesquelles cette réprimande massive ne pouvait aboutir qu’à renvoyer la question de l’échelle salariale à un arbitrage exécutoire. Les travailleurs n’avaient d’autre choix que de reprendre le travail dans des conditions similaires à celles contre lesquelles ils s’étaient battus. Les dirigeants syndicaux avaient annulé leur propre grève, puis l’avaient célébrée comme une victoire.
Le SCFP et le STTP ont failli à leurs obligations envers leurs membres, et il est clair qu’ils l’ont fait par crainte de s’opposer à l’institution contre laquelle ils avaient été créés à l’origine. Ces syndicats sont devenus vieux et importants, de véritables institutions à part entière, et ont oublié que la désobéissance civile populaire sur laquelle ils avaient été fondés exigeait souvent de s’écarter du cadre légal utilisé par les pouvoirs en place pour réprimer les troubles du mouvement syndical.
C’est inacceptable, car nous avons besoin que les syndicats soient dynamiques dans ce climat où les gouvernements servent largement les intérêts des entreprises. L’idée qu’un syndicat puisse compter sur le gouvernement pour jouer le rôle d’arbitre impartial entre le travail et le capital a toujours été quelque peu naïve, quelle que soit la juridiction. Mais c’est particulièrement vrai aujourd’hui au Canada, où non seulement le gouvernement fédéral, mais aussi les gouvernements provinciaux ont montré qu’ils étaient prêts à réprimer les actions syndicales.
Prenons l’exemple de la méthode draconienne utilisée par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, pour mettre fin à la grève des enseignants dans sa province, en invoquant la « clause dérogatoire » qui permet à un gouvernement de passer outre certains droits garantis par la Charte pendant une période pouvant aller jusqu’à cinq ans. Mme Smith a utilisé cette mesure pour protéger un projet de loi adopté par son gouvernement contre toute contestation judiciaire. Ce projet de loi imposait aux enseignants un contrat qu’ils avaient déjà rejeté lors du processus de négociation, empêchant ainsi le syndicat de continuer à se battre pour obtenir de meilleures conditions.
Ou plutôt, cela les a rendus incapables de lutter selon les conditions fixées par le gouvernement même avec lequel ils négociaient. Il est désormais clair qu’ici au Canada, et partout où les gouvernements et les entreprises s’allient pour soutenir le modèle de croissance infinie du capitalisme d’entreprise en réduisant les conditions de travail et les salaires des travailleurs, les syndicats doivent être prêts à prendre des mesures plus radicales.
Ils doivent être prêts à défier les ordres de reprise du travail. Être prêts à s’engager dans des actes de désobéissance civile qui reconnaissent que ce qui est légal n’est pas toujours ce qui est juste. Être prêts à subir une campagne de dénigrement qui les présente comme paresseux, cupides et perturbateurs.
À la suite du retour forcé au travail des enseignants de l’Alberta, des murmures se sont élevés parmi les syndicats locaux pour organiser une grève générale. Sans surprise, il s’agissait en réalité de fanfaronnades, les dirigeants syndicaux ayant finalement décidé de mener une enquête pour évaluer l’intérêt pour une éventuelle grève générale hypothétique.
C’est un autre signe que les dirigeants syndicaux partagent la mentalité des gouvernements qu’ils sont censés combattre, qui n’aiment rien tant que mener des études et des consultations sur des initiatives qu’ils n’ont aucune envie d’aborder plus sérieusement que de repousser à plus tard.
Nos syndicats sont devenus apathiques et craintifs alors que nous avons besoin qu’ils soient déterminés et intrépides. Les syndicats ont été créés pour permettre aux travailleurs de s’opposer aux institutions qui les exploitent. Mais s’ils rejettent les tactiques subversives du passé, ils risquent de devenir un appendice supplémentaire de ces mêmes institutions oppressives. Il est temps pour eux de se souvenir de leurs racines.
Alex Passey est un auteur de romans de science-fiction et de fantasy originaire de Winnipeg.
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